Danger terrible 1 — Très l'impérieux besoin m uu
de boire. L'ouvrier quand il se sent fatigué, l'homme de bureau quand il s'ennuie, éprouvent l'irrésistible envie de « prendre un petit verre » « pour se remonter » . Ils sont perdus ! Le besoin ne fera que grandir. S'ils ne réagissent, ils deviendront vite esclaves de ce besoin : ils éprouveront un malaise lorsqu'ils n'auront pas bu.
Bientôt le besoin de boire devient plus fort que la raison : le pauvre malade de la volonté ne peut plus résister ! Quel désespoir ! Il n'est plus maître de lui ! Il boit même s'il veut ne pas boire. Il est perdu.
i38. Bon-à-rien, voilà ce que devient l'alcoolique. — Les conséquences de l'alcoolisme sont tristes ! Chaque jour le buveur perd de son énergie physique. Il est disposé à la tuberculose; il s'intoxique par le tabac (Jig. 19^; il
Fig. 19. — Buveur et fumeur (d'après le tableau de Brouwer).
L'alcool est un poison, le tabac est un stuéfiant : voyez l'air hébété de ce pauvre fou. e quoi peut-il être capable ?
est sans résistance contre les maladies. Ce qui est plus grave, c'est que sa dignité s'en va; il cesse d'être un homme pour devenir une véritable brute. On ne peut compter sur lui, car il ne sait plus vouloir. Ouvrier, on ne peut lui confier aucun travail délicat ou pressé. Partout où du sang-froid est nécessaire, on le refuse. Un maître-maçon, un couvreur, n'en veulent pas. On ne peut le laisser approcher des machines où il risque de se faire prendre. Père de famille, il ne peut nourrir sa femme et ses enfants qui pleurent de honte de le savoir méprisé. Citoyen, on achète son vote pour un verre.
En outre, un alcoolique a bien des chances d'avoir 5es enfants épileptiques ou détraqués. Hélas! il ne fait pas de mal qu'à lui seul et il est très coupable.
139. Un danger national. — L'alcoolisme constitue un danger national1. Que chacun passe en revue dans son village natal les individus dont l'alcool a fait des déchets sociaux ; les familles désolées, ruinées; les enfants jetés à la misère, au vice, à la honte; les gens dont la raison a sombré, soit parce qu'ils ont trop bu, soit, ce qui est plus effrayant, parce que leurs parents ont aimé boire 1 Multiplions les résultats par le nombre des villages français, et nous serons épouvantés des ravages du fléau ! (Jig. 20).
En ville, promenons-nous dans une rue ouvrière un samedi soir : dénombrons les bouges, les « assommoirs » où des brutes humaines vocifèrent, réforment le monde en paroles et finissent par se battre, et multiplions cette vision sinistre par des milliers de visions analogues que donneraient des centaines d'autres rues.
Le dimanche, promenons -nous devant les cafés et comptons les messieurs « bien mis » qui boivent Fab-
1. « Sur 100 conscrits, 65 ont été Tannée dernière refusés devant les conseils de revision dans les vallées dfs Vosges. 57 sur 100 ont été refusés devant les conseils de revision du département de l'Orne. »
sinthe et font ainsi provision de violence, de brutalité, de déraison pour le logis. Nous pourrons même aperce voir des enfants à qui les parents coupables font goûter le poison! Songeons à tous les cafés semblables où des centaines de mille de Français s'efforcent de nous faire une nation de déséquilibrés, de fous, d'épilep tiques, et, inquiets de l'avenir, persuadons à nos amis de refuser « apéritifs » ou « digestifs » dont ils s'empoisonnent. Faisons le serment
Sur 100 décès tuberculeux,
1 80 sont dus à l'alcoolisme I
Fig. 20. — On a figuré ci-dessus, d'une façon parlante, les ravages néfastes de l'alcool sur les organismes déprimés par la tuberculose. Sur 100 décès de tuberculeux, 80 sont des tuberculeux alcooliques. On a pu dire avec raison : L'alcool fait le lit de la tuberculose.
que, chefs de famille, jamais, jamais nous ne toucherons aux alcools, car ils menacent de conduire une partie de la nation dans les hôpitaux d'aliénés et ils multiplient les actes insensés et les crimes!
