V. Nouveau dictionnaire d'économie politique, y* Prix
On a fort justement reproché à la plupart de ces séries de chiffres de ne représenter que les prix d'un nombre restreint de marchandises. Pn a fait également remarquer qu'elles sont constituées par des moyennes purement arithmétiques, à la composition desquelles chaque prix concourt pour sa valeur numérique, abstr-action faite de Timportanoe relative des marchandises, qu'il représente.
Tenant compte de cette dernière critique, un statisticien des plus distingués^ M. R. H. InglisTalgrave, s*est attaché à réformer le système des index numbers en substituant aux moyennes purement arithmétiques des moyennes proportionnelles. Chaque marchandise reçoit un coefficient. LMnfluence des divers prix dans la formation de la moyenne annuelle est ainsi proportionnée au mouvement d'affaires plus ou moins considérable dont chaque marchandise paraît être Tobjet dans le Royaume- Uni*. L'exemple a été suivi, notamment par M. Fred. James Atiiinson dans une très remarquable étude sur les Silver prices in India *.
Même ainsi amendés, les index numbers ont le défaut de ne mettre en œuvre qu'un nombre de prix limité. Une méthode plus scientifique a été suivie en France par M. de Foville'. « Elle consiste à prendre pour cadre le budget d'une famille, avec les parts inégales qu'y prélèvent nécessairement les diverses catégories de dépenses : nourriture (pain, viande, boisson...), vêtement, logement, chauffage, etc.*. » On recherche ce qu'aurait coûté, à chacune des époques comparées, un régime de vie identique. Le rapprochement des moyenyies budgétaires ainsi obtenues permet d'apprécier les modifications survenues dans le niveau général des prix. ,
Une autre méthode, plus rapide dans ses procédés, a été employée par M. Levasseur dans son livre : La question de Vor> A l'époque où parut ce livre, les statistiques douanières don-
1. Y. Third report of the royal commission on dépression of trade and indusMj, appendix B, notainmeut p. 3i"J et 3 H à 353.
2. Journal of tfu' Tioyal Sfalislica! Sociehj, Londres. Mars 1897. \^. infra, p. 43.
3. Articles publiés par VEconornisle français en 1874 et détachés d'un mémoire couronné par l'Institut.
'*. Sourcoft dirlionnaire d\'conomie politique, v** Prix.
LA BAISSE DB l'oR APRÈS iSSO. 25
naient deux évaluations des importations et des exportations, basées, la première sur les valeurs officielles déterminées en 1827, la seconde sur les valeurs actuelles fixées annuellement, depuis 1848, par la Commission permanente des valeurs de douane. La comparaison de ces deux évaluations faisait ressortir la hausse ou la baisse des prix de chaque année par rapport aux prix de 1827.
Les valeurs officielles ne figurent plus depuis 1861 dans les tableaux de l'administration des douanes. Il est cependant possible d'utiliser encore ses statistiques dans les recherches sur les fluctuations des prix. Cette administration publie, en effet, deux évaluations successives du mouvement commercial de la France avec l'extérieur : la première, en janvier, dans les Documents mensuels, basée sur les taux d'évaluation de l'année précédente, les seuls qu'elle possède à cette époque; la seconde, dans le Tableau général du commerce^ établie au moyen des taux d'évaluation propres à l'année, que la Commission des valeurs a fixés de janvier à mars ou avril. En rapprochant ces deux évaluations successives, on peut calculer le pourcentage de hausse ou de baisse des prix de chaque année par rapport à ceux de Tannée précédente.
En Angleterre, M. Robert Gififen s'est également servi des statistiques commerciales, mais d'une façon différente. Il a calculé la quotité des importations et des exportations par tête d'habitant. Les variations en hausse ou en baisse de cette quotité correspondent aux oscillations des prix ^
Tels sont, sommairement décrits, les principaux moyens employés par la statistique pour découvrir les fluctuations du niveau général des prix. C'est ainsi qu'on peut arriver, avec une exactitude plus ou moins approchée, selon le mérite de la méthode et la dextérité de l'opérateur, à éliminer l'influence des causes de variation particulières à chaque marchandise, de façon à dégager et à faire apparaître les mouvements d'ensemble dus à des causes générales.
Mais une difficulté nouvelle se présente, dont la statistique
1. V. First report of the commission on dépression of trade and industv>j, p. 127 et suiv. Cf. R. Giffen, Récent chanrjes in priées and incarne compared, lecture à la Société royale de statistique. Londres, I8n8.
seule ne saurait avoir raison. Les variations du pouvoir d'achat des métaux précieux ne sont pas la seule cause des fluctuations du niveau général des prix. Il en est d'autres, dont l'action s'exerce également sur l'ensemble des cours. Certaines sont durables, telles les modifications dans les débouchés ou dans les frais de production. D'autres sont accidentelles et temporaires : on citera l'accélération, des affaires, leur expansion plus grande à l'apogée des périodes prospères, leur stagnation, leur rétrécissement pendant la période de liquidation des crises commerciales. Une hausse ou une baisse des prix, même générale, n'est donc pas le signe infaillible d'une réduction ou d'un accroissement de la valeur du métal étalon. Des causes diverses se mêlent et s'enchevêtrent ; les variations des prix sont la résultante extrêmement complexe de leurs actions combinées.
Ces observations générales vont trouver une application immédiate dans l'étude de la baisse de Tor de 1850 à 1870. On aura de même à en tenir compte en discutant la question de Vappréciation de l'or après 1873*.
Il s'est produit, au milieu du xix* siècle, un rehaussement très marqué du niveau général des prix, que Ton a généralement attribué à la baisse de Tor. Le phénomène est signalé en France par plusieurs publicistes* dès 1851 et 1852, en 1853 et en 1857 par Michel Chevalier*. En 1858, M. Levasseur publie son livre sur La question de Vor, dans lequel il mesure l'intensité du phénomène et en dégage les conséquences favorables ou fâcheuses pour les particuliers et pour les États. L'année suivante, Michel Chevalier* reprend le sujet et cherche à prévoir les conséquences commerciales et sociales que la baisse du métal jaune peut avoir dans l'avenir. En Angleterre, dès la