‹ La monnaire, le crédit et le changeChapitre 237 sur 260 · Jbid,, janvier 1892, p · texte numérisé non relu

Jbid,, janvier 1892, p

de lOS millions sterling (2,600 millions de francs). On est loin des chifiFres constatés en Fraynce, par M. de Foville.

Le péril est certain. 11 est la contre-partie des avantages incontestables gue présente un système de circulation basé sur le chèque et sur les compensations. Xa grande utilité du Clearing-house est de procurer une économie de numéraire, de donner la faculté d'échafauder sur une base métallique très étroite des opérations fiduciaires gigantesques. En temps normal, cette organisation décuple la puissance économique du pays, car elle a pour résultat de transformer en capital productif la plus grande somme possib)e de numéraire; mais qu'il survienne une panique, que les compensations souffrent une difficulté au Clearing-house et que, par suite, il faille recourir au paiement en espèces, tout le mécanisme s'arrête, la crise est effroyable. On appelle encore black friday (vendredi noir) le jour de la faillite d'Overrend, Gurney, et Œ® et, dans son discours de Leeds, M. Goschen a dit que celte, fameuse catastrophe n'aurait été que jeu d'enfant auprès de celle que la faillite Baring avait menacé de déchaîner sur l'Angleterre.

La circulation fiduciaire de la France, appuyée sur les 2,500 millions d'or de la Banque et sur les 1 ,500 à 1 ,700 millions d'or qui circulent en outre dans le pays, est mieux garantie contre la tourmente des crises commerciales.

Mais on n'en doit pas conclure que la Banque puisse se dispenser d'élever le taux de l'escompte lorsque le change devient défavorable. La Banque de France, il faut bien le dire, s*est montrée, dans le passé, trop portée à céder sur ce point à la prétention qu'a toujours émise le commerce de jouir du bienfait d'un taux d'escompte i\\^,

"Sous le second Empire, la Banque a parfois maintenu l'escompte à 4 p. Vo, alors que les métaux précieux faisaient 12 à lo p. Voo de prime. Elle donnait ainsi aux changeurs le moyen de faire à ses dépens une opération des plus simples et des plus fructueuses. On présentait à l'escompte des valeurs à 90 jours, . sur lesquelles elle déduisait l'escompte à 4 p. 7oi soit, pour trois mois 1 p. Vo ou 10 p. Voo- L'or ainsi extrait des caisses de la Banque était vendu pour l'exportation à 12 ou 15 p. Voode prime. Le bénéfice variait de 2 à 5 p. Voo. Pour reconstituer

LE GAGE DE LA CIRCULATION FIDUCIAIRE. 49 j

son encaisse incessamment diminuée, la Banque achetait- de Tor, qui fuyait bientôt par la Ossure qu'ouvrait cette politique extraordinaire. Elle dut ainsi acheter dans les trois années 18o5-1858, 1,384,553,000 francs d'or qui lui coûtèrent 13,803,000 francs de primes. On remarquera, au surplus, que les achats d'or effectués à l'étranger augmentaient la somme de nos dettes extérieures, suscitaient Texportation de numéraire dont on voulait réparer les effets, faisaient monter la prime, et par suite élargissaient la marge dont la spéculation tirait parti.

Après avoir renoncé pour un temps au prétendu principe de la fixité du taux de l'escompte, la Banque s'y était attachée de nouveau il y a quelques années. Mais le gouvernement de cet établissement était trop avisé pour donner à la spéculation les facilités que la naïveté de ses prédécesseurs lui laissa de 4855 à 1858. Il savait défendre son encaisse et, loin de s'exposer à payer des primes, c'était lui qui les percevait.

