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' Brésil. .....
1 Chili
1 Totaux, . .
(1) Eci it inlilulé : Les Minex d'argent et d'or du nouveau monde, publié d'abord dans la Revue dex Deux Mondes.
260 COURS dVxonomib politique.
Quelque éblouissante que soit une somme de 57 milliards, je ne puis m’empécher de faire une réflexion : c’est pourtant un faible produit en comparaison de ce qu’ont pu donner, dans le même intervalle de trois siècles, d’autres brandies de l'industrie humaine. Que l’on compare, par exemple, cette richesse sortie des mines de l’Amérique en trois cents ans, à l’utilité créée par l’exploitation des mines de charbon de la Grande-Bretagne, d’où un peuple éminemment industrieux tire la foree motrice et la chaleur à l’aide desquelles il transforme incessamment les matières premières qu’il relire de son propre sol et celles qu’il fait venir de toutes les parties du globe, f.es trésors de l’Amérique paraissent alors modestes. 11 ne faut, en effet, qu’un petit nombre d’années à l’industrie britannique pour susciter une valeur égale à tout ce que l’Amérique a rendu d’or et d’argent avec le labeur de trois cents ans.
Cette comparaison est propre à faire ressortir ce que valent, pour une grande nation, de*vastes bassins houillers, et combien ils sont préférables aux mines de métaux précieux les plus renommées, malgré l’attrait qu’ont celles-ci pour le vulgaire. C’est que, en bonnes mains, les mines de charbon sontdes mines de travail, d’un travail varié et puissant, d’un travail sans limites; et le travail est la première des richesses, il est la richesse même.
D’un autre point de vue, on peut mesurer à quoi se réduit cette production de métaux précieux qui a occupé tant de bras, qui a excité tant d’ambitions, assouvi tant de passions, fait commettre tant de cruautés, provoqué des actes si audacieux et des oeuvres si vastes. Tout l’argent qui est sorti des mines du nouveau monde formerait un volume de 11,657 mètres cubes; l’or n’en représente que 151. Kn d’autres termes, tout l’argent qu’on a retiré de ces nombreux filons que j’ai pu qualifier de géants (I), réuni sous la forme d’une sphère et placé à côté de la colonne Vendôme, n’atteindrait qu’aux deux tiers de la hauteur. Le rayon, en effet, n’en serait que de quatorze mètres. Quant à l’or, c’est un volume singulièrement exigu. On
(t) Voir plus haut, page 155.
Lk MONNAIE, SECTION Vil, CHAPITRE 111. 261
est presque confondu de trouver que cet or du nouveau monde, sur l'abondance duquel on a fait tant de fables, dont on a dit, par exemple, que la seule rançon de l'inca Atahualpa avait comblé un temple (1), ne remplirait pas à moitié le salon d'uu appartement bourgeois à Paris (2).
Pour les entrepreneurs d'industrie considérés en particulier, les mines d'argent du nouveau monde, d'où est venue la majeure partie de ces 57 milliards, ont été le plus souvent une source d'illusions. Maintes fois on y a fait des fortunes éblouissantes : mais c'était bien fréquemment pour les perdre ensuite, parce que le gisement, de riche, devenait médiocre ou pauvre, et conservait ce caractère beaucoup plus longtemps qu’on ne l’avait supposé.
Au Mexique, où les mines ont été plus productives qu'ailleurs, il est certain que la Purisima, de Catorce, a donné régulièrement pendant une longue suite d'années un profil net d'au moins i million et quelquefois de 5 ou 6. Dans le même district, la mine de Padre Flores rendit, la première année, 8 millions. On a déjà vu ce qu'avait produit, pendant une succession de quarante ans, l’exploitation de Yalenciana (5). Le filon de PabeUon et de la Vefa Negra, à Sombrcrele, a été plus merveilleux encore (4). A Real del Monte, Pedro Tereros, ensuite comte de Régla, avait trouvé de tels trésors qu'il lui fut possible de faire présent au roi Charles 111 de deux vaisseaux de guerre, dont un de il2 canons, et d’y joindre ce que, par politesse castillane, il appela un prêt de cinq millions. Cependant, si des fortunes colossales sont sorties des mines, même au Mexique elles ont été peu nombreuses; si la famille Fagoaga, les comtes de Régla et de Yalenciana, leur ont dû une opulence magnifique, pour tant d’autres qu'on avait rangés parmi les privilégiés, quels revers après la prospérité ! En tout pays,
(1) Celui de Caxamarca, dont les ruines sc voient encore.