i4o. Que faire? — Que faire contre cette passion qui est dangereuse parce qu'elle commence doucement, et se développe peu à peu? Réduire le nombre des cabarets? Peut-être, mais les lois sont impuissantes. On ne peut s'adresser qu'à la raison et à la volonté. Je passe chaque jour devant une foule de cafés et de cabarets: je n'ai jamais la tentation d'entrer. Un buveur, lui, traversera la ville pour aller boire! Il mangera salé pour se donner
soif! // n'y a que ceux qui ne veulent pas boire qui ne boivent pas.
i4i. Un seul remède : la volonté 1 — Il n'y a qu'un remède à l'alcoolisme, c'est que chaque enfant décide pour lui-même qu'il boira du vin, du cidre, de la bière avec modération, et qu'il décide aussi que jamais il ne boira de l'absinthe, ni du vermouth, ni des apéritifs, ni de l'eaude-vie, ni des liqueurs.
Il faut que celui qui se sent faible, ne fréquente pas des camarades buveurs. Il faut qu'il sache, avec bonne humeur, endurer leurs plaisanteries et repousser avec fermeté leurs invitations. S'il ne peut éviter d'entrer, qu'il prenne un café ou du lait, ou au pis aller un verre de vin, ou de bière, jamais d'eau-de-vie ni surtout d'absinthe.
142. Eau-de-mort. — Les buveurs, surtout ceux qui sentent qu'ils commencent à être esclaves de leur vice, essaient de s'excuser par de mauvaises raisons. Ils sont aidés par le langage : ils croient qu'une « boisson forte » fortifie. N'est-il pas désolant qu'on appelle eaude-vie un poison qui est une eau-de-mort?
i43. L'alcool ne réchauffe pas et n'enlève pas la fatigue* — Les buveurs disent que boire « réchauffe et soutient». C'est une illusion. L'eau-de-mort fait que le sang se porte à la peau. On se sent chaud au visage, mais étant près de la peau, le sang se refroidit davantage et un thermomètre suffit à prouver que le buveur s'est en réalité refroidi.
« Ça ôte la fatigue ». Illusion encore. L'alcool endort le cerveau et le buveur sent moins la fatigue, mais cette illusion ne la détruit pas.
i44. L'alcool ne conserve que les cadavres. — Mais un tel, qui est très vieux, a toujours bu! Donc l'alcool
conserve. Superstition ! Le vieux buveur use une santé robuste qu'il a reçue de générations de gens sobres et sains; mais il l'use si bien que ses enfants à lui seront des déséquilibrés. Il ressemble à un homme qui a hérité d'une grosse fortune et dont les enfants seront dans la misère. L'alcool ne conserve que les cadavres d'animaux que les naturalistes mettent dans des bocaux.
i45. — D'autres disent « c'est le métier qui veut ça ». Sottise, car aucun métier ne veut que l'on s'affaiblisse, qu'on perde sa raison. Si on a soif, qu'on boive de l'eau coupée de vin, ou mieux de l'eau sucrée, et coupée de quelques gouttes de vinaigre.
i46. Le buveur nous nuit. — D'autres buveurs disent : « Je suis libre de boire, je ne fais de tort qu'à moi. » Erreur! Le buveur fait tort à ses enfants qui naîtront déséquilibrés ou épileptiques. Il fait tort à sa femme qu'il a trompée en lui promettant de travailler pour elle, et qu'il jette dans la misère. De plus, s'il continue, il deviendra un déchet social, un fainéant que nous devrons nourrir, et qui sera malade à nos frais dans les hôpitaux. Non, il n'a pas plus le droit de boire avec excès que de voler, et cela nous regarde tous.
147. Ce qu'il faut répondre. — Appelons toujours Teau-de-vie eau-de-mort. Ne laissons jamais affirmer sans protester que l'alcool réchauffe, ou qu'il ôte la fatigue, ou qu'il conserve. Ne laissons pas dire que le métier veut qu'on boive de l'alcool, ni que boire ne fait de tort qu'au buveur.
Les buveurs sont des faibles de volonté. Leur désir de boire et de s'excuser leur fait répéter les mêmes excuses. Ne les écoutez jamais sans les contredire. Dix fois, vingt fois, cent fois s'il le faut, affirmez qu'en disant que « le métier veut ça », ils se trompent. C'est en répétant des
80 JULES PAtOT — LA MORALE A L*ECOLÉ
centaines de fois la vérité à un fou, qui ne veut pas l'entendre, qu'on le guérit.
