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LE MONNAYAGE

d'unité de poids : une livre d*or ne peut évidemment être comptée pour la même valeur qu'une livre d'argent ; on reconnaît alors une monnaie de compte.

Les pouvoirs publics se trouvent, à partir de ce moment, en présence de divers systèmes.

Ils peuvent, avec chaque métal, frapper des pièces d'un poids et d'un titre déterminés, les particuliers devant spécifier euxmêmes dans leurs contrats la nature du métal qui devra être livré ; dans ce cas, deux ou plusieurs monnaies de compte sont juxtaposées. Stanley Jevons a proposé d'appeler ce système, . système de monnaie comptée à circulation libre.

Ils peuvent aussi, et c'est le parti auquel ils se sont généralement arrêtés, tarifer chaque pièce de monnaie eu égard au métal qui la compose, à son poids et à son titre, déclarer qu'elle vaut un certain nombre d'unités monétaires et que les créanciers sont légalement tenus de la recevoir pour cette valeur. L'idée de monnaie légale vient alors s'ajouter à l'idée de monnaie de compte, et l'on arrive au système de monnaie comptée à cours légal.

Les systèmes monétaires modernes appartiennent à ce dernier type, qui comporte trois variétés principales : le système à cours légal unique^ dans lequel les pièces de l'un des métaux monétaires sont seules tarifées, les autres étant reçues librement par les particuliers pour leur valeur commerciale; le système à cours légal multiple, dans lequel les espèces frappées, de quelque métal qu'elles soient formées, ont un pouvoir illimité suivant la tarification qui en est faite par la loi ; enfin un système que Stanley Jevons appelait composite parce qu'il tient des deux premiers : les pièces de tous les métaux étant tarifées, mais un seul métal jouissant du pouvoir libératoire illimité, tandis que les monnaies formées des autres métaux ne peuvent être imposées en paiement que jusqu!à concurrence d'une certaine somme.

§ 4. — L'évolution monétaire : le cuivre, l'argent, l'or.

Toutes les fonctions monétaires sont, aujourd'hui et dans les pays civilisés, remplies par l'or et par l'argent, assistés du

cuivre, du bronze et parfois du nickel. Mais à d'autres époques, ou dans d'autres régions, le rôle des métaux précieux a été ou est encore moins étendu.

La fonction la plus ancienne de Tor et de l'argent paraît avoir été celle d'instrument d'épargne et de thésaurisation. Ces métaux étaient connus et recherchés dans Tancienne Grèce k l'époque où l'on y comptait par bœufs. Ils y étaient, néanmoins, extrêmement rares et ne pouvaient guère servir qu'à accumuler la richesse sous forme de trésor. On voit dès le temps d'Homère l'or consacré aux dieux et l'on sait que les trésors des temples constituaient une réserve sacrée, ressource suprême des grandes nécessités ; des bijoux et de la vaisselle d'or et d'argent, généralement de provenance étrangère, se trouvaient aussi dans les demeures des chefs opulents ; ils y formaient de véritables trésors ^ La même fonction était remplie sans doute par les lourds bracelets et colliers d'or massii trouvés, en France môme, dans des sépultures de Tàge du fer*. Des habitudes identiques peuvent être constatées, de notre temps, dans beaucoup de régions de Tlnde et en Indo-Chine. L'or et l'argent n'y sont guère employés pour les échanges ; les indigènes les transforment en bijoux : c'est une manière de thésauriser^. En Annam, les souverains ont fait frapper l'or et l'argent en monnaies que leur poids — les plus grosses, dans l'un comme dans l'autre métal, pèsent 100 onces ou 3 kg. 850 — ne permettait d'employer qu'à la thésaurisation.

La monnaie métallique la plus anciennement employée comme intermédiaire dans les échanges et comme unité d'évaluation, ne fut pas d'or, ni même d'argent, mais de cuivre ou de bronze (œs). A Rome, la première monnaie d'argent date de la fin du v° siècle de Rome (268 ou 269 avant J.-C.) ; la monnaie d'or, frappée dès 207 avant J.-C, ne devint abondante qu'au

1. Voir le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio, aux mots Argentum, Aurum, Aurifex. Paris, Hachette.

2. On en a trouvé qui pesaient jusqu'à 482 et 618 grammes. Les objets d'or de l'âge du bronze sont plus légers et devaient constituer surtout des bijoux ou des ornements. V. Revue de l'École d* Anthropologie de Paris, A. de Alortillet, L'or en France. Paris, Altran, 1902.