(2) Un salon qui aurait 8 mètres de long et autant de large sur 5 mètres d'élévation, contiendrait 320 mètres cubes, c'est-à-dire plus du double du volume de l'or extrait des mines du nouveau monde.
(3) Page i35, note.
(4) IbiU.
i6î oounâ b’écoNONiE politique.
rexploitation des métaux précieux, des mines en fiions surtout, a ce caractère aléatoire. En Amérique, la prodigalité qui présidait aux travaux préparatoires, les sommes inouïes qu’on dépensait pour foncer un puits, par exemple, l’aggravaient beaucoup (1). L’imprévoyance avec laquelie la plupart des mineurs heureux consument, dans le faste et les plaisirs, les bénéfices des bonnes années, comme si elles ne devaient pas avoir de fin, ne contribue pas peu à ces pénibles retours.
L’histoire du mineur français Laborde est un des exemples de ces vicissitudes. Cet homme entreprenant et hardi, arrivé pauvre au Mexique, était devenu fort riche en exploitant une mine à Tlapajahua. Il passa de là aux mines de Tasco, aux-' quelles il imprima son activité prodigieuse, et il en retira de nouveaux profits. C’était de 1752 à 17h0. Dans son opulence fastueuse, il bâtit, à Tasco, une église paroissiale qui lui cofita 2 millions, et qu’il orna magnifiquement; mais, les mines s’étant appauvries, il s’y acharna et perdit tout. Réduit à la misère, il alla alors trouver l’archevêque et lui demanda la permission de reprendre un soleil d’or enrichi de diamants, dont il avait orné le tabernacle de son église. Le prélat eut le bon esprit d’y acquiescer. Avec les 100,000 piastres qu’il en fit, Laborde, résolu de courir la chance ailleurs, sc transporta à Zacatecas, où les mines, après avoir été fort productives, étaient presque abandonnées. Il entreprit répuisemeni des eaux d’une exploitation jadis fameuse, alors inondée, la Quebradilla, et y employa sans succès presque tout ce qu’il possédait. Quand il ne lui resta plus que quelques milliers de piastres, il risqua un puits sur l’affleurement d’un filon inconnu, et il eut le bonheur que ce fût la Vela-Grande, qui est aujourd’hui encore le filon principal do Zacatecas. Doublement fortuné, il tomba précisément sur un de ces points où les veines sont d’une richesse exceptionnelle; il y gagna, une fois de plus, des sommes extraordinaires. Il ne laissa cependant à sa mort que 3 millions, somme vraiment médiocre pour un mineur favorisé du sort.
Mais, si les individus ont souvent été déçus dans leurs espé-
(t) Voir plus liaul, page 205, et aussi plus bas, .section xm, chapitre I.
raiiccs, el si liicii soiiveiil les foriuncs sortios «les mines sont revenues s’y engloulir, le pays a beaucoup gagné à l'ardeur avec laquelle les bomines iiilelligeuls s'y poriaieul. Il en a retiré les beaux salaires dont jouit encore une grande population de mineurs, les profils des industries accessoires, particulièrement de celle des transports, qui occupe des myriades de mulets et des troupes de mozos (garçons muletiers). La renommée, en faisant connailre au loin les trésors qu'on rencontrait dans les mines, déterminait des hommes remplis d’activité et d'audace à passer en Amérique, et c’était pour le nouveau monde une acquisition précieuse; c'est même ainsi qu’il se peuplait de blancs. Les mines ont provoqué la culture du sol; dans les bonnes années, elles ont fourni les fonds qui ont servi à élever de grands établissements agricoles. Partout où le travail des mines a pris une grande extension, ou a vu naître une ville florissante, quelquefois monumentale et populeuse comme une capitale, Guanaxualo, par exemple, qui, en 1810, comptait 80,000 âmes.