Un buveur a vraiment une folie qui commence; iï. essaie de se tromper; il refuse de voir la vérité; obligeons-le à la regarder en face.
Ne laissons jamais dire le lendemain d'un excès de boisson : « Comme nous nous sommes amusés ! » Voua vous êtes fatigués, oui; vous avez crié, oui; vous vous êtes conduits comme des barbares, oui. Vous vous êtes amusés? Ohl que non!
i48. Comment s'excuse l'ivrogne. — « Combien <f excuses l'ivrogne ne trouve-t-il pas à chaque nouvelle tentation ! C'est un nouveau crû dont il faut qu'il apprécie la qualité... Le vin est- versé, ce serait un péché de le laisser perdre. Eh, quoi ! Il y en a d'autres qui boivent, et il serait bien grossier de ne pas accepter une invitation. Ou bien notre homme se dira qu'il ne saurait sans cela venir à bout de son travail; ou bien qu'il ne boit pas pour boire, mais pour ne pas trop sentir le froid ; ou bien que c'est fête aujourd'hui ; ou bien qu'il le fait pour s'encourager avant de prendre la plus énergique résolution d'abstinence qu'il ait jamais prise; ou bien ce n'est que pour cette fois-ci : une fois n'est pas coutume I etc. — C'est, au bout du compte, tout ce que vous voudrez, excepté d'être un ivrogne. Voilà l'idée qui ne veut pas rester dans la conscience du malheureux, l'idée à laquelle il ne peut pas faire attention. Mais si une fois il devient capable d'accepter cette façon de voir les choses, s'il se cramponne à cette idée qu'être ce qu'il est, c'est être un ivrogne et rien d'autre, il n'est pas probable qu'il le restera longtemps. »
Donc le premier moyen de combattre cette passion, c'est de s'obliger à regarder ce qu'on est, et de se dire : « Si je bois ainsi, c'est que je suis réellement un ivrogne. »
Fig. 21. — 1-A PAIX Ail FOYER.
(d'après un tableau de Brouillet. Musée du Luxembourg).
Ici, tout respire lo bonheur, et le secret de ce bonheur, c'est l'union dans la famille.
i® Rôle des femmes dans la lutte contre l'alcool. — Une jeune fille soucieuse de son bonheur doit prendre garde d'épouser un jeune homme qui a déjà l'habitude de boire.
Elle se préparerait un avenir affreux. Les enfants d'alcooliques sont souvent rachitiques, dégénérés, ou y épileptiques.
La femme et la jeune fille, quand le père ou le fils commencent à boire, doivent employer toute leur | énergie pour les empêcher de devenir des ivrognes. | L'homme qui commence à boire est un malade,
V atteint d'une folie naissante. C'est au début qu'il J faut essayer de lutter : plus tard, ce sera très diffi-
V cile.
Il faut chercher les causes qui affaiblissent la volonté, L et les faire disparaître ou bien les atténuer. Le mari, le 1 frère, le fils est-il épuisé et découragé par un travail l rebutant et monotone? Tâchons de lui trouver du travail ailleurs. Si c'est impossible, ingénions-nous pour le bien nourrir et faisons-le coucher de bonne heure chaque soir et laissons-le tard au lit le jour de repos. S'il s'ennuie, entourons-le bien. Ayons le soir, de
Y temps en temps, la visite d'amis qui ne boivent pas. Le dimanche, l'hiver, organisons à la maison une partie ;
y quelques crêpes ou beignets, une bouteille de vin du I pays, du café ou du lait et de la gaîté : les plus pauvres I peuvent avoir ce plaisir. L'été, réunissons-nous à une
Y ou deux familles et allons dîner dans les bois. En un I mot, faisons-lui goûter cette paix du foyer dont il est P si difficile de se passer (fig. 21).
j Si nous habitons la ville, allons parfois au théâtre J avec notre mari. S'il pleut, que les enfants fassent
une lecture émouvante. Surtout, gardons-nous de ré- » pondre à la mauvaise humeur par de la mauvaise
humeur : que de ménagères toujours tristes, plain- « tives, grondeuses, acariâtres, chassent leur mari au
cabaret ! Il faut du plaisir et de la joie : choisissons des plaisirs et des joies saines.
Faisons notre intérieur propre et gai. Imitons cette femme qui « si elle n'avait qu'un croûton de pain pour le dîner, veillait à ce qu'il fût convenablement apprêté ».