Une partie de l'encaisse se défend d'elle-même : personne n'en veut. C'est l'encaisse d'argent, dépréciée comme le métal dont elle se compose. Le Banque peut offrir de l'argent — comme elle en a le droit, la pièce de 5 francs étant monnaie légale — aux demandeurs d'escompte. Mais l'écu de 5 francs nesl pas exportable. En France, on est tenu de le prendre pour le 620* de la valeur d'un kilogramme d'or à 0.900 ; à l'étranger on ne le prend que pour le 40* de la valeur d'un kilogramme d'argent à 0.900, valeur variable suivant les cours, mais depuis longtemps très inférieure à 5 francs. Ce qu'il faut pour payer à l'étranger, ce n'est pas de l'argent, c'est de l'or. La Banque de France ne donnait de l'or, en lingots ou en espèces étrangères, que sous déduction d'une prime. Elle défendait ainsi sou encaisse d'or sans relever le taux de l'escompte.

Ce procédé était très défectueux. 11 obligeait le commerce à prendre dans la circulation l'or qu'il ne pouvait se dispenser d'exporter. La Banque de France n'a pas seulement pour devoir de défendre son encaisse; elle doit défendre aussi l'encaisse de la nation et spécialement cette partie de l'encaisse qui a un caractère international, c'est-à-dire l'or. Il y a des moments où la liquidation de la France avec les autres nations ne peut se

faire que par une exportation d'or. Défendre l'encaisse de la Banque au détriment de l'encaisse du pays, est une erreur dont les conséquences peuvent devenir funestes. Le système suivi par la Banque protégeait son encaisse propre, mais laissait la circulation sans défense. Il n'y a qu'une manière de défendre la circulation d'or, l'encaisse internationale du pays, c'est de rendre, dans la mesure du possible, l'exportation inutile et de chercher dans des opérations de capitaux les moyens de se liquider. Pour y arriver, il faut attirer les capitaux du dehors, et on ne peut y arriver que par la hausse du taux de l'escompte. Par ce procédé, on se liquide sans exporter de numéraire ou en n'en exportant que la quantité nécessaire ; et encore avec espoir d'un prochain retour.

Le gouvernement actuel de la Banque Ta parfaitement compris. Très résolument, au mois de décembre 1899, il a recouru à la hausse du taux de Tescompte; au lieu de s'en tenir au système de la prime défensive. Le chèque sur Londres étant monté à 25.35 et la prime sur l'or entre 5 et 6 p. °/oo, la Banque porta le taux de Tescomple de 3 Va p. % à 4 V2 p. .^/o. L'effet de ce rehaussement de 4 p. % fut rapide. Au commencement de janvier, le chèque était au pair et l'or en barres entre 2 et 4 p. 7oo. En 1891, dans des circonstances analogues, la Banque avait montré moins de décision : elle n'avait d'abord majoré le taux de l'escompte que de 1/2 p. 7o, et le chèque avait pu monter jusqu'à 23.40, la prime relevant le gold point. Une majoration de 1 p. 7o arrêta, tardivement, la hausse du change.

On ne peut que féliciter la Banque de ce retour aux vrais principes.

La fixité du taux de l'escompte ou le maintien à bas prix de ce taux ne sont pas, quoi qu'on en dise, un bien dont les banques privilégiées doivent, en tout temps et dans tous les cas, faire jouir l'industrie et le commerce en échange du monopole d'émission qui leur est concédé. Le taux de l'escompte doit exprimer le taux vrai de l'intérêt, le taux qui convient, à chaque moment, à la situation des affaires et aux nécessités de leur liquidation. Ce taux vrai est dans un rapport étroit avec le cours des changes. Le devoir des banques privilégiées est de savoir maintenir ce rapport, de propor-

tionner le taux de l'escompte au cours des changes. Elles n'ont pas le devoir de maintenir un taux fixe, arbitraire, qui peut compromettre le bien monétaire le plus précieux d'un pays, sa circulation d'or.

Dans les pays soumis au régime du cours forcé, l'exportation des monnaies d'or prive de ce gage essentiel de leur réalisation métallique les titres de créance qui composent la circulation fiduciaire.

