Ibid., p
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reste qu'une marchandise... qui soit toujours acceptée sur tous les marchés : ce sont les métaux précieux, Tor et l'argent. On va donc les faire intervenir sur une grande échelle et changer ainsi le rôle qu'ils remplissent habituellement alors qu'ils ne servent que de solde pour les grandes opérations commerciales, ou pour le comptant. Ce ne sont plus des moyens de crédit que Ton demande aux banques, des billets ou un compte ouvert pour opérer des virements ou des compensations, ce sont des espèces métalliques ou plutôt des lingots pour faire des remises à l'étranger ^ »
On a longtemps supposé qu'une émission excessive de billets de banque était la cause des crises, et que tout danger serait conjuré si une proportion convenable était maintenue entre l'encaisse et la circulation. C'est sur cette théorie que sont fondées les lois qui limitent au triple de rencaisse le montant des engagements à vue des banques. Uact de 1844, en Angleterre, procède de la même idée. Sir Robert Peel, le colonel Torrens, lord Overstone, l'esprit encore occupé des arguments au moyen desquels ils avaient fait reprendre les paiements en espèces, étendaient au billet convertible les conclusionsqui, dans le Bw/^ton report visaient exclusivement le billet à cours forcé. Ils pensaient que l'extension de la circulation des banques, même lorsque le billet est remboursable en espèces, provoque la hausse des prix et est le point de départ des spéculations qui aboutissent à la crise.
Il est certain que des émissions excessives avaient précédé les crises de 1826 et 1837. Mais la surabondance du papier de banque était la conséquence de la surabondance du papier commercial. La circulation fiduciaire se compose non seulement des billets de banque, mais de l'ensemble des promesses de payer, créées soit par les banques, soit par le public luimême. Vact de 1844 a restreint l'émission du billet de banque ; il n'a pu limiter les créations de lettres de change et de chèques ; il n'a pu, surtout, empêcher l'abus du crédit, la mise en circulation d'efTets de commerce qui représentent, non le prix actuel d'une marchandise eflectivement livrée, mais la valeur,
i.'Des crises, etc., p. 44 et 15.
gonflée par Tespoir des hausses futures, d*une marchandise que le vendeur n'a peut-être pas et que Tacheteur compte bien revendre avant même d'en avoir pris possession. Aussi de nouvelles crises ont-elles éclaté en 1847, en 1887, en 1866, en 1873, en 1882.
L'inefficacité de Vact de 1844 parut évidente, même à Sir Robert PeeU dès 1847. La crise n'avait pas été prévenue. Le mécanisme même imaginé pour lier les mouvements de la circulation à ceux du numéraire n'avait pas fonctionné : les billets n'étaient pas rentrés en même temps que sortaient les espèces; la circulation n'avait pas baissé. Ce qui avait diminué, c'était la réserve des billets, la quantité de banknoles restant à émettre ; cette réserve était tombée à 1,100,000 livres (30 octobre). L*extrême réduction de la réserve mettait la Banque dans l'impossibilité de venir au secours de la place par i'escompte du papier de commerce. Le 23 octobre, le gouvernement l'autorisa "à passer outre, à émettre des billets non couverts par un dépôt de numéraire, à condition de ne faire d'escomptes ou d'avances qu'au taux minimum de 8 p. Vo; rémission supplémentaire devait être garantie par des titres. La Banque n'eut pas besoin d'user de cette faculté.
En 1837, nouvelle crise, nouvelle suspension du Charter act, celle fois, effective. Le 12 décembre, le ministère autorisa la Banque à dépasser la limite légale pourvu que le taux de Tescompte fût maintenu à 10 p. **/o. La Banque dut user de cette permission : l'excédent de la circulation atteignit, le 20 novembre, 928,000 livres sterling.
Dans les deux cas, après la suspension du Charter act, la panique se calma. On en a quelquefois conclu qu'une émission non limitée aurait enrayé la crise, et que les restrictions de Vact de Robert Peel avaient été la cause de la gravité du mal. La conclusion est mal fondée. Ce qui avait fait défaut pendant la crise, ce que l'on demandait à la Banque, ce n'était pas du papier mais du métal. La diminution pour la réserve métallique avait été bien plus considérable que pour la réserve de billets. Lorsque Vact de 1844 fut suspendu, le moment le plus critique était déjà passé. La liquidation des engagements non compensables était faite. La ruine des maisons ébranlées était
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consommée. Celles qui demeuraient debout étaient dégagées elles n'avaient -plus besoin de métal, mais de crédit; il leur suffisait de savoir qu'elles en trouveraient à un moment donné ^
Ce qui avait mis fin à la crise, d'ailleurs au prix de ruines inévitables, c'était la hausse du taux de Tescompte. En portant l'escompte à 8, 9, 10 p. **/o, la Banque avait provoqué la liquidation. Les demandes d'escompte qui vidaient son encaisse métallique n'avaient d'autre objet que de permettre aux spéculateurs à la hausse de reporter leurs opérations en livrant de Tor à leurs créanciers étrangers. La hausse, du taux de l'escompte ayant élevé le prix du numéraire dans la même proportion que le prix des marchandises, le report devenait ruineux, la liquidation s'imposait.
