‹ La Montansier, ses aventures, ses entreprises, 1730-1820Chapitre 6 sur 7 · DIRECTION MONTANSIER · texte numérisé non relu

DIRECTION MONTANSIER

23 octobre, la Résurrection de Brioche, prologue d'inauguration en i acte, par Martainville;

23 octobre, la Roche dit diable, scènes-féeries en 3 parties par Frédéric (Dupetit-Méré), musique de Lanusse;

6 novembre, le Monde renversé, vaudeville en I acte, par Rozet;

15 novembre, la Noce de village, pantomime en I partie, par Frédéric (Dupetit-Méré), musique de Lanusse;

4 décembre, la Famille des Cendrillons, ou II y en aura pour tout le inonde, folie-parodie en I acte, par Henri (Simon), musique de Simonet;

20 décembre, la Cheminée enchantée, ou le Mariage secret, scènes - folies - pantomime en

2 parties, par Frédéric (Dupetit-Méré), musique de Lanusse;

26 décembre, les Prétendus de Vallée des Veuves, vaudeville en i acte, par Henri (Simon);

10 janvier 181 1, Arlequin au café des Jeux- Forains, prologue-vaudeville en i acte du Sabot miraculeux, par Henri (Simon) ;

10 janvier, le Sabot miraculeux, ou Vile des Nains, scènes- féeries en 3 parties, par Frédéric D*** (Dupetit-Méré), musique de Lanusse;

24 janvier, la Toque merveilleuse, scènes en

3 parties, par Alphonse;

7 février, Une Soirée de carnaval, ou les Folies du jour, scènes comiques en i acte, par Jacquinet;

20 février, V Olympe en goguettes, ou le Mardi- Gras des dieux, vaudeville en i acte, par Henri Simon ;

20 mars. Vile des Amazones, pantomime en 2 actes, par La f argue;

25 mars. Moulinet second, ou. les Marionnettes de Constantinople, parodie-vaudeville en i acte de Mahomet II, par Henri Simon;

30 mars, le Berceau céleste, ou les Vœux de Rome, scènes à l'occasion de la naissance du Roi de Rome, précédées du Conseil des fées,

prologue-vaudeville en i acte, par Frédéric Dupetit-Méré, musique de Lanusse;

1 1 avril, le Grand Festin de Pierre, scènes foraines en 3 parties, par Rivière, musique de Cunissy;

18 avril, les Femmes corsaires, vaudeville en I acte, par Rozet;

30 avril, ] e suffoque! ou les Prétendants à la gloire, parodie-vaudeville en i acte de Sophocle, par Henri Simon;

6 mai, la. Collation à la hussarde, scènes-pantomime en 2 parties, par Magniaudé et Perroud;

13 mai, le Lever du rideau, ou le Régisseur embarrassé, impromptu-vaudeville en i acte, par P.-J. C... (Charrin);

6 juin, les Petits caquets, prologue explicatif de la Sœur de la Miséricorde en i acte, par Henri (Simon) et Rozet;

6 juin, la Sœur de la Miséricorde, ou le Spectre vivant, scènes en 3 parties, par Bernard (Léon), musique de Poignet fils.

8 juin, V Amour et VHymen, ou le Tribunal de Cythcre, pantomime en i acte, par Frédéric Dupetit-Méré;

ig juin, Une Matinée de Charlemagne, scènes en I acte, avec prologue, par Henri Simon et Rozet;

26 juin, la Fausse léthargie, oii. les Médecins d'em-prunt, vaudeville en i acte, par***;

8 juillet, la Femme -punie, ou les Vœux indiscrets, vaudeville en i acte, par Amédée;

20 juillet, le Petit Poucet, ou VOgre de la montagne de fer, scènes en 3 parties, par Frédéric (Dupetit-Méré), musique de Lanusse;

i" octobre, la Fille tambour, scènes en 3 parties, par Charrin et Frédéric Dupetit-Méré.