On a souvent tenté d'y suppléer, au regard du billet de banque ou d'État, en constituant des réserves d'or dans les banques d'émission ou au Trésor public. La formation de ces encaisses, lorsqu'elle fait prévoir la reprise des paiements en espèces, peut, en donnant confiance au public, améliorer le crédit des banques ou de l'État. Mais il est vain d'en attendre la disparition de l'agio sur un papier que l'on ne veut pas retirer et auquel on conserve le cours forcé. Les billets n'étant pas remboursables, les sommes affectées à leur garantie ne sont pas à la disposition du public. Un gage intangible n'est pas un gage; il ne donne aucune sûreté au créancier, au débiteur aucun crédit. A la vérité, en constituant l'encaisse des banquesou du Trésor à l'état de réservoir particulier, sans communication avec le grand réservoir de la circulation générale du pays, on empêche sûrement l'or de s'écouler dans la circulation et de fuir ensuite à l'étranger. Mais c'est précisément de cet obstacle à l'écoulement de l'or^ que naît l'agio. Vienne le jour de l'échéance, il faut de l'or pour liquider le papier commercial ; le papier de banque ou d'État, môme gagé par de l'or, ne peut suppléer l'or, si le porteur ne peut se faire rembourser en or à son gré. Ce ne sont pas les existences d'or, c'est la libre disposition de l'or qui importe ; l'or que ne peut obtenir le commerce, est comme s'il n'existait pas '. N'étant pas exportable, il ne peut empêcher la

1. I/immobilisation d'un fonds d'espèces métalliques peut être recommandée comme gage et contre-partie d'une émission de billets. lorsque les espèces mises en réserve sont des pièces de circulation intérieure, comme la monnaie divisionnaire d'argent, que Ton remplace par des petites coupures. V. supra, p. :i01, note 2.

2. C'est le vice capital des réserves dites a irréductibles », que l'on s'est attaché à créer en divers pays, particulièrement en Italie. L'irréductibilité de la réserve est le contraire d'une garantie de convertibilité.

hausse du change au-dessus du point de sortie ; la dépréciation du papier de commerce apparaît en conséquence et elle a une répercussion nécessaire sur là valeur du papier de banque ou d'État.

Ce dont il faut se préoccuper, ce n'est pas d'empêcher l'exportation de l'or, c'est d'en assurer la réimportation ultérieure. Ce qui empêche le rapatriement de l'or exporté, c'est la dépréciation du papier à cours forcé et la cause de cette dépréciation est dans l'excès de la circulation. Avant toutes choses^ il faut retirer le papier surabondant^ en réduire la quantité à la mesure des besoins des échanges. Si, comme il arrive d'ordinaire, l'émission des billets à cours forcé est la conséquence d'un emprunt à la circulation métallique, il faut rembourser cet emprunt, comme la France Ta fait après 1870-71, afin de permettre aux banques de réduire leur circulation fiduciaire, et d'en faire ainsi cesser la dépréciation. Il n'y aura plus alors d'inconvénient à ce que le numéraire soit exporté, car l'état de la circulation fiduciaire ne sera plus un empêchement à ce qu^ilsoit réimporté lorsque la masse des créances' sera 'redevenue supérieure à la masse des dettes internationales, ou lorsque le taux de l'escompte excédera le taux de l'escompte à l'étranger.

Le gage de la circulation fiduciaire, la garantie de sa valeur est, on le voit, la circulation métallique elle-même, l'ensemble des sommes d or que les débiteurs peuvent se procurer librement, emprunter ou acheter librement pour acquitter leurs dettes. Les réserves des banques ne sont utiles que s'il est loisible au public d'y puiser comme>dans le reste de la circulation métallique, en payant le prix d'achat ou de location que comporte l'état du marché des capitaux. C'est à cette condition que le papier peut être pris au pair, parce que c'est à cette coQdition seulement qu'il est convertible en or. C'est la possibilité d'obtenir à leur échéance, quand elles en ont une ou, quand elles n'en ont pas, à vue, le paiement des créances dont les titres composent la circulation fiduciaire, qui permet seule d'employer ces titres, billets de banque, chèques, lettres de change, effets de commerce de toutes sortes, comme substituts de la monnaie.

Page 1