‹ La monnaie romaine et les XII tables [microform]Chapitre 2 sur 4 · II. — SOLUTION FOURNIE PAR L HISTOIRE DE LA MONNAIE ROMAINE · texte numérisé non relu

II. — SOLUTION FOURNIE PAR L HISTOIRE DE LA MONNAIE ROMAINE

L'évaluation, transmise par les anciens, de lo livres de bronze par mouton et de 100 pour un bœuf, incontestable pour les amendes, est-elle fausse pour les compositions? L'unanimité des auteurs modernes en admet l'exactitude, mais

l'unanimité ne dispense pas d'un examen critique, et, dans la mesure du possible, d'un contrôle qui ici confirmera l'avis unar ime des auteurs.

Puisque les 25 as des XII Tables doivent nécessairement représenter un certain nombre de moutons et puisque l'estimation d'un mouton à lolivresde bronze ne convient pas, 25 n'étant pas divisible par lo, c uelle est donc l'estimation qui pourrait convenir? Ce ne pourrait être qu'une livre, cinq livres ou vingt-cinq livres, 25 n'étant divisible que par ces trois chiffres.

Les deux premières évaluations (une livre et cinq livres) sont exclues pour une raison aussi simple que décisive : si le mouton c 'amende est évalué lo livres de bronze, il est impossible que le mouton de composition soit évalué moins. L'État pourrait se relâcher de ses droits et se montrer indulgent pour ceux qui ont délinqué contre lui, il ne peut pas le faire peur les compositions destinées à réparer le dommage causé aux particuliers dont on a, par exemple, coupé les arbres, brisé un os, etc.... On pourrait en ce sens invoquer les mots « levis aestimatio pecudum in multa » qu'emploie Tite-Live k propos de la loi de 324 et dire que, pour les compositions et le sacramentum, le mouton était estimé à sa valeur réelle, qui aurait été alors de 25 livres de bronze. On pourrait ajouter que tous les chiffres donnés par les XII Tables (conipositicns et sacramentum^, sont divisibles par 25, en sorte que cette idée ne rencontre a priori, aucune objection mathématique. Mais d'abord, d'après le conteste de Tite-Live, la loi de 324, dictée par un péril momentané, ne peut être qu'une loi de circonstance, ne devant probablement pas survivre à ce péril et ne visant que les amendes infligées par les censeurs. En outre, cela oblig«; à donner un démenti à Denys, Festus et Aulu-Gelle qui attribuent l'estimation de 10 as à la loi Aternia Tarpeia. Mais il convient de poser la question sur \v. terrain économique.

N'y a-t-il pas des raisons économiques qui exe luent la possibilité d'une évaluation à 25 livres de bronze d'un mouton à l'époque des XII Tables?

Quelle pouvait être vers l'an 3oo de Rome la valeur économique d'un mouton et la valeur économique de dix livres de bronze? C'est en vain que pendant longtemps nous avons cherché à résoudre cette question avec l'aide des savants qui ont écrit sur l'histoire romaine, la monnaie romaine, le droit criminel ou la métrologie antique ("). Nous n'avons pu y réussir. Il ne suffit pas de savoir, par exemple, qu'à 1 époque de Solon, vers 160 de Rome, le mouton pour les sacrifices était estimé une drachme. Cela ne nous apjTend rien de sûr pour Rome un siècle et demi plus tard, d'autant plus que la /aleur relative des bœufs et des moutons était bien différente à Athènes et à Ro ne : à Athènes, le breuf ne valait que cinq fois le mouton, à Rome, dix fois (").

Enfin, nous ne savons pas quel était, vers l'an 3oo de Rome, le rapport de valeur entre la sextula (un sixième d'once) d'argent, qui plus tard (4B6 de Rome) devint le denier romain valant 10 as de 486, sensiblement équivalent à la drachme attique (") d'une part et, d'autre part, une livre de bronze (").

Mais si l'indication de la valeur du mouton à Athènes au temps de Solon ne suffit pas pour nous donner un renseignement positif sur sa valeur à Rome un

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siècle et demi plus tard, du moins, elle fournit une contre-indication décisive contre Thypothèse — que personne d'ailleurs n'a songé à émettre — que le mouton aurait pu être estimé 25 as libraux vers l'an 3oo de Rome.

En effet, vers 486 de Rome, lors de l'introduction de la monnaie d'argent, le denier valait quatre sesterces et les anciens affirment unanimement que le sesterce d'argent équivalait à l'ancien as l"bral(**). Donc le denier de 486 valait quatre as libraux anciens. Si nous supposions que le prix d'un mouton était le même à Athènes vers 160 de Rome et à Rome vers 3oo, nous devrions dire que le mouton à Rome valait quatre as libraux. Mais il est certain que le prix des choses avait beaucoup augmenté entre le temps de Solon et la guerre du Péloponèse, qui correspond à l'an 323 de Rome. Mettons qu'il ait augmenté considérablement, par exemple de 25o pour cent : alors, le prix du mouton à Rome vers l'époque des XII tables aurait été précisément de 4 as multiplié par 2,5 = 10 as libraux, comme nous l'affirment les anciens.