La hausse du tau}ç de l'escompte est le correctif naturel des changes défavorables, le seul remède aux embarras momentanés d'une place dont les dettes excèdent les créances. Elle atteint la cause même du change défavorable, c'est-à-dire la sortie du numéraire : elle l'arrête. Elle fait mieux encore : elle provoque l'importation de l'or.
C'est en 1847 que, pour la première fois, la Banque d'Angleterre usa du rehaussenlent du taux de l'escompte au-dessus de 5 p. 7o pour défendre son encaisse. « Un fait très curieux se produisit alors, dit M. Juglar ; en présence de la hausse de l'escompte, on débarqua de l'or déjà embarqué pour l'exportation ■* ». La chambre des lords ayant nommé en 1848 une commission d'enquête, celte commission insista « sur la nécessité de la hausse de l'escompte comme remède », regrettant « que les directeurs de la Banque y eussent eu recours si tard et dans une mesure bien insuffisante ».
On a également reproché à la Banque d'Angleterre d'avoir, en 1857^ tardé trop longtemps à élever le taux de l'escompte et laissé s'épuiser sa réserve métallique.
Depuis 1860, la Banque veille au contraire avec le plus grand soin sur sa réserve métallique. Elle observe le cours des changes, qui dénonce les entrées et les sorties de numéraire, et, lorsque le change devient défavorable, elle n'hésite pas à
i, Jufîlar. Crises commerciales, clc..., passitn. 2. Jbid., p. 362.
relever le taux de l'escompte. La hausse du taux de Tescompte n'est plus le remède héroïque auquel on a recours dans les cas désespérés ; c'est une sorte de mesure d'hygiène que Ton applique aussitôt que se manifestent les prodromes encore lointains de la maladie. L'usage est d'élever le taux de l'escompte lorsque la réserve métallique du banking department tombe au-dessous du tiers des comptes courants réunis du Trésor, des administrations publiques et des particuliers.
En 1864, en 1873, en i88!î, la hausse de l'escompte employée délibérément et, suivant le conseil que M. Goschen avait donné dans son Traité des changes, par échelons de 1 p. Vo au moins, permit à la Banque de sauvegarder sa réserve. En 1866. cependant Yact de 18 W dut encore une fois être suspendu, lors de la panique causée par la faillite d'Overrend, Gurney et C*. Plus récemment, en 1890, la chute de la maison Baring a tellement ébranlé le marché que la Banque d'Angleterre dût, en même temps qu'elle haussait le taux de l'escompte, emprunter à la Banque de France 3 millions sterling et au gouvernement russe 1 million ^l> sterling, soit 112 millions V2 de francs. « Je ne sais, a dit M. Goschen à l'occasion de cette dernière crise, si le public s'est suffisamment rendu compte du péril que nous avons couru. Il n'y avait pas seulement en cause quelques financiers et quelques négociants. Les engagements souscrits étaient si énormes, la situation de la maison atteinte si exceptionnelle que l'enjeu de la partie n'était pas seulement la iortune de quelques personnes ou même le sort d'une industrie particulière. Il y a eu un moment où tous ceux qui avaient engagé leur signature ont dû se demander s'ils seraient en mesure d'y faire honneur, alors que l'on ne pouvait ni réaliser ses valeurs, ni vendre ses marchandises, ni faire escompter son papier et qu'il n'y avait plus sur la place assez de numéraire pour payer les dettes exigibles. Oui, on a pu se demander si Londres n'allait pas, du coup, perdre sa situation de marché central de la banque universelle et si ce n'en était pas fait de la suprématie du crédit anglais ^ »
1. Discours prononcé au banquet de la Chambre de commerce de Leeds, le 28 janvier 1891. V. Bulletin de slalistique du Ministère des finances^ février 4891, p. 200.