Mais terminons là cette digression sur les mines d'Amérique, et revenons à l’objet spécial du chapitre.
La production de l'Europe, sauf |a Russie, mais avec la Turquie, peut être portée moyennement, pour les trois derniers siècles, à huit ou dix millions par année, dont les quatre cinquièmes en argent.
Pour la itussie, nous avons vu plus haut (1) que la production, beaucoup mieux connue que pour l’Europe mémo, depuis la reprise du travail des mines par les modernes, c’est-à-dire depuis l’ouverture du dix-huitième siècle, à la fin de 1848, s’élevait à 1,200 millions en or cl 555 millions eu argent. En l’arrêtant au l*'' janvier 1848, on retombe sur les chiffres indiqués page 259.
Quant à l’ancien fonds, il y a lieu de croire que M. Gallalin l’exagère lorsqu’il le porte à 500 millions de piastres. M. Jacob le met à moins d’un milliard de francs.
La proportion des deux métaux serait ainsi : pour l’extrac-
(i) PageSül.
COURS d'économir politique.
lion tolalc do l’Aniérique, de 1 kilog. d’or contre 42 kilog. d’argent, ou de 2 fr. 70 c. eu argent contre 1 fr. en or. Pour l’ensemble de l’approvisionnement verse sur le marché général, depuis trois siècles, de 1 kilog. d’or contre 32 kilog. d’argent, ou de 2 fr. 09 c. en argent contre 1 fr. en or. Dans l’extraction annuelle du commencement du siècle, c’était de 1 kilog. d’or contre 38 kilog. d’argent, ou de 2 fr. 43 c. en argent contre 1 fr. en or. Mais, immédiatement avant 1848, c’était de 1 kilog. d’or contre 13 1/2 kilog. d’argent, ou de 87 centimes seulement en argent contre 1 fr. en or. On voit à quel point, dans l’intervalle de moins d’un demi-siècle, la proportion de l’or s’est accrue; c’est aux mines de la Russie surtout que le changement est dû. La Russie, il y a vingt-cinq ans, donnait 35 kilog. d’argent contre 1 d’or; actuellement l’or y excède l’argent, en poids, presque dans le rapport de 3 à 2.
Qu’est-cc qu’est devenue la production des mines de l’Amérique et des autres contrées? Où est-elle? à quel état se trouvet-elle? Là-dcssiis on est réduit à des conjectures. Tout ce qu’on sait bien, c’est qu’une partie de cet approvisionnement s’est éloignée de l'Europe et qu’une certaine portion est perdue. Il est vraisemblable que la diminution est fort grande. Si j’étais forcé de l’évaluer, je dirais que je ne la crois pas moindre de 13 à 20 milliards. Ce qui se perd de métaux précieux par suite de l’enfouissement, dans les temps de troubles et de révolution, dépasse tout ce qu’on pourrait croire au premier abord. Ensuite il y a la perte que j’appellerai naturelle, qui est causée par le frottement des objets en or ou en argent, dans laquelle rentrent le frai des espèces monnayées et la dispersion graduelle des dorures. Enfin il y a l’exportation qui, pour l’Asie lointaine, selon l’estimation de M. de Humboldt, relative au commencement du siècle, eût absorbé un milliard en moins de huit ans.