Pour que la valeur du mouton fût de 25 as libraux, il faudrait que le prix des choses eût augmenté, non pas seulement de 25o pour cent, mais de 025 pour cent, ce qui est vraiment inimaginable.

Enfin, quelle était au juste la qualité, la taille, le poids et par conséquent la valeur de ces moutons dans l'hypothèse — que nous instituons ici argumentationis causa — qui leur supposerait le prix de 25 as>

Voici à cet égard quelques renseignements dus à l'obligeance d'un savant professeur de zootechnie à l'École nationale vétérinaire de Lyon, M. Boucher : je l'en remercie vivement :

Les Romains ont connu au moins quatre races de moutons : les deux seules qui peuvent ici nous intéresser et que l'on peut considérer comme autochtones à l'Italie, sont : i" la race Étrusque (race bergamasque actuelle); 2^ la race de la Grande Grèce (race maltaise actuelle). Ces deux races, de tout temps exploitées selon le mode transhumant, devaient leur valeur à leur toison, pesant environ un kilo et demi de laine assez grossière, plutôt qu'à leur chair, d'ailleurs médiocre. Les brebis avaient des qualités laitières et pouvaient produire de huit à douze kilos de fromage par an. Vu les améliorations considérables que ces races ont reçues au cours du dernier siècle, le poids des animaux adultes ne devait pas dépasser 3o à 40 kilos au maximum.

Ces appréciations du professeur Boucher seraient même trop optimistes si l'on pensait qu'il faut appliquer au temps de la Rome antique ce que le vicomte Georges d'Avenel (") dit de la situation des bestiaux au moyen âge :

« C'étaient des animaux à demi sauvages, n'ayant que la peau et les os et traînant à travers les landes une existence dépourvue de tout engraissement... Tandis qu'aujourd'hui, dit-il, on peut tirer d'un mouton ordinaire en moyenne 18 kilos de viande, on n'en retirait que 9 sous Charles VII » (").

Au surplus, quand on regarde la jolie lampe romaine du British Muséum, n° 523, figurant le Tityre de la première églogue conduisant ses moutons, on est frappé de leur taille minuscule : on dirait des agneaux de nos jours (**).

En résumé, les moutons de la Rome antique c coup plus faible que ceux de notre époque.

D'un autre côté, la valeur économique de di> livres de bronze, était fort appréciable.

On sait que la solde militaire, les distribution tant qu'elles n'ont pas été payées en deniers lourds ("). Or, en 469, un siècle et demi après le à chaque soldat 82 as; en 461, le consul est consi avoir porté la gratification à 102 as. En 459, les F moyennant une rançon individuelle de 3ioas. Décemvirs, on trouve encore un consul qui, a praeda comprenant trois millions de sesterces d gratification de 56 as seulement (^").

Ces gratifications aux soldats victorieux, cet ridiculement faibles s'il fallait 25 as pour équival moutons de la Rome antique.

Par conséquent, aucune hésitation n'est possib trompés en nous disant, les modernes ne se sont mement que les moutons étaient estimés 10 as pi sitions que pour les amendes, du moins, en ce q levis aestimatio de la loi Papiria de 324.

Mais alors, encore une fois, le chiffre des com place un certain nombre de moutons, devrait te les deux compositions de 25 as ne le sont pas.

Cette énigme ne peut être résolue qu'en admet tateurs des XI 1 Tables ont substitué, très juc d'ailleurs, le chiffre de 25 as à celui de 10 as que par la raison bien simple qu'en 486, les as ne \ quièmes de leur poids primitif en sorte que 2S as poids de 10 as libraux.

11 est facile de démontrer ce premier point, cor lieu pourquoi on put croire à cette époque que définitivement arrêtée, et que, par conséquent, définitivement fixé comme correspondant pour XI l Tables.

1°. Les as de 486, époque de la première • ne pesaient que les deux cinquièmes de l'as librs

D'une part, en effet, puisque le denier valait du denier, valait, comme son nom l'indique, d cette époque et non pas deux as et demi libra aujourd'hui, malgré l'erreur de plusieurs auteun

D'autre part, le sesterce vaut l'as ancien, l'as c égale en valeur le sesterce, et si le sesterce é|

levaient avoir une valeur beau-

. as lourds, c'est-à-dire de dix

5 aux soldats après la victoire, l'ont été sur le pied des as s XII Tables, le général donne déré comme très généreux pour erusini prisonniers se rachètent Deux siècles et demi après les 3rès avoir versé au trésor une argent, donne aux soldats une

:e rançon individuelle, seraient oir à l'un de ces très médiocres

le : les anciens ne nous ont pas pas trompés en croyant unanièce, aussi bien pour les compoui touche les amendes, avant la

positions décemvirales, s'il remujours être divisible par 10, et

tant que les premiers commenicieusement, très légitimement portait le texte primitif, et cela esaient plus que les deux cinde 486 égalaient exactement le

ime aussi d'expliquer en second la baisse du poids des as était le chiffre de 25 as pouvait être toujours aux 10 as libraux des

émission de monnaie d'argent

l primitif.

dix as de 486, le sesterce, quart

;ux as et demi, bien entendu de

ux. Tout le monde en convient

i latins {").

l'une livre. Or, si l'as d'une livre

fale en valeur deux as et demi

CH. APPLETON

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