On a pu remarquer qu'à la fin de l'été de 181 1 l'activité de W^^ Montansier semblait s'être beaucoup ralentie; il n'y avait point de la faute de la directrice, et la lettre suivante, adressée par elle au ministre de l'Intérieur, la justifie de tout reproche en laissant apparaître, dans l'administration supérieure, une hostilité de mauvais augure :

« Paris, ce 30 octobre 181 1.

a Monseigneur,

« Permettez-moi de vous retracer ici la malheureuse situation dans laquelle je me trouve, par le refus que l'on me fait au Ministère de la Police générale de me rendre les pièces que je me proposais de faire jouer dans ma salle du Palais-

Royal, et que j'ai soumises à la censure comme c'était mon devoir. J'ai demandé si ces pièces contenaient quelques passages contre les mœurs ou le gouvernement, et il m'a été répondu que les censeurs y avaient donné pleine approbation.

« Quel peut donc être le motif qui empêche de me les remettre?

« Cependant, par l'effet de ces retards, mes recettes diminuent journellement; je ne puis offrir que des spectacles usés, que le public connaît et qu'il ne veut pas revoir.

« Si cet état de choses et de persécution continue, je suis ruinée. Obligée de payer la part des pauvres, celle des auteurs et celle de l'Académie impériale de Musique, je me trouve chaque soir au-dessous de mes frais.

« Votre Excellence m'a permis de rouvrir ma salle du Palais-Royal qui était ma seule ressource. Si je ne puis jouer aucune pièce nouvelle, le bienfait que j'ai reçu de vous, non seulement ne me sera pas profitable, mais il aura causé ma ruine.

a M. MONTANSIER, V^'e NEUVILLE. »

Il ne semble pas que cette plainte, très juste, ait ému le ministre, car les nouveautés s'espa-

cèrent, au Palais-Royal, davantage encore; on y vit, en effet, dans l'espace de six mois, cinq ouvrages qui, si intéressants qu'ils fussent, ne pouvaient suffire à appeler et retenir de la foule :

21 décembre 1811, le Héros de la montagne, scènes ornées de changements à vue, évolutions et incendie, par *** (Frédéric Dupetit-Méré), musique de Lanusse;

26 janvier 18 12, le Sac et la Corde, ou la 'Funambidomanie, divertissement-pantomime en 2 parties par Cordelier (Cuvelier), musique de Ficelli.

Cette pièce servit aux débuts de Pierre Forioso, danseur de corde qu'on avait vu à Tivoli, cinq ans auparavant, et qui fit applaudir sa vigueur et sa précision.

10 février, le Berceau d' Arlequin, jeux forains en 50 scènes, par *** (Frédéric Dupetit-Méré), musique de Lanusse;

21 mars, Raoul de Montigny, ou les Dangers de la forêt, scènes héroïques en 3 parties, par Bunel, musique de Mathieu;

8 avril, la Danse sur la corde au sérail, ou le Dey d' Alger, scènes-pantomime, en i partie, par H. P*** (Perroud).

Comme le Sac et la Corde, ce dernier ouvrage

encadrait les curieux exercices de Pierre Forioso, de sa femme et de ses enfants. On prétend qu'alors M™® Montansier s'éprit du funambule avec l'impétuosité d'un cœur jeune; cela fait à ses sens plus d'honneur qu'à sa sagacité, car voici le portrait que trace d'elle Paul de Kock, qui la vit à cette date traverser le Palais-Royal :

« Une petite vieille femme si vieille, si décrépite, si ridée, si ratatinée, et par-dessus le marché si grotesquement vêtue que, dans le premier instant, je crus voir la fée Carabosse... »

Quoi qu'il soit advenu de cette passion sénile, elle ne porta chance ni à celle qui la ressentait ni à son entreprise : les Jeux-Forains fermèrent le premier jour de mai, et la salle, transformée en café-spectacle, connut des vicissitudes humiliantes qui ne devaient cesser qu'en 1831, lorsque Dormeuil et Poirson firent d'elle ce Théâtre du Palais-Royal, aujourd'hui si prospère.

A la clôture des Jeux-Forains, ]\P^^ Montansier, par sagesse ou contrainte, prit sa retraite définitive. Comme directrice, s'entend, car, toujours insoucieuse, elle ne changea rien à sa manière de vivre. Ses affaires pourtant étaient fort embrouillées, des créanciers nombreux la harcelaient, et les frais de justice absorbaient d'ordinaire les trois quarts de ses revenus. Elle n'en

avait pas moins salon et table hospitalière, mais on ne dînait bien chez elle que quand, par une adroite manœuvre, on avait obtenu crédit chez quelque traiteur voisin. Parfois même ces festins étaient interrompus par l'arrivée d'un officier ministériel, suivi de deux clercs. Sur l'annonce du domestique, les convives, faits aux usages, cachaient leurs couverts d'argent sous les serviettes; l'homme d'affaires, commensal obligé de la maison, se levait de table, surveillait la saisie, et, l'huissier reconduit, le banquet s'achevait au milieu des rires.

