‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 53 sur 138 · LES DIEUX SUU LES QUAIS. I2I · texte numérisé non relu

LES DIEUX SUU LES QUAIS. I2I

Quand sur le seuil fumeux ils se tinrent debout, On cessa de cogner les tables cl les verres. Il fit de la beauté d'un mouvement de cou, Elle versa l'amour en baissant les paupières.

(( Qui donc es-tu, forme d'Eros au buste étroit? Dans quel temple es- tu née, Aphrodite d'Asie? Nul n'avait jamais vu tes seins sombres et droits... Et l'âme devant toi, jeune homme, s'extasie...

« Jusqu'ici les vaisseaux venus de l'Orient Ne rapportaient ici que des Arabes hâves. Des juives en haillons avec des yeux brillants, Les rebuts des harems et des marchés d'esclaves...

(( Quel? sont ces talismans autour de vos poignets. Ces étranges bijoux et ces pierres coniques? Pourquoi ces ongles peints et ces longs doigts soignés? De quel tissu tressé sont faites vos tuniques? »

Un marin attirait la jeune fille à lui Et ses doigts noirs de vin lui maculaient l'épaule. Vers la bouche du Grec ainsi que vers un fruit Se penchaient goulûment Carmen et la Créole.

L'accordéon boiteux se remit à bercer

Le rou^eàtre minuit de sa musique fausse,

Les iATOsrnes recommencèrent à crier

Et lalcool ralluma le bleu des veux féroces.

Un obscène danseur au visage épilé Qui pour rire aptait une grande mâchoire Et qui tournait parmi les buvem-s attablés Saisît d'un bras velu le jeune homme d'ivoire.

La femme aux seins géants, jalouse, se dressa Et la maigre en hurlant lui lança la bouteille. Un couteau luit. Un air de bagarre passa Sur les cols bleus et bUmcs et les trognes vermeille

Le Grec dans une odeur de rut et de sueur Se sentit pris par sa chevelure frisée. Et les hommes changés en bètes en fureur. Par terre écartelaient la vierge à peau bronzée.

On se les partagea comme un butin charnel. Comme an trésor qu'on pille après une bataille. Le bouge où se mêlaient marins et criminels Vit une sexuelle et splendide ripaille.

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