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tome I, pages 20U & 2f

(9) C'est à l’aride et longue presqu’île qui borde à l’ouest la mer Vermeille, ou golfe de Californie, qu'on a donné ce nom jusqu’à ce jour; la terre continentale atienaiile, où a été découvert l’or, était appelée par les géographes Nuuveiie-Califuriiie ou llaute-Califurnic; mais elle semble devoir désormais itrcndre pour elle le nom de la Californie tout court.

LA MONNAIE, SECTION VI, CHAPITRE lit. 339

approches do la baie de San Francisco, où elle s'abaisse pour donner passage au Sacramenlo; puis, au nord de la baie, elle ne tarde pas à se relever. Elle porte le nom de monts Californiens. Sur le versant oriental de cette première chaîne se déploie une magnifique vallée intérieure dont tous les voyageurs vantent la fertilité, la salubrité, le délicieux climat, et qui a presque la longueur de la Californie elle-même. Elle est arrosée par deux rivières qui viennent, l’une le Sacramenlo, du nord, l’autre, le Saint-Joachim (San-Joaquin), du midi, et qui joignent leurs eaux pour se décharger dans la baie de San-Francisco< Elle est bordée, du côté opposé aux monts Californiens, par une chaîne de montagnes fort élevée, la Sierra-Nevada, que M. de llumboldt désignait sous le nom de chaîne de Saint-Marc» Cette riante vallée, dont les charmes et les ressources agricoles ont été décrits par M. Duflot de Mofras (1), par le colonel américain Fremonl, infaligable voyageur qui a pris part à la conquête (3), plus récemment encore par différents voyageurs des Etats-Unis (3), est la même où l’on a découvert l’or et, en même temps que ee précieux métal, le mercure.

La portion de la Californie qui a été visitée jusqu’à présent a tout au plus une largeur, à partir de la mer, de 200 à 2o0 kilom. La vallée allongée dans laquelle l’or a été reconnu ne forme pas la moitié de cet espace. Elle a pourtant 70 à HO kilom. de large, sur près de 800 de long; ce serait une superficie de 720 myriam. carrés ; mais la présence de l’or n’a pas encore été constatée à beaucoup près sur toute cette étendue. Les gisements d’or découverts et utilisés jusqu’à présent suivent, à peu de distance, le thalweg du Sacramenlo et du Saint- Joachim, et de quelques-uns de leurs aflluents, la Fourche Américaine (American Fork), la rivière des Plumes (Fealher Hiver), le Stanislas. Le lit même de ces cours d’eau est

(1) L’uiivroge ilc M Diiflnl ilc Mofras, arcompagni! de cartes précieuses, a été publié par les soins du guuvcrnemeat français

(2) M. Premont <i adressé un rapport à son gouveriicniciil.

(5j Le petit écrit de M. Itryanl, rime des plus inlrrcssanlesdu ces publications, a été traduit par M. X. Marniier, sous le litre de Voyage en Californie.

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exploite. On a (rouvé des fragments d’or non-seulement dans les ravines, mais aussi dans les erovasses des rochers à la surface du sol. On soupçonne que les gîtes se prolongent du eôlé de la Sierra-Nevada, dans le lit des torrents, et, au sein de la chaîne même, on se flatte de trouver des filons qui offrent l’or, dans sou nid primitif, en abondance.

I.es procédés employés pour l’extraction ont été, dans le début, extrêmement grossiers. On prenait, pour faire le lavage, les instruments qu’on avait sous la main, les ustensiles de ménage les plus vulgaires, des poêles à frire, des casseroles, des paniers, et, dans un pays jusque-là inhabité, n’en avait pas qui voulait. De cette manière, on ne peut douter qu’une partie notable de l'or contenue dans les alluvions n’ait échappé aux laveurs. Les plus heureux avaient une petite machine en hois, de deux à trois mètres de long, nommée berceau [craddle), à cause du mouvement oscillatoire auquel elle se prête. A Montcrcy ou l’eût payée 70 ou MO fr. ; sur les lavages, on ne se la procurait pas à moins de 700 ou 800 fr.; un homme cependant en bâtirait une dans sa journée.