Quelque temps M""' Montansier, fuyant la capitale, s'installa aux Ternes avec une de ses anciennes pensionnaires de Versailles, M"" Lillié, dont elle avait fait sa compagne, mais elle revint bientôt dans ce Palais-Royal dont l'animation folle distrayait sa vieillesse. Si gracieux que fût son accueil, si amusants que fussent les souvenirs qu'elle aimait à conter, elle ne put empêcher que le temps, comme toujours, ne fît insensiblement autour d'elle une solitude presque complète.

M"*^ Montansier pourtant se rappela, en plus d'une circonstance, à l'attention publique. C'est ainsi qu'en 1814 on apprit qu'elle avait offert à Elleviou de concourir à la formation d'une com-

pagnie franche que l'illustre chanteur organisait pour défendre Paris, et que, l'année suivante, elle prit part à la manifestation provoquée par un incident des obsèques de M"^ Raucourt.

Célèbre tragédienne du Théâtre-Français, M"" Raucourt était morte le 15 janvier 181 5. Le surlendemain, ses camarades de théâtre s'acheminèrent avec son cercueil vers l'église Saint-Roch. Vivante, M"® Raucourt, facile à l'aumône, était dans les bonnes grâces du clergé de cette paroisse; morte, ce clergé lui refusa ses prières; il fit fermer l'église, et le corps dut s'arrêter devant la grille placée en avant de la principale porte.

Les amis de la comédienne essayèrent de parlementer, mais le curé ne voulut rien entendre. Les têtes bientôt s'échauffèrent; les plus violents escaladèrent la grille et, comme elle résistait à leurs efforts, ils s'emparèrent du cercueil, lui firent franchir l'obstacle, et parvinrent à le transporter dans l'intérieur de l'église.

Tous ces faits avaient pris du temps; la rue Saint-Honoré et toutes les rues voisines se trouvèrent bientôt remplies par des masses si compactes et si résolues que tous les efforts de la police et des troupes envoyées pour rétablir l'ordre demeurèrent impuissants. Des cris de co-

1ère contre le gouvernement et le clergé sortaient de toutes les bouches; dans les groupes les plus animés on proposait de se porter sur les Tuileries. Il serait difficile de dire ce qui se fût passé si Louis XVIII, averti, n'avait envoyé un des prêtres de sa chapelle pour faire à l'artiste, qu'il avait applaudie, l^onneur de quelques prières.

Cette satisfaction apaisa la foule; le cercueil quitta l'église et fut conduit au Père-Lachaise par plusieurs milliers de personnes.

Au moment où les Comédiens Français parlementaient pour introduire dans l'église les restes de leur camarade, une dame à cheveux blancs, quittant le coin de l'église ovi elle priait, s'avança vers le curé, obstiné dans son refus, et lui dit :

« — Vous repoussez de votre église le cadavre de cette femme et, vivante, vous lui promettiez comme à moi, en échange des riches aumônes que nous vous prodiguions, une félicité éternelle; tenez, prêtre, croyez-moi, vous semez l'impiété! »

La protestataire était M""® Montansier, que M"® Lillié entraîna, car les gens de la police semblaient vouloir lui faire un mauvais parti.

Forcée d'adopter les mœurs d'une impénitente chicanière. M"*" Montansier passa par la suite tout son temps dans les cabinets d'avocats, les

antichambres des juges, les bureaux des ministres. Ce n'est qu'à renfort de papier timbré qu'elle arrachait à ses créanciers partie des bénéfices produits par le cinquième des Variétés qui était son unique avoir; aussi plaidait-elle contre tout le monde et sollicitait-elle toutes les influences. Une requête, inédite encore, va prouver qu'elle garda, jusqu'en ses derniers jours, sa netteté d'esprit et l'entière conscience des réparations qui lui étaient dues :

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