L APRES-MIDI DU FAUNE
Tu fuiras jusqu'aux lieux où le parc est sauvage, Oîi la racine à vif perce le sol en rut, Où le pourrissement des bois et des feuillages Fait un lit séminal aux grands arbres membrus.
Je te culbuterai parmi les fondrières, Je le déchirerai, je te ravagerai, Je te ferai sentir tout l'amour de la terre Dans un élan que rien ne pourra modérer.
Et dans le rythme immense où tu seras plongée, Tu percevras, tes mains fouillant le terreau noir, Le baiser des fourmis, l'amour des scarabées, Des étreintes de mandibule et de suçoir.
Et tu sauras combien est beau le crépuscule. En sentant sous ton dos broyé par mon poitrail, Les insectes amants, les couples minuscules El tout le grouillement de la terre en travail.
Et, boueuse et sanglante, au sein de la nature. Tu renieras l'orgueil de ta virginité Dans ce lit de la vie et de la pourriture Dont j'aurai fait jaillir l'éternelle beauté.