Le génie mécanique des Américains du nord aura vite amélioré cet état de choses. On peut être certain que, dans un bref délai, les ingénieux appareils qui sont eu usage dans la Russie boréale seront introduits sur les rives du Sacramento, et que de nouvelles inventions s’y seront spontanément produites.

Ce qu’on relirait par ces moyens imparfaits était considérable. Les premiers rapports officiels reçus par le gouvernement de Washington, les seuls qui aient été publiés jusqu’ici (septembre 4849), contiennent tous des renseignements dans ce genre-ci : t J’ai passé la nuit dans la tente d’un groupe de huit « personnes, deux matelots, deux charpentiers , trois hommes « de peine et un commis. Chaque soir, j’ai vu l’or qu’ils ont « rapporté, je l’évalue à 50 dollars par tête (75 grammes d’or « fin); ils disaient 64 (96 grammes d’or fin). Une autre fois, < j’ai assisté au pesage de l’extraction de deux frères qui lavaient « de la vase dans un poêlon de fer-blanc. L’un avait eu 7 doll. « (10 7> grammes), l’autre 82 doll. (12.7 grammes). » Sur la rivière des Plumes, le colonel Mason, gouverneur de la pro-

vince, vit quelques personnes qui avaient réuni 50 Indiens, et les faisaient travailler. En sept semaines et deux jours, soit 44 journées de travail (je ne défalque rien pour les chômages forcés ou volontaires autres que les dimanches, ni pour les maladies), ils eurent 275 livres d’or que le gouverneur estime à la somme de 400,000 fr. {!). Ce serait 9,000 fr. par jour, ou par journée de travailleur, 180 fr.

Dans un rapport adressé à son supérieur le brigadier général Jones, après une visite aux mines, le colonel Mason rend compte en ces termes de la manière dont l’or s’extrait par le moyen de la machine appelée berceau : « Quatre hommes y sont employés : « l’un fouille la terre près de la rivière, l’autre la porte sur le t berceau, le iroisième imprime à la machine un vif mouvet ment de rolatiou, tandis qu’un quatrième y verse de l’eau, t La grille empêche les grosses pierres de passer, l’eau em- « porte la matière terreuse : le gravier tombe graduellement « au pied de la machine, laissant l’or cl le sable mêlés sur les • premières claies. Ce minerai est recueilli dans un vase et t séché au soleil, puis on sépare, en soufflant dessus, le sable € de l’or. Quatre hommes ainsi occupés recueillent, terme I moyen, pour cent dollars par jour. » Ce serait donc par tête et par jour environ vingt-cinq dollars ou 38 grammes d’or fin. Et cependant le procédé est tel qu’on doit perdre tout ce que les alliivions contiennent de paillettes fines, ainsi qu’une bonne partie de l’or qui est engagé dans le gravier.

Si l’on défalquait un tiers de cette supputation de 58 grammes, pour tenir compte des mauvaises journées cl du temps employé aux recherches, il resterait un peuples de 25 grammes pour la production quotidienne d’un orpailleur. En réduisant à moitié, ce serait encore 19 grammes.

Le rapport du colonel Mason est du 17 août 1848. Depuis celte époque, les journaux américains n’ont pas cessé d’offrir des récits dans le même sens. J’ai suivi, depuis l’origine, le

(1) 4c suppose que ce sont des livres avoir du poids : ce scr.iil une quantité d'or fin de 134 kilog., faisant, an taux de la inunnuic française, 427,000 fr. Il faut bien défalquer 37,000 fr. au nioius |K>ur l’alliage.

COURS d'économie POUTiQCe.

New-York Herald, iloiil le propriétaire n’épargiie rien pour être bien informé, et qui est rempli de reuseignemenls sur la Californie. Jusqu’en juillet 1849, ce sont toujours les mêmes alTirmatioiis à peu près. Le rendement d’une journée de travail est porté, dans les récits les moins flatteurs, à 15 dollars, qui feraient, d’après le tarif de la monnaie américaine, 23 grammes, et, pour les bons travailleurs, ou assure que c’est quelquefois du quintuple, du décuple.