Femmes et jeunes filles, soyez toujours bien proprettes. Rien ne rebute comme une femme en loques, sordide.
L'eau et le savon ne sont pas chers : qui dit malpropre, dit fainéante, et cette fainéantise rend la maison odieuse.
11 ne faut pas raisonner, encore moins injurier un
m homme qui a bu : presque tous les drames de l'ivrognerie proviennent de l'imprudence ainsi commise.
X Lorsque l'ivrogne est gris, on ne doit que le soigner. C'est lorsqu'il est à jeun qu'on peut le raisonner. Alors, ne lui permettons jamais de s'excuser sans l'obliger à bien voir ce qu'il fait. Patiemment, doucement, combattons les excuses qu'il donnera,. Dans sa folie commençante, il essayera de se tromper luimême, de se payer des mauvaises raisons étudiées cidessus. Ne le laissons pas faire. Montrons-lui aussi la saleté des cabarets, l'air vicié qu'on y respire. Jolie
^ société que celle d'ivrognes, au visage aviné et repu-
Y gnant, qui chantent d'une voix éraillée ou se dis- I putent !
Il faut l'obliger à bien voir, à détailler les misères et la honte d'une famille de buveurs et opposer à ce
Y triste tableau celui d'une famille d'ouvriers laborieux, économes, estimés et heureux.
Il faut patiemment, mais avec résolution, faire des appels énergiques, clairs, mais affectueux à son intel-
^ ligence et l'obliger à bien voir en face ce qu'il ne veut pas voir. Prions ses amis de nous aider dans notre
^ tâche afin de sauver une volonté qui fléchit.
V Veillons sur son entourage. N'hésitons pas à rompre brutalement avec les camarades buveurs qui essaient
^ d'entraîner notre malade. Au besoin, obligeons-le à I changer d'atelier; changeons même de quartier pour I éviter des fréquentations mauvaises.
? Si malgré notre patience, notre affection, notre énergie, nous ne parvenons pas à le sauver, quel déses-
V poir ! La mère ajira de lourdes responsabilités, et elle I devra examiner sérieusement si le souci de l'éducation I des enfants ne l'oblige pas à se séparer d'un malheu- I reux qui la plonge dans la misère, qui la bat et qui I donne un exemple affreux aux garçons qui grandissent. ? Mais elle n'aura le droit d'en venir là que si elle a I tout fait pour guérir le pauvre aliéné auquel son sort
V est lié.
Snjets & traiter. — Pourquoi boit-on? Danger de boire. Que devient l'alcoolique? Quels dangers nous fait-il courir? Comment s'excuse un ivrogne? Quel est le remède à l'alcoolisme? L'alcool réchauffe- 1- il ? Conserve- t-il? Ce qu'il faut dire à l'alcoolique . Comment lutter contre l'alcool? Que peuvent faire les jeunes filles et les femmes 7
B. — Les revenants : la colère.
149. La colère est un accès de folie. — Nous ne devons nous laisser guider que par la raison. Nous cessons d'être un homme quand une violente émotion comme la colère nous fait perdre la raison. La colère est un court accès de folie (fig. 22). Chez l'individu en colère, la « bête humaine», tranquille d'habitude, s'insurge; elle réduit au silence la raison, et l'homme redevient une brute.
Regardez la laideur d'un enfant en colère I Les sourcils sont froncés, le visage est rouge, les narines sont frémissantes et dilatées, les dents serrées et découvertes, comme prêtes à mordre; les poings sont crispés, prêts à frapper brutalement, à donner peut-être un mauvais coup. Deux enfants qui se battent sont comme deux chiens furieux.
La colère violente est une attaque de convulsions ou d'épilepsie. L'individu est fou, car il ne comprend plus rien; il devient incapable de réfléchir aux conséquences de son action : il ne raisonne plus. On voit des mères en colère battre leur enfant au risque de l'estropier pour la vie. D'autres lui tirent violemment les oreilles risquant de lui déchirer le tympan-et de le rendre sourd. Combien de maris dans un accès de fureur alcoolique, cassent leur mobilier, blessent leur femme ! La colère est si bien un accès de folie que, chaque jour, des malheureux tuent sans le vouloir, désespérés , mais trop tard : un coup de pied dans le ventre, et voilà un meurtrier 1 Combien d'enfants, d'un coup de pierre, crèvent un œil ou blessent gravement d'autres enfants!
