CHAPITRE III
Mines d'or de la Californie.
L’existence de beaux gisements d’or dans rAmériqiie septentrionale, sur les bords de l’océan Pacifique, est un fait qu’on avait déjà signalé depuis longtemps. Quiconque avait mis le pied au Mexique, et s’y était enquis des ressources du territoire, avait enlendu dire que l’or était plus abondant qu’ailleurs dans la province de Sonora, qui est attenante à la Californie et riveraine du même océan. Au sujet de la partie de la Sonora qui confine à la Californie, M. de Humboldt disait : « ... Ce ler-
< rain montueux de la Pimeria-.4lta (1) est le Choco (2) de « l’Amérique septentrionale. Tous les ravins, et meme des plai- « nés, y contiennent de l’or de lavage disséminé dans des ter-
< rains d’alluvion. On y a trouvé des pépites d’or pur d’un poids t de 2 à 5 kilog. Mais ces lavadero» sont faiblement exploités,
< à cause des incursions fréquentes des Indiens indépendants, « et surtout à cause de la cherté des vivres, qu’il faut trans- « porter de très-loin dans ce pays inculte (3). »
M. Duport, qui avait poussé plus au nord que M. de Humboldt ses excursions minéralogiques, mais qui n’était pas allé non plus en Sonora ni en Californie, n’était pas moins net : f L’examen des gîtes métallifères entre la pente de la Sierrat Madré et la mer du Sud, au nord de Mazatlan, ajoute un in- ( térét métallurgique à ses attraits géologiques; car c'est dans
< ces contrées que l’or s’est montré en plus grande abondance : « c’est sur ce point que sa production semble pouvoir devenir
I indépendante de celle de l’argent.
f L’état peu avancé de la civilisation dans la partie nord-
< ouest de la république mexicaine a sans doute empêché que
< le lavage des sables aurifères n’ait atteint une faible partie du
(1) C'e$t le nom qu'on donne à cette partie de la Sonora.
(2) Le Choco est une province de la Nouvelle-Grenade qui est riche en or.
II avait sous ce rapport, au commencement du siiclc, une grande réputation.
(3) Ktsai lur la NouvüU-Etpagne, tome II, page HO.
* développement dont il est susceptible. Ce qui se passe en f Sibérie peut faire présager quelle serait la production de l’or « dans le département de Sonora, si l'on pouvait, comme en c Russie, disposer d’un grand nombre de bras. »
M. Duflot de Mofras, après avoir parcouru les contrées de l'Âmérique septentrionale que baigne l'océan Pacifique, signalait de même la riebesse en or des provinces de Sonora et de Sinaloa : < Le climat, dit-il, est tempéré, et les terres de l’iiité- « rieur fertiles; mais leur principale source de richesse conf siste dans les mines d’or et d’argent. 11 y a plus de deux c cents localités exploitées, et l'on peut assurer que ces métaux f se rencontrent partout. Dans ces départements, on rejette des f minerais contenant cependant trois et quatre millièmes d’ar-
< gent, qui est toujours aurifère. >
( ... Aucun pays du monde ne possède de gisements aussi I riches et aussi étendus [eriaderot ou placeres de oro). Le métal f se rencontre sur les terrains d’alluvion, dans les ravins à la
• suite des pluies, et toujours à la surface du sol ou à quelques c pieds seulement de profondeur. Au nord de la ville d’Arispe, t les gisements de Quitovac et de Sonoitac, qui furent découf verts en 1836, produisirent pendant trois ans deux cents
< onces d'or par jour. Les chercheurs d’or se bornent à remuer c la terre avec un bâton pointu, et ne ramassent que les grains « visibles; mais si l’on voulait diriger des cours d’eau et faire t en grand le lavage des terres, les bénéfices seraient encore
< plus considérables. 11 n’est pas rare de rencontrer des grains c d’or qui pèsent souvent plusieurs livres, et dont la valeur, ( comme objet scientifique, est inexprimable. M. Zavala, ( ancien plénipotentiaire du Mexique à Londres, possédait un
< grain d’or qui pesait plus de neuf mille piastres. Le cabinet i du roi, à Madrid, renferme plusieurs magnifiques échantillons € de cette espèce.
< La facilité avec laquelle les mineurs gagnent des sommes t considérables explique l’énorme consommation des marf chandises d’Europe qui a lieu dans ces provinces. On voit c fréquemment de simples habitants des bameaux {ranchos) € dépenser en peu de jours quatre et cinq livres d’or, qui
238 COURS d’éconohib politique.
I souvent ne leur ont coûté qu’une semaine de recherches (1 ). »
La présence de l’or en Californie (i) n'avait guère été constatée jusqu'à nous, quoiqu’il (l&raisse que Drake en eût rapporté quelque peu de ce métal. La Californie manquait d'habitants : queiques rares Indiens, confiés aux soins de missionnaires zélés, et par eux réunis dans des sortes de colonies agricoles, qu'on nommait les Missions, commençaient à peine à se familiariser avec les éléments delà civilisation; la plus ancienne de ces agglomérations datait de 1769 seulement. Sur le littoral, de petites villes, comme Monterey, marquaient les points où l’on pouvait descendre, et fournissaient quelques vivres aux baleiniers. La baie même de San-Francisco, dont on disait que c’était le plus beau port du monde, restait inoccupée; on n’y voyait qu'un village qui ne comptait pas deux cents âmes, celui de Sau-Fraucisco. C’est en ces circonstances que le gouvernement des États-Unis s’est fuit céder cette province par le Mexique. Les Anglo-Américains se sont aussitôt portés sur la baie de San-Francisco, qui en est le point important; à quelques mois de distance, le hasard faisait découvrir l'or sur les bords du Sacrameuto, principal tributaire do la baie, dans les propriétés d’un officier suisse, le capitaine Sutter, que les révolutions avaient fait sortir de France.
La Californie occupe, sur les bords de l'océan Pacifique, un espace de plus de dix degrés, du 52" à 42° 1,2. C’est une des parties du globe qui ont été le moins explorées; on n’en connaissait guère que ce qui se voit de la mer, depuis le tillac d'un navire. On savait seulementqu’à peu de distance du littoral s’étendait, parallèlement à la côte, une chaîne de montagnes, d’une médiocre hauteur, mais sans solution de continuité, excepté aux
(I) Exploration du territoire de l’Orégon, de* Californie* et de la nier Vermeille, pendant tes années 1840, 1841 et 1842, DuOol de Mofras,