Cependant les numéros du mois de juillet, qui donnent des nouvelles de la Californie du mois de mai, contiennent plusieurs lettres qui indiquent une réaction. Il est évident qu’une partie des émigrants a été désappointée. Les premiers récits étaient empreints d'exagération, en ce sens qu’on ne mentionnait que les succès et qu’on se taisait sur les tentatives relativement infructueuses : les hommes n’ont jamais pu se défendre de l’hyperbole toutes les fois que les métaux précieux se sont présentés à eux en quantité plus qu’ordinaii c. Entre les espérances dont s’étaient enflammés les émigrants à leur départ, et la réalité qu’ils rencontraient une fois débarqués, il devait donc y avoir une différence qui s’est grossie à leurs yeux par divers motifs. Les personnes qui se sont dirigées vers la Californie étaient, pour la plupart, de ce tempérament où l’imagination domine, et qui passe le plus aisément d’un extrême à l’autre, de la confiance à l'abattement. Beaucoup étaient des citadins complètement étrangers au rude métier de remuer des terres, et le travail de terrassiers les a eu bientôt excédés. Aux placeres (champs de lavage), ils ont eu à travailler sous les rayons d’un soleil dévorant, car on n’avait pas pris la précaution d’y établir des hangars, le moindre abri, et la santé meme des hommes robustes en a été détruite. On s’était dit qu’on aurait facilement de l’or, et qu’avec de l’or on ne manquerait de rien de ce qui constitue le bien-être,' loin de là : pendant la première année, on a manqué des choses les plus nécessaires à la vie. Quand on avait ramassé de l’or, on était contraint de s’en dépouiller pour satisfaire les plus simples désirs de l’homme civilisé : pour se vêtir, se nourrir, se loger, se faire soigner en cas de maladie, et l’on voyait ainsi le fruit de ses labeurs

passer, comme par la force des choses, dans les mains d’autrui. A loule espèce de privations, au tourment d’une fièvre qu’il n’est pas aisé de guérir au milieu d’un pareil dénùnient, s’est joint le péril né de l’absence des lois parmi les hommes indisciplinés, mélange et ramassis de toutes les nations. Le vol, le meurtre ont été sur certains points le droit commun. Et pourtant les correspondances pessimistes qui ont été publiées dans ces derniers temps oiireut ce trait remarquable, qu’aucune, ou peu s’en faut, ne contredit la richesse des alluvions. Quelquesunes, certes, les font moindres que les premiers visiteurs (1) ; mais les narrations de ceu.\-ci laissaient une très-grande marge. Seulement il reste constant que, dans beaucoup de cas, les dépôts aurifères, au lieu d’élre entièrement superficiels, comme les premiers qu’on avait exploités, sont recouverts de plusieurs mètres de terrain stérile.

Quelques-unes de ces correspondances décrient le climat de la Californie; mais il est permis de ne pas y donner créance sous ce rapport. Il est tout simple qu’on n’admire pas la salubrité d’un pays où l'on a été rongé de la fièvre; ou ne veut pas voir qu’elle n’était venue que parce qu'on s’était mis dans des conditions qui l'appelaient et qu’on avait cru pouvoir se dispenser des précautions recommandées par riiygièue la plus vulgaire.

On a une meilleure mesure de ce qu’on peut extraire d'or moyennement, dans une journée de travail en Californie, par le prix auquel s’est élevée la main-d’œuvre .à Sau-Francisco et dans les autres ports. Le salaire d’un journalier a été, dès le commencement, de 8 à 10 dollars (42 à 54 fr.). Pendant la première campagne, où l'on était pris au dépourvu, les subsistances étaient montées à des prix incroyables : le baril de farine, contenant iOC livres avoir du poids (89 kilogr.), qui vaut à New- York environ 5 dollars, se vendait 50, 40 et 50 dollars et même davantage en Califoruie. Un médecin demandait une once

(t} Il y a lieu de croire que les alluvions exploitées dans la vallée de la rivière Stanislas, où beaucoup de personnes s’étaient [lortécs, se sont montrées plus pauvres que celles auxquelles s’étaient attachés d'abord les orpailleurs ; mais des inégulilés de ce genre pouvaient se prévoir.