i5o. La colère modérée, demi-folie. — La colère est terrible parce qu'elle devient facilement violente. Même
d elle est modérée, c'est un accès de folie, car le eux continue à crier quand on ne peut plus l'en- •e.
demi-fou qu'est un homme de mauvaise humeur te pour rien et sans esprit de justice. Quand le dîner
Fig. 22. — La guerre au foyer (d'après le célèbre peintre anglais Hooarth).
un tableau de la désunion ; chacun est livré à ses instincts et vicb ses nerfs. C'est la colère déchaînée dans toute sa stupidité : enfants s s'enfuient.
a retard, il ne s'inquiète pas de savoir si c'est pour îotif légitime et il a bougonne » au lieu d'aider sa le. Il s'irrite parce que la soupe est trop chaude, ou froide, ou pas assez salée, ou trop salée ; il n'est is content et, quand il part, on respire 1 C'est un -joie.
i5i. 11 n'y a guère de bonnes colères. — Aucune éclipse de la raison n'est bonne. Or, la colère empêche de bien observer et de bien raisonner. Elle ne peut être excusée que lorsqu'elle est transformée en indignation contre les maux occasionnés par des personnes vicieuses ou paresseuses. C'est alors une révolte légitime contre le mal, contre quelqu'un ou quelque chose « d'indigne ». Mais cela ne supprime pas le mal. Il vaut mieux en rechercher les causes et les modifier. Par exemple, nous sommes indignés de voir des jeunes filles s'exténuer tard la nuit pour gagner un salaire misérable. Examinons si, en achetant trop bon marché, nous ne sommes pas cause pour notre part de cette cruauté. Au lieu de nous indigner, n'achetons rien et empêchons les autres d'acheter chez v les couturières, tailleurs, lingères qui ne payent pas assez leurs ouvriers. Ne demandons à l'indignation que l'énergie pour observer, réfléchir et trouver les causes du mal et pour y porter remède.
i5a. Les causes de la colère. — La colère a des causes. Elle vient souvent de la faiblesse: les malades s'irritent facilement, ainsi que les vieillards. Mais beaucoup de gens se mettent en colère parce qu'ils sont excités par l'abus des viandes et du vin, par les apéritifs, par l'eaude-vie.
Le seul remède, c'est d'éviter les fatigues inutiles, c'est une nourriture douce et le refus de tout alcool.
Quand les petits enfants sont irritables et qu'ils crient pour rien, c'est souvent ia punition du père, qui a bu autrefois trop de petits verres, d'absinthe ou de vermouth, et son enfant est né avec un cerveau excitable.
Les mamans qui allaitent leurs bébés doivent faire très attention : elles boivent souvent du vin pour se « remonter ». Or, le vin contient de l'alcool. La bière aussi et cet alcool passe dans le lait et les enfants sont excités, agités, ils crient, ils ont même parfois des convulsions.
i53. Ne répondons jamais à la colère par la colère. — Une fois que nous aurons résolu de faire effort pour ne jamais perdre notre sang-froid, même si nous vivons auprès de colériques, nous souffrirons moins. Si nos parents sont irritables, cherchons-en la cause : c'est ou la fatigue, ou la mauvaise santé, ou l'alcool.
Si les causes ne peuvent être atténuées et que l'existence soit trop pénible, travaillons avec un redoublement de courage à apprendre un métier afin de trouver des condi« tions qui permettent une vie saine.
Si on nous accuse injustement, ne répondons pas : à quoi bon? Nous nous justifierons après, quand la raison sera revenue. Si on est trop méchant ou brutal, sortons sans rien dire, revenons plus tard. N'opposons jamais la colère à la colère, car on s'exaspère les uns les autres et il n'en résulte rien de bon : essayons d'une diversion. En parlant d'autre chose, en éveillant d'autres associations 4'idées, on peut souvent dissiper l'obsession du coléreux.
Si la colère est contagieuse, le calme l'est aussi : soyons donc calmes. A la colère n'opposons que la tristesse et le sang-froid, car c'est un mauvais moyen, si quelqu'un perd la raison pour un moment, de la perdre aussi soimême.
i54. Comment maîtriser sa colère. — Si tu es naturellement colérique ou irritable, prends la résolution, et penses-y souvent, d'être maître de tes « revenants ». Distoi que tu veux rester libre et, quand tu seras bien persuadé que toute colère est un accès de folie, dis-toi bien que tu ne veux pas être un fou, même pour un moment.
