‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 57 sur 138 · LA COMPLAINTE DE L HOPITAL · texte numérisé non relu

LA COMPLAINTE DE L HOPITAL

On entend le vent à travers les salles, Il fait des récits dans les corridors Et chaque visage est un peu plus pâle, Quand il dit par où, pieds devant, l'on sort, Qu'avec sa bougie et son linceul sale, La petite chambre où l'on met le "mort Est à droite, au fond, dans le corridor.

Que les yeux sont grands dans les faces blêmes ! Dans les maigres corps que de cœurs fervents ! Combien ont offert aux êtres qu'ils aiment L'élan éperdu de moignons en sang !

Que de cris d'appel vers des Christ absents ! Quelle écume d'âme et que de blasphèmes ! Que les yeux sont beaux dans les faces blêmes !

0 vieil hôpital dont les murs encerclent Le mélancolique et l'affreux troupeau.

Marmite enfermant avec ton couvercle Les membres, les os, les nerfs et les peaux, Gîte de douleur, enfer aux cent cercles Dont les torturés n'ont pas de repos, 0 vieil hôpital, voici le troupeau.

Voici l'éclopé qui penche et se traîne,

Voici le manchot, voici le boiteux,

Ceux qui n'auront plus jamais avec eux

Le bonheur d'avoir une forme humaine,

L'homme sans mâchoire et l'homme sans yeux,

La jambe fendue et le cœur boiteux,

Corps mangé de plaie et pauvre âme en peine...

Fais-leur bon accueil, ô vieil hôpital ! Incline tes tours, ouvre-leur ton porche ! Pour leur tenir chaud, éclairer leur mal. Allume la brique ainsi qu'une torche !

Ouvre comme un ciel ton dôme ogival !

Pour ceux qu'on déchire et ceux qu'on écorche, Un peu de pitié, ô vieil hôpital !

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