L ORGIE PAUVRE. III
La tête renversée, une jambe pendante, Une femme se pâme hors des draps rejetés, Une autre la caresse et de sa main tremblante Peuple ce ciel de chair d'éclairs de volupté.
Une autre, fauve et lourde, en gémissant s'afîale, Se crucifie et meurt sur le divan crevé. Plus loin, les yeux brillants et la face animale, L'homme est comme un forçat à son spasme rivé.
Le Champagne et l'éther coulent et se mélangent. Près d'une tache d'huile un genou trop épais Prend dans le demi-jour une importance étrange. Le tapis est usé, les sièges contrefaits...
Mais soudain, au milieu de ces caricatures
De la magnificence absente de l'amour.
Un souffle délicat descend des moisissures
Du plafond, sort des trous des draps et des velours.
Et malgré l'espoir vain, la détresse profonde. Malgré l'odeur humaine et les relents du mal. Un frisson de beauté circule une seconde Dans ce rez-de-chaussée où vomit l'idéal...