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2. KnquuLe sur la question monétaire^ 18G9-18T0, p. 709. Cf., dans le Journal de la Sodélé de slatislique, août 1874, La Qucsllon monétaire d'après les faits observés en France, *n Ang'eterre et aux États-Unis.
Avant 1830, lorsque la circulation française se "composait d'argent, la prime sur l'or variait de 10 à 12 p. 7oo ; rarement, elle descendait à 7' p. 7oo î en temps de crise, elle pouvait atteindre, 17, 18, 19 p. 7oo' Depuis 1850, l'or est'ordinairement au pair ; dans les moments de crise, la prime ne dépasse pas 8 ou 9 p. 7oo. Quant aux cours du change, de 1820 à 1849, ils étaient presque constamment au-dessus du pair, le plus souvent au-dessus du gold point. Au contraire, depuis 1850, les plus hauts cours n'ont pas dépassé 25 fr. 40 c., soit 18 centimes audessus du pair, c'est-à-dire la somme nécessaire pour payer les frais de transport, la prime d'assurance, les intérêts, les frais de fabrication qu'entraîne l'exportation du métal monnayé.
Les pertes que le commerce subissait avant 1850 ne résultaient pas seulement de l'élévation persistante des cours audessus du pair. Comme il arrive toujours lorsque la circulation d'un pays est dépréciée, les cours du change étaient sujets à des variations subites et d'une grande amplitude. De 1832 à 1850, les plus hauts cours ont varié de 23 fr. 95 c. à 25 fr. oO c. ; les plus bas de 24 fr. 45 c. à 25 fr. 25 c. L'écart des plus hauts cours aux plus bas oscillait entre 50 et 70 centimes. On comprend qu'il en résultait un aléa regrettable pour les opérations du commerce.
Le dommage que causerait aujourd'hui la substitution de l'argent à For dans notre circulation serait, eu égard au degré de la dépréciation du métal blanc, infiniment plus grave.
Les bimétallistes l'ont bien compris. Aussi, depuis plusieurs années S subordonnent-ils la reprise de la frappe à la conclusion d'un pacte monétaire international liant, sinon toutes les puissances, du moins celles qui exercent une sorte d'hégémonie sur le marché du monde : la France, l'Angleterre, l'A 11etnagne, les États-Unis. Ces quatre États établiraient un rapport légal identique entre la valeur de l'or et celle de l'argent.
1. Cette agitation bimétalliste, très inquiétante par suite de l'appui que lui donnaient les protectionnistes au moment où a paru la 1^« édition de ce livre, est aujourd'hui complètement tauibée. Nous croyons utile cependant de reproduire en leur entier les pages que nous consacrions alors à rjfuler le projet d'une grande union bimétallique.
254 L UNION LATINE, LE PBOBLÈMB MONETAIUE.
S'étant de* la sorte garanti le pair du change dans leurs relations réciproques, ils pourraient, sans danger, autoriser la frappe libre de l'argent. Le débouché illimité qu'ils ouvriraient au métal blanc assurerait la restauration de sa valeur.
Les promoteurs de cette combinaison ont essayé de la placer sous le patronage du grand nom de Newlon ; ils opposent à la loi de Gresham ce qu'ils appellent la loi de Newton ; celle-ci corrigerait celle-là. Gresham a formulé le principe général auquel on a rattaché depuis la cause de l'exportation alternative de deux métaux entre lesquels la loi prétend établir un rapport immuable. « Dès 1717, dit E. de Laveleye ^ Newton avait indiqué le remède qui obvie à l'alternance. Yoici comment il l'avait formulé : « Si l'or était diminué de valeur chez nous, « de façon que ce métal eût le même rapport avec l'argent que « dans le reste de l'Europe, il n'y aurait plus aucune tentation « d'exporter de l'argent plutôt que de Tor vers les autres Étals « de l'Europe. » (V. son Rapport du 17 septembre 1717'). »
Les bimétallistes n'avaient pas aperçu d'abord le^parti qu'on pouvait tirer de la prétendue loi de Newton. M. Wolowski, dit M. de Laveleye, avait transcrit ce passage dans son livre : La question monétaire, mais n'avait pas suffisamment creusé l'idée. « Il était réservé à M. Cernuschi, dans ses écrits étincelants de verve et de raison, de prouver, à toute évidence, que Newton avait indiqué la vraie solution du problème monétaire. A partir de ce moment, la question est entrée dans une phase nouvelle. Le bimétallisme avait acquis une base scientifique inattaquable ^ »
Si l'on étudie cependant le rapport de Newton, il est difficile d'y trouver le principe d'une loi nouvelle, correctrice de celle de Gresham*. Newton constatait que l'argent était exporté d'Angleterre parce qu'il y avait cours pour une valeur moindre que sa valeur réelle : le juiblic exigeait 21 Va shillings pour la
1. La monnaie et le bimétallisme international, Paris, F. Alcan, 4891, p. 276.
2. Stanley Jevons a réimprimé ce rapport dans ses Investigations in. currency and finance, p. 330 et suiv. Cf. infray p. 270.