3. V. infra, !!• partie, chap. vu. La Monnaie de Paris possède une belle collection de ces pièces, qui sont devenues très rares.

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temps de Jules César*. L'idée de monnaie demeura liée au nom du métal qui en avait fourni la première matière ; œs signifia toujours bronze et monnaie.

La monnaie de bronze convenait à une époque où les échanges étaient peu nombreux, portaient sur des objets de faible valeur et ne s'étendaient guère au delà des limites d'une cité. Quand les transactions se multiplièrent, qu'elles mirent en mouvement des quantités plus considérables de produits ou des produits plus coûteux, que les relations extérieures se créèrent et s'étendirent, l'argent d'abord, l'or ensuite, vinrent prendre place à côté du cuivre. La monnaie de cuivre servit au règlement des menus échanges locaux, qui autrefois étaient tout le commerce et qui en formèrent désormais la moindre partie. L'argent et l'or furent les instruments d'échange pour les affaires importantes ou lointaines. C'est ainsi que s'est constituée la circulation composite que Ton trouve encore dans les temps modernes ; or, argent, cuivre ou bronze.

Le rôle du cuivre a été s'amoindrissant de plus en plus. La déchéance de ce métal était fatale. Depuis longtemps déjà sa valeur n'a plus la stabilité relative qu'exige l'office monétaire ; elle est en outre devenue beaucoup trop faible, eu égard à la masse de plus en plus grande des richesses que la monnaie doit faire circuler. La place du cuivre a été, alors, prise par l'argent. C'est ce métal plus précieux qui a été le principal intermédiaire des échanges, qui a fourni l'unité d'évaluation et l'étalon des valeurs. L'or est resté, dans cette période nouvelle, une monnaie subsidiaire, réservée pour les opérations de très grande importance, principalement pour celles traitées avec l'étranger.

Cet état de choses, dont les origines remontent aux temps anciens, s'est prolongé jusqu'au milieu du xix* siècle. Mais l'évolution monétaire n'était pas achevée. De même que l'argent avait supplanté le cuivre, l'or menaçait l'argent. Comme jadis le cuivre, l'argent baissait peu à peu de valeur. Au commencement du xvi* siècle, l'or ne valait pas encore 1 1 fois l'argent. A la fin du xvm® siècle, le rapport est à peu près de 1 à

1. V. Paul Leroy-B^&ulieu, Traité théorique et pratique d'économie politique, 2» édit. Paris, F. Alcan, 18'JG, t. III, p. 100

15 Y2' Néanmoins, l'argent conservait encore la prééminence. Les opérations commerciales de Tépoque, pour importantes qu'elles fussent, trouvaient dans le métal blanc un instrument d'une puissance suffisante. D*un autre côté^ les existences d'or n'étaient pas assez nombreuses pour que le mi^tal jaune pût devenir la monnaie principale du plus grand nombre des États européens et, par suite, enlever à l'argent sa double qualité d'unité monétaire et d'étalon. Seule l'Angleterre, au commencement du XIX* siècle, pouvait se croire en mesure de se constituer une circulation d'or assez abondante pour baser sur ce métal son système monétaire.

Lorsque, au milieu du xix* siècle, l'application de la vapeur aux transports et l'introduction définitive des moteurs mécaniques dans l'industrie eurent soudainement développé la puissance productrice des peuples et multiplié les échanges internationaux, le commerce eut naturellement recours à l'or pour mettre en mouvement la masse accrue des richesses nouvellement créées. A la même époque, les riches gisements aurifères de rOural, de la Californie et de l'Australie furent découverts ; la production de l'or augmenta donc au moment précis où des quantités beaucoup plus fortes de ce métal devenaient nécessaires à la circulation.

Dès ce moment, l'or tendit à devenir l'unité monétaire et l'étalon des valeurs, dans les échanges intérieurs, comme dans les relations de peuple à peuple. La déchéance de l'argent allait d'ailleurs être hâtée par son énorme dépréciation. Depuis 1873, la baisse du métal blanc s'est précipitée. C'est une véritable chute, interrompue de temps à autre par des bonds de hausse, bientôt suivis de baisses plus profondes encore.

L'argent est ainsi de moins en moins apte, dans nos pays, à remplir l'office de monnaie principale, d'unité monétaire, d'étalon des valeurs. Il descend aux côtés du cuivre et, comme ce dernier^ devient de plus en plus une monnaie secondaire, réservée aux échanges locaux.

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