âü COIRS d’i^conohie politique.

d’or(2S grainnics)(l) pour une consultation, C onces (170 grammes) pour une visite. La portion de bœuf séché qui dans les fermes se serait vendue 4 cents (21 centimes), coûtait, sur les ateliers de lavage, de 1 à 2 dollars (5 fr. .75 c. à 10 fr. 70.). Les Indiens donnaient 1 once d'or pour une clieiuise ordinaire en calicot. I On paye, dit le capitaine Folsom, dans un rapport • officiel, pour une voilure attelée de quatre bœufs, 50 dollars < par jour (environ 270 fr.). J’ai vu, dans les régions aurifères, ( un nègre qui faisait la cuisine et auquel on donnait 25 dollars « (135 fr.). 1

Au printemps de 1.S49, les vivres étaient à plus b.as prix; la farine, par exemple, n'éluit plus qu'à 15 dollars le baril. Une multitude denavires avaient apporté à San-I'i'ancisco, de toutes les parties du monde, non- seulement des subsistances, mais des vêlements, et la |)luparl des objets nécessaires à la vie cl inéinc au luxe. Depuis, rencombrenieni, augmentant par de nouveaux arrivages, a fait tomber encore tous les articles d'importation. Mais li’après les nouvelles les plus fraîches que j’aie an moiuenl où s'impriment ces lignes (septembre 1849), la main-d'œuvre n'avait pas baissé de prix en dehors des placeres, parce que le métier d'or|)aillenr continuait d'oflVir à peu près la même rémunération, je veux dire la même extraction journalière par tête de travailleur.

On a, dès l'origine, répandu le bruit de la découverte de fort belles pépites en Californie. Pendant la première année, il n’en a rien été ; celles qu’on rencontrait n’excédaient pas nn petit nombre d’onccs. Le colonel Mason , qui raconte ce qn’il a vu à la date du 17 .août 1848, n’en mentionne pas de plus de 4 à 5 onces (113 à 142 gram.). En revanche, il y avait une assez grande quantité d’or en grains parfaitement visibles (2). La pre-

(t) Près de 100 francs.

(i) C'est ù l'existcncc de ces petits grains qu'est duc lu décixiveric. Yuici eommeiit le colonel IHason expose l’événement dnns son rapport ofllcicl :

« SI. Siittcr avait fait un roarclié avec lU. Jlurslnd pour construire ù cet endroit une scierie. Quand lu bMinient fut achevé cl qu'il fallut conduire l’eau sur les roues, on reconnut que le canal était trop étroit pour donner û l'eau une rapidité suflisanle. Pour épargner un nouveau travail, M. .Marshal

mière pépite digne d’étre citée, qui soit sonie de la Californie, est celle qu’apporta à New- York à la fin de mai 1.S49, le lieutenant Beale, de la marine fédérale, qui était i>arli de Saa-Francisco le 14 avril. Elle pèse 8 livres avoir du poids o» 5“'®*- 62; mais cet officier, dont le témoignage ne saurait être révoqué en doule, assurait en avoir vu une du poids de 25 livres ou Hwiog. 35 reste, peu importe la grosseur des pépites. Le volume d’une pépite ne prouve rien pour l’abondance du gîte, encore moins pour l'étendue Le gisement du comté d’Anson, dans la Caroline du Nord, où l’on a découvert une des plus belles pépites connues, était alors et est demeuré fort médiocre.

lit enlrci- dans le canal un Tort courant, qui entraîna une niasse de terre et de ((ravier. Un jour que M. Marsiial observait ce di'pdl, il y vit briller des paillettes, qu'il enainina. Eu ayant reconnu la valeur, il s’en alla au forl, faire part de. .sa découverte à M. Suttcr. Tous deux convinrent de tenir les clioses secrétes jusqu’à i’aciièvcinent iriOi niouliii que M. Suttcr voulait faire liûtir. Mais la grande nouvelle se réjiandit tout à coup de cote et d'autre coinnie par magic. Les premiers explorateurs obtinrent un plein succès, et «lans l’cspaee de quelques semaines, des rrntaines d'individus accoururent en ce lien. Trois mois après lu découverte île lu niine, quatre mille hommes y étaient employés. » L'était sur les bords de la Eourchc Américaine, non loin de .son confluent dans le Saeramento.

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