‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 36 sur 138 · LES GLADIATEURS AVEUGLES · texte numérisé non relu

LES GLADIATEURS AVEUGLES

Il meurt tout seul dans l'ombre au cri des populaces, Etouffé par la nuit dans le cirque vermeil. Nul ne saura jamais ce que ses mains embrassent, Son immense désir de revoir le soleil.

Mais le dernier vainqueur tient la dernière gorge. Le glaive est suspendu sur le gladiateur. Les deux thorax en feu brûlent comme des forges Et le casque sans yeux questionne l'empereur.

Alors une folie étrange prend la foule,

Un beuglement de mort jaillit sinistrement.

Son cercle immense ondule, elle tourne, elle roule...

Des millions de fous dansent en écumant.

« Il faut crever encor cette poitrine humaine, Jamais assez de sang ne repaîtra nos yeux ! » Une onde d'hystérie emplit la plèbe obscène, On voit les Augustans s'égratigner entre eux...

Une femme va s'écraser contre la piste...

Une autre en gémissant mâche et mord son miroir...

Une vierge arrachant sa tunique améthyste

Se donne dans un coin à des esclaves noirs...

L'empereur accoudé près des porteurs de lyres Incline entre ses mains peintes son front frisé. Il ordonne la mort du coin de son sourire, Du clignement de ses yeux verts décomposés...

Le vainqueur ébloui voit enfin la bataille Et les vaincus masqués qu'il ne haïssait point Et portant ses lauriers, soutenant ses entrailles, Plein d'orgueil, il trébuche et va mourir plus loin...

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