LA LETTRE DE CHANGE ET LE BÏLLET A ORDRE
personne,, résidant aussi à Marseille. La remise de place à place fut Tobjet originaire de la lettre de change ; et le Code de commerce français exigeait encore il y a peu d'années* qu'elle lût tirée d'une place sur une autre.
La lettre de. change a été parfois employée comme intermédiaire circulant, à l'instar de la monnaie. C'est ce qui se passait au commencement du xix^ siècle, dans le Lancashire, au témoignage de M. H. Dunning Macleod'. La circulation entière y consistait en lettres de change. Au jour de l'échéance, ces titres portaient parfois jusqu'à 150 endossements. Ils faisaient absolument fonction de numéraire.
Aujourd'hui la lettre de change joue surtout dans la circulation un rôle non moins considérable, mais d'une nature très différente. Elle ne passe plus de mains en mains, comme les pièces de monnaie, au fur et à mesure que les achats et ventes se concluent. Elle sert à compenser, jusqu'à due concurrence, les engagements réciproques de deux places ou de deux nations. Le commerçant débiteur achète du change, c'est-à-dire une créance sur le pays où réside son créancier ou sur un autre pays ; puis il envoie l'effet de commerce endossé, il transporte la créance qu'il vient d'acquérir, à son propre créancier. Juridiquement, il n'y a pas compensation, mais plutôt dation en paiement ou novation. Seulement, comme tous les commerçants ont recours au même procédé, on aboutit en fait à Textinction de toutes les créances d'une place jusqu'à due concurrence du montant des créances de l'autre place, le solde seul devant donner Heu à un paiement en numéraire. On peut dire, sans trop d'inexactitude, qu'il y a eu compensation.
De véritables compensations étaient faites au moyen des lettres de change, dans les anciennes foires. Les commerçants qui fréquentaient les grandes réunions de Lyon, de Beaucaire, etc., avaient pris l'habitude de tirer leurs lettres de change payables en foire. Celte modalité de paiement est encore prévue et réglementée par les articles 129 et 133 du Code de commerce. C'est aujourd'hui un pur anachronisme : les paiements en foire
1. C'est la loi du 7 Juin 1894 qui a modiûé cette disposition du Code de commerce.