Un bon moyen d'apaiser sa colère, c'est d'éviter de parler. Chaque mot donne en effet une impulsion nouvelle à l'excitation, de sorte qu'en exprimant son irritation, on la fait croître. C'est la boule de neige.
i55. Évitons les colériques. —Nulle folie n'étant aussi contagieuse que la colère, évite la société des enfants
irritables. Fuis les disputes! Un camarade colérique étanti un camarade qui a des accès de folie pendant lesquels il insulte, ou frappe, ou déraisonne, il faut éviter de jouer avec lui et décider que tout enfant qui, au jeu, se met eu colère est disqualifié et doit quitter la partie jusqu'à ce que sa raison ait repris le dessus.
i56. Que faire si on nous insulte? — Si quelqu'un t'insulte grossièrement, pourquoi avoir une crise de folie? Reste calme. Seras-tu moins raisonnable qu'un grand chien qui passe dédaigneux devant un roquet qui aboie? Les injures ne prouvent que la mauvaise éducation de celui qui insulte. Parce que celui qui m'injurie a trop bu, faut-il que moi, qui n'ai pas bu, je perde la raison comme lui ?
157. La colère coûte cher. — Aucun fléau n'a plus coûté à l'humanité que celui-là: c'est une folie contagieuse, car des nations entières entrent en fureur et font la guerre pour des motifs stupides. On se massacre pour des croyances (guerres de religion), pour posséder des pays inutiles (guerre entre la Russie et le Japon pour la Mandchourie). On brûle les maisons, on brûle les récoltes, on prend plaisir à faire souffrir : c'est la bête humaine devenue féroce. Toute l'histoire n'est pleine que de massacres inutiles.
Sujets à traiter. — Montrer que la colère est un accès de folie. Y a-t-il de bonnes colères? Énumérez les causes de la colère. Comment se conduire en présence d'un coléreux? Que faire si on est coléreux soi-même ? La colère est-elle inoâensive ?
C. — Ixt malveillance, Vorgueil3 la susceptibilité, le mensonge, etc.
i58. La médisance. — Tu es en colère parce qu'on a mal parlé de toi? Mais toi, n'as-tu jamais mal parlé des autres, et souvent avec bien de la légèreté ? De plus, saistu si celui qui rapporte les paroles n'essaye pas, par perversité, de brouiller ensemble les gens? Il y a des méchants qui excitent les chiens pour les faire battre. De même les malveillants excitent sournoisement les gens, heureux d'avoir semé la haine et les colères. Us sont bien méprisables et le moyen de les réduire à l'impuissance, c'est d'aller s'expliquer franchement avec ceux dont ils ont rapporté les propos.
Si tu es en colère parce qu'on t'a manqué de parole, ou qu'on a manqué d'égards envers toi, ou qu'on a fait une sottise qui t'ennuie, demande-toi si tu es parfait, si jamais tu n'as manqué un rendez-vous, ni commis une maladresse envers autrui? Tu verras que nous souffrons tous, à chaque instant, des imperfections delà nature humaine. Le seul moyen pour toi d'en moins souffrir, c'est de faire effort pour te perfectionner, pour devenir calme, patient, généreux et, pour cela, tu dois refuser de mal parler des autres.
159. L'orgueil est une faiblesse de volonté. — D'ailleurs, d'où vient que nous sommes si susceptibles? C'est que nous ne sommes pas modestes : dans notre orgueil, nous nous figurons que nous sommes le centre du monde. Chacun doit faire attention à moi, être plein d'égards pour moi i si quelqu'un, pressé, ou distrait, ou inattentif,
comme je le suis souvent moi-même, passe sans me saluer, ou en me saluant à peine, me voilà blessé ! N'est-ce pas ridicule ?
Qu'est-ce que cela peut me faire, si je suis courageux et si je vis honnêtement, qu'un tel ne fasse pas attention à moi ? Tant pis pour lui. Je sais comment je vis et je n'ai besoin d'être approuvé que par ma conscience et par ceux qui me connaissent et qui m'aiment. Si mes parents et mon maître m'aiment et m'estiment, je puis dédaigner les camarades d'école peu intelligents qui se moquent de moi ou me dédaignent parce que je suis moins bien habillé qu'eux, ou parce que mes parents sont moins riches que les leurs.
