‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 131 sur 138 · LE PALAIS DES ROIS · texte numérisé non relu

LE PALAIS DES ROIS

Et les clefs et les sceaux et les mains de justice Damasquinés de talismans et de bijoux Reposaient sur la pourpre à côté des calices Portés par des hérauts chevelus, à genoux.

El les chevaux piaffaient sur l'or des mosaïques Et devant la splendeur d'un si grand appareil Les pauvres un à un venaient, microscopiques, Jusqu'au palais de feu beau comme le soleil.

Et les bourreaux joyeux avec leurs longues armes Coupaient les têtes à grands coups sur l'escalier Et les rois quelquefois s'esclaffaient jusqu'aux larmes Et les rires faisaient cogner les cavaliers.

Les membres confondus et les têtes coupées Elevaient jusqu'au ciel leur amoncellement. Les évêques parfois avec leurs mains trempées D'eau bénite, aspergeaient le monceau gravement.

Et mon cœur soulevait mon étroite poitrine

De terreur en marchant vers le seuil à mon tour,

Je me sentais devant ces puissances divines

Plus frêle qu'un oiseau, moins qu'une plume lourd.

ago LE VOYAGE FANTASTIQUE.

Devant les cavaliers et les rois formidables Les juges monstrueux et les bourreaux géants Je n'étais, moi porteur d'une âme pitoyable, Que fragment de poussière et reflet de néant.

Je ramassai pourtant un caillou, ma sagesse M'enseignant de lutter jusqu'au dernier moment, Et je le lançai loin, de toute ma faiblesse, Vers le palais des rois recouvert d'ornement.

Et voilà que soudain du monument de gloire Il ne resta plus rien au choc de mon caillou Qu'un coin de chapiteau, que l'os d'une mâchoire, Qu'une mitre d'évêque avec tous ses bijoux.

Et j'ai craché sur ces débris et ces poussières Et j'ai d'un coup de pied lancé la mitre aux cieux, Car l'homme pauvre et seul et qui porte une pierre Est plus fort que les rois et plus puissant que Dieu.

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