L'APRES-MIDI DU FAUNE
Imprudente, tu vas sous l'épaisseur des branches, Dans le parc merveilleux par l'automne doré. Sans savoir qu'à l'odeur que laisse ta chair blanche, Moi, le monstre velu te suis dans les fourrés.
A plat ventre, enfonçant mon sexe dans les herbes, J'ai scruté bien souvent sous le tissu lécfer Tes deux jambes en fleurs, vigoureuses, superbes. Et ta grâce de vierge ignorant le danger.
Et ta nubilité précieuse et vivante. Cette pudeur sentant le duvet et la peau. Se confondait pour moi aux odeurs enivrantes Des vieux buis, des genévriers et des sureaux.
56 l'ane a cornes.
Or, l'automne en chaleur décompose les feuilles, Du feu sort en vapeurs de l'humus craquelé, Les marronniers brûlants en gouttes d'or s'effeuillent, Et je danse en pensant à ton corps violé.
Je pourrais tout à coup te tirer par la tresse Et te faire tomber d'un geste, sur le dos. J'étoufferais tes cris de ma forte caresse. T'immobiliserais du poids de mon fardeau.
Non, je veux te forcer comme on force une bête. Te faire revenir à l'animalité Par la peur, te montrant subitement ma tête Affreuse, et mon corps nu de désir dévasté.
A la course! Pour fuir tu lèveras ta robe. Mon souffle d'animal te chauffera les reins. Les arbousiers avec l'œil rouge de leur globe En passant de leur suc t'humecteront les seins.
Tu heurteras les troncs, glisseras sur les gommes, La ronce à chaque pas te déshabillera, Plus fortes que les fleurs, des odeurs mâles d'hommes, En effluves épais entoureront tes pas.