La nature des mesures prises alors par la Banque d'Angleterre et leur efficacité dénoncent la cause du mal. C'est l'insuffisance de la réserve métallique qui a exposé l'Angleterre à une catastrophe. La circulation fiduciaire de nos voisins repose sur une base métallique extrêmement étroite. L'encaisse métallique des banques est très réduite et l'encaisse du pays lui-même ne l'est pas moins. « Je sais, disait encore M. Goschen dans son divSconrs de Leeds, que les banques ont posé en principe qu'il n'est pas bon d'avoir de grosses réserves, et qu'il leur suffit de confier leurs fonds à la Banque d'Angleterre, qui leur sert un intérêt. Mais cela élant, quand la crise a éclaté, tout le monde C8t venu frapper à la même porte et les banques n'ont pu faire, pour le bien de tous, ce que la Banque d'Angleterre a eu à faire seule. Je ne voudrais rien dire qui pût afiFecter les grandes institutions de crédit; elles ont rendu au pays d'immenses services ; mais je dis que c'est un système dangereux et trompeur que de se reposer sur les services à attendre, en cas de crise, de la Banque d'Angleterre. »
Vingt ans auparavant, Bagehot faisait des remarques analogues. « La réserve qui se trouve dans les coffres de le Banque d'Angleterre,, disait-il, constitue la réserve, non seulement de la Banque d'Angleterre, mais encore de toutes les banques de Londres, et non seulement de toutes les banques de Londres, mais de toutes les banques d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande*. » De plus, Londres est le grand centre de liquidation des opérations de change en Europe, car Londres est, da toutes les places, celle qui reçoit le plus et paie le plus; enfin, c'est à Londres que l'étranger demande plus volontiers de l'or. « On ne va pas demander de l'or à Berlin, disait M. Goschen, parce qu'il s'y exerce une sorte de pression morale, pression qui serait chez nous impossible et inadmissible, en vue d'empêcher l'or de sortir... On ne va pas à Paris, parce que la Banque de France, quand elle ne veut pas donner d'or, est libre de donner de l'argent. »
Pour faire face à toutes les demandes de l'intérieur et de l'extérieur, la Banque d'Angleterre ne dispose pas en temps
. 1. Lombard Slreet, p. 30.
normal de plus de 24 millions sterling (600 millions de francs), encaisse métallique du département commercial et billets restant à émettre*. La moyenne de 1881-1890 est même moindre; elle n'atteint pas, pour le mois de mars, époque où la réserve est à son maximum, 16 V* millions sterling et descend, au mois de janvier, au-dessous de il millions sterling 2, En 1900, le maximum a été de 23,053,000 livres sterling (19 septembre)^ le minimum de 16,503,000 livres sterling (26 décembre) ; ê» 1901, la réserve est montée du minimum de 16,212,000 livres sterling (2 janvier) à 28,011,000 livres sterling (25 septembre); actuellement (19 mars 1902), elle atteint 26,775,000 livres sterling.
Depuis une dizaine d^années, la question est périodiquement agitée chez^nos voisins. Bien des combinaisons plus ou moins ingénieuses ont été suggérées pour parer à l'insuffisance (inadequacy) des réserves de la Banque d'Angleterre " en face de dépôts en banque qui atteignent maintenant 800 million» sterling pour les sociétés et maisons qui publient des bilans» et d'une circulation de lettres de change non moins colossale. Mais si les banquiers comprennent le péril, le souci du dividende les retient de prendre la seule mesure qui puisse les garantir, rimmobilisation d*une partie de leurs ressources à l'état de réserves.
Maintenant que représente le stock d'or monnayé du Royaume-Uni? Les évaluations sont très diverses. En 1868, Stanley Jevons disait, 80 millions sterling ; M. fnglis Palgrave, en 1883, admettait comme « limite un peu large » 110 millions sterling ; en 1889, la Monnaie proposait le chiffre de 102 V2 millions ^ En 1891, MM. John Biddulph Martin et Inglis Palgrave, se fondant sur les résultats du retrait des monnaies prévictoriennes, indiquaient un minimum de 69 millions et un maximum de 75 millions'^. La Monnaie admet aujourd'hui le chiffre
d. Goschen, Discours de Lecds.
2. Geo. Clare, Le marché monétaire anglais, etc., p. 89, et graphique.
3. V. Dankers' Magazine, janv. 1902, Some tendencies and some weak points in the Englisb banking system.
4. Bullelin de statistique du Ministère des finances, juin 1890, p. 728.