La proportion entre les deux métaux, que l’extraction totale indiquerait, a dû être sensiblement altérée dans notre Occident par leur inégale destruction (1), et par la circonstance que
(1) Voir plus liaul, puge 98, le rcsullat des expériences de Caveiidisli cl Halclicit
l’Europe a exporté en Asie beaucoup d’argent et peu ou point d’or. Sur la somme qui reste aujourd'hui dans les anciens domaines de notre civilisation, je veux dire en Europe et en Amérique, et qui est peut être de 25 ou de 26 milliards, c’est une supposition assez plausible qu’il y a 25 ou 30 kilog. d’argent contre 1 d’or, ou 1 fr. 61 c. à 1 fr. 94 c. en argent contre 1 fr. en or; ou encore que, sur la masse de cette richesse métallique, si ou la suppose de 25 milliards et qu’on admette la proportion de 25 kilog. d’argent contre 1 d'or, il y aurait 9,600 millions en or et 15,400 millions en argent, ce qui correspond à 2,778,000 kil. d’or et 69,444,000 kilog. d'argent. Mais je ne saurais trop répéter que les supputations de ce genre sont éminemment hypothétiques. Entre l’extraction totale des trois derniers siècles et les extractions actuelles, il est impossible de dire quelle relation subsiste.
On a produit un assez grand nombre d’évaluations au sujet de la destination assignée à l'or et à l'argent que le commerce livre à la civilisation occidentale, et particulièrement à l’Europe. Combien est mis en vaisselle, en bijoux? combien en dorures? combien en espèces monnayées? quelle est la quantité qui s’exporte? Les discussions, auxquelles ont pris part cependant des esprits très-distingués, n'ont répandu que peu de lumière sur la question. On peut facilement savoir combien les hôtels des monnaies frappent de pièces de tout genre; mais nous allons voir qu’on n’en peut rien conclure, parce qu’il est des causes qui peuvent ramener le même métal plusieurs fois sous la presse monétaire. Par le moyen de l'impôt dit de garantie sur les objets en or et en argent, il semble facile de déterminer ce qui se transforme en vaisselle et en bijoux; mais le poids de l’or et de l'argent qui supportent cet impôt ne prouve rien, parce que ce ne sont pas seulement des matières neuves que travaillent les orfèvres et les joailliers : ils élaborent aussi de la vieille vaisselle et de vieux bijoux ; et ces objets, dont on ne peut savoir l’importance, jettent de la confusion dans les évaluations, parce que tel auteur, qu’on doit croire bien informé, les portera à un ou deux centièmes seulement des matières , M. Jacob, par exemple; tel autre, qui ne semble pas moins
COURS d’économie rOUTIQUE.
digne do foi, comme Necker, supposera que c’esl de 60 pour cent, cl un troisième, M. Lowe (1), supputera que c’esl du quart. On n’a pas de relevé compl°.l de ce que fabriquent l’orfévrerie et la bijouterie, même pour l’Europe. M. de ilumboldt calculait, vers 182 i, que c’était de 31,700,000 fr. en or et 55,600,000 en argent, total 87 millions (2). M. Jacob, vers 1830, admettait que c’était de 140 millions, en y comprenant l’Amérique. M.Mac Culloch, dans sou Dictionnaire du Commerce, porte cette masse d’or et d'argent à 0,050,000 livres si. (151 millions) de matières neuves, en embrassant l’Amérique dans son calcul (3), et M. Duport, dans un écrit tout récent, adopte cette évaluation (4).
Si les relevés du monnayage, qui sont publiés par la plupart des gouvernements, indiquaient la monnaie qui existe, même en ne prenant pour point de départ qu’une époque depuis laquelle le frai n’aurait pu avoir une grande action, le cominencemenl du siècle par exemple, ou trouverait que l’Europe possède une prodigieuse somme en espèces monnayées.
Pour la France, le montant des espèces décimales sorties des bétels des monnaies est de 5 milliards 313 millions. C’est ce
(1) Dans un écrit intilulé Prêtent ttale of England, que M. (te Ilumboldt cite avec éloge dans la Nouvelle-Etpagne, tome lit, page 466.
(2) Estai tur la Nouvelle-Etpagne, tome lit, page 466.
(3) Savoir :
Royaume-Uni
France
Suisse
Le reste de l’Europe L'Amérique du Nord