160. Si on est injuste pour nous, l'avenir sera juste. — Même si personne ne m'aime parce que je suis laid et contrefait, je ne me fâcherai pas. Gomme Michelet, quand il était petit et pauvre et qu'on se moquait de lui au lycée, je réagirai. La vie est longue pour ceux qui sont énergiques et droits, et elle leur réserve bien des compensa tions. Si le présent te fait souffrir, compte surtout sur toi-même. D'ailleurs, sois tranquille: si les hommes sont injustes, ils sont inconstants, ils ne sont pas injustes longtemps et tout garçon honnête et énergique finit par s'imposer à l'estime de son entourage. Donc, même dédaigné, ne te mets pas en colère, essaie de valoir mieux et l'avenir te donnera ta revanche.
161. Le boudeur est un malade. — Examinons un enfant boudeur ou une fillette boudeuse. Ils sont « butés », grincheux, désagréables.
C'est une espèce de colère sourde : elle se traduit par une mauvaise humeur qui dure des heures et parfois des jours, et même des semaines. Le boudeur n'écoute aucun conseil, aucune bonne raison : il a donc un véritable accès de folie.
. Mais presque toujours les boudeurs sont des malades : on n'en obtient rien par la violence. 11 faut essayer de la douceur patiente, et si elle ne réussit pas, il faut attendre <[ue la crise soit passée. C'est après, dans l'intervalle lucide entre deux accès, qu'il est possible de montrer doucement la laideur et la sottise de la bouderie.
Parfois la plaisanterie réussit. « J'avais, écrit une dame, une amie boudeuse, mais très intelligente.
« A l'annonce d'un accès, je lui disais : « Notre brouille « est-elle définitive, alors tout est bien. Mais si tu dois « dans une heure ou huit jours vivre de nouveau en bon « accord avec moi, autant que ce soit tout de suite. » Elle riait et la bouderie était terminée. »
16a. La susceptibilité est une faiblesse douloureuse.
— L'enfant susceptible est facile à offenser. La susceptibilité rend malheureux. N'est-il pas douloureux, si quelqu'un sourit, de croire qu'il se moque de moi? Si quelque distrait ne me voit pas dans la rue, d'en être blessé?
Y a-t-il un esclavage pire que de faire dépendre noire tranquillité d'esprit, notre contentement, ?.des égards, de l'attitude plus ou moins polie, de l'amabilité de quelqu'un qui est distrait ou malveillant?
Il ne faut jamais essayer de guérir quelqu'un de susceptible par la moquerie. Il faut, au contraire, l'encourager, lui donner confiance en lui-même, lui montrer quel esclavage c'est que d'être trop sensible à l'opinion des autres»
' i63. Le mensonge. H est difficile de voir la vérité.
— Qu'un accident arrive, chacun le raconte avec des détails différents, et cependant tous mentent certainement, sauf un. Peut-être mentent-ils tous. J'ai vu un enfant se sauver étourdiment et tomber sous les roues d'un char. Un individu accusa, de bonne foi, le charretier qui avait une vilaine figure, d'avoir poussé l'enfant : on l'au-
rait arrêté si je n'avais pu affirmer son innocence. Déjà, la foule le menaçait; or, j'avais aperçu le charretier se jeter en avant pour chercher à retenir l'enfant, et c'est ce geste qui le fit accuser.
Il est difficile de voir la vérité et de la dire telle qu'elle est, et pour ne pas mentir, il faut savoir bien regarder, bien écouter.
164. Quelle sottise que de mentir 1 — Voir et dire la vérité donne à la conduite quelque chose de loyal, qui inspire confiance à tout le monde. Ne pas mentir, c'est une force très grande. Si nous prenons un commerçant à tromper une seule fois, nous n'aurons plus confiance en lui. Une domestique qui nous a menti une seule fois, devient suspecte. De même, un enfant qui ment reste discrédité : on n'aura plus en lui cette confiance qui fait la vie de famille si douce. Aussi quelle sottise que de perdre la confiance de ceux qui nous entourent!
i65. Le menteur est un faux-monnayeur de la parole.
— La vie sociale repose sur la confiance : la famille, c'est le mari et la femme ayant confiance l'un dans l'autre; l'école, c'est la confiance des élèves dans la loyauté du maître; l'armée, c'est la confiance que chacun fera son devoir.
Nous vivons tous de confiance.
Les menteurs qui tendent à détruire cette confiance nécessaire sont aussi ennemis de la société que les fauxmonnayeurs.