LES DIEUX SUR LES QUAIS
Puis, comme la laideur et le mal sont puissants, Les deux êtres parfaits sourirent dans l'orgie, Le plaisir et le vin remuèrent leurs sens, De la nuit animale ils surent la magie.
Lui rendait à présent l'étreinte et le baiser. Elle s'offrait pâmée, impudique aux lumières... Ils tendaient le désir de leurs bras épuisés. Leur visage bouffit, leurs traits se déformèrent.
Quand l'aurore parut sur les pavés glissants Vidant dans un hoquet le port et sa racaille. L'Aphrodite à peau mate et l'Eros vomissant Titubaient dans la boue et cognaient les murailles.
C'est depuis lors qu'on voit dans la tourbe des quais Au milieu des calfats et des marchands d'oranges Errer à demi nus, provocants, efflanqués, Exsangues et lascifs les voyageurs étranges.
Ils rient stupidement, mais parfois le soleil Dans le miroir cassé qu'ils regardent encore Dessine indulgemment un beau pays vermeil Et le fantôme d'or d'un temple callichore.