Nos passions sont cause de bien des mensonges
— Nos passions (colère, amour, haine, etc.) faussent notre vue des choses. Un fanatique ne peut admettre qu'un librepenseur soit honnête. En politique, les hommes aveuglés par la haine calomnient leurs adversaires.
Une mère est portée à excuser chez son enfant des fautes graves.
Dès qu'on est la proie d'une passion surtout mauvaise, on vit dans le mensonge : on perd le sentiment de la
vérité.
167. On ment parce qu'on est lâche. — D'où vient cette laideur du mensonge? D'abord de sa cause habituelle qui est laide. Cette cause, c'est un manque de courage, une faiblesse pitoyable, une véritable lâcheté.
Beaucoup d'enfants mentent par peur d'un reproche ou d'une correction. Un enfant a mal agi, il rentre les vêtements salis ou déchirés, les chaussures mouillées : pour expliquer ses malheurs, il ment, il invente des histoires dont d'ailleurs les parents ne croient pas un mot. C'est manque de courage : l'enfant n'ose avouer la vérité. Emporté par le désir de jouer, il est entré dans l'eau, il a refusé de penser qu'il faisait mal. Il a été faible une première fois, en se laissant vaincre par sa passion à jouer, et maintenant il faiblit devant la peur d'une punition méritée ; il ment. Il a été deux fois lâche.
168. Mensonges des paresseux. — Le paresseux lui aussi, est lâche devant l'effort à faire. Il n'est jamais prêt. II sait mal ses leçons ; il fait ses devoirs sans conscience. Il essaye de tromper son maître ou ses parents, plutôt que d'avouer sa faute et de dire : « Oui, je suis un paresseux, j'ai peur de la besogne ». Il invente des circonstances extraordinaires qui l'ont empêché de faire son devoir! Il a été lâche devant le travail : il est lâche une deuxième fois en essayant d'éviter les conséquences de sa paresse.
169. Mensonges des vaniteux. — On ment beaucoup par vanité, pour paraître ce que l'on n'est pas. Le menteur se vante, comme les chasseurs, de prouesses qu'il n'a
pas faites; il se vante de relations qu'il n'a pas, d une fo^"* tune qu'il n'a pas, de succès qu'il n'a pas eus.
Le vaniteux ne ment pas seulement en paroles : il ment aussi par ses actes. Il se donne beaucoup de mal pour paraître riche : il exhibe des toilettes non payées; il a un salon qu'il doit, etc. Ce mensonge en actes est d'autant plus inutile qu'il ne trompe personne. Si nous n'avons pas de fortune, cela se voit à bien des détails, qui trahissent la pauvreté. On voit les oreilles de l'âne sous la peau • du lion : on a une belle robe et des bottines éculées ! On ne trompe jamais longtemps, et les gens sont impitoyables pour les vaniteux qui « jettent de la poudre aux yeux ». Cette vanité, nous le verrons, amène souvent des malheurs.
170. Les vaniteux sont des serfs. — D'ailleurs la vanité est un état d'esprit d'esclave ou de serf. Quelle honte pour un homme de n'avoir conscience de sa dignité que si les autres la respectent!
Ces pauvres sots ne sont sûrs d'exister que si les voisins pensent qu'ils existent.
Un « homme » ne consent pas à se faire l'esclave de
l'opinion de gens souvent malveillants ou mal renseignés :
■w#-»c reconnaît d'autre juge que sa conscience. Aussi les
mensonges du vaniteux sont-ils l'aveu qu'il est courbé
devant ce maître capricieux qu'est l'opinion publique.
171. Mensonges calomnieux. — Il est d'autres mensonges plus laids : ceux que l'on fait sur quelqu'un qu'on jalouse ou qu'on déteste. La haine et la jalousie nous rendent aveugles pour les qualités. En revanche, elles nous rendent clairvoyants pour les défauts: elles changent même le bien en mal ! Aussi ces vilaines passions sontelles cause de bien des mensonges. Se laisser diriger par elles, c'est se livrer au mensonge. L'esprit de parti, par exemple, pervertit si bien l'intelligence, que les exaltés
|" prêtent à leurs adversaires les vilenies les plus invrai- I semblables.
172. La méchanceté est une des deux choses absolu* > ment mauvaises. — La méchanceté est, comme la paresse,
absolument mauvaise. On peut faire quelque chose avec . l'orgueil, avec la colère. En les dirigeant bien, l'orgueil - peut se changer en dignité, la colère en indignation contre
l'injustice; mais il n'y a rien à faire d'un méchant. Le
méchant est malveillant, malfaisant, volontiers cruel : il
ne peut être que nuisible.
Sujets à, traiter. — Que faire en présence d'une médisance? d'un manque d'égards? d'une injustice? Comment faire en présence d'un boudeur? d'un susceptible? Est-il facile de savoir la vérité? Est-il intelligent de mentir? Énumérez les causes du mensonge. Que penser du vaniteux ? Quels sont les mensonges les plus laids? Y a-t-il quelque chose d'utilisable dans la méchanceté?
Patot. - Morale (l'Mèvo).
D. — L'argent et ses méfaits. Le besoin d'excitations violentes.
173. L'argent. Son pouvoir terrible. — L'argent a un pouvoir terrible, car il représente la possibilité de faire travailler autrui. D'autre part, nous-mêmes, nous avons besoin d'argent pour vivre et pour faire vivre les nôtres. Nous pouvons être malades, devenir estropiés ; nous vieillirons et deviendrons moins capables de travailler : aussi est-il prévoyant de ne pas dépenser au fur et à mesure tout l'argent que nous gagnons.
L'ouvrier qui peut avoir quelques avances gagne en indépendance ; il peut refuser des conditions de travail indignes d'un homme. Celui qui n'a aucune avance esl livré sans défense à ceux qui veulent le payer trop peu pour un dur travail.
En outre, les économies du travailleur ont une valeur morale, car épargner suppose un grand effort de volonté. 11 faut savoir, en vue d'un avenir lointain, renoncer à bien des jouissances, à bien des tentations, à bien des fantaisies.
Combien de mères de famille ne peuvent entrer dans un grand magasin sans être affolées et sans acheter des T choses inutiles. // n'y a rien de plus cher que ce qui V est bon marché et dont on n'a pas besoin 1
174. Effroyable gaspillage d'argent. — 11 est triste de songer combien il entre de gaspillage dans nos dépenses.
Gaspillage, les bonbons ou les gâteaux pour les enfants, le tabac, les petits verres d'alcool ou les verres de
vin. Dans les grandes villes, le brillant comptoir du marchand de vins attire les faibles comme la lampe, le soir, attire les mouches. Un ouvrier qui dépense une partie de sa paye à jouer aux courses ou à boire le samedi et le dimanche, est un fou. Ce qui rend la ville meurtrière, ce sont les occasions de dépenser et de s'étourdir : c'est l'entraînement.
175. La vanité sotte. — Une autre cause de gaspillage, c'est une vanité sotte qui nous porte à paraître plus riches que nous ne sommes. Madame ou Mademoiselle veulent des toilettes qui attirent les yeux. Un petit employé veut un salon : mais, nous l'avons vu, mille détails dans la toilette ou dans le salon trahissent la pauvreté, et on ne trompe que les sots.
176. Le vrai luxe. — Osons rester simples. Le vrai luxe, c'est la propreté parfaite : elle vaut mieux que les tapis et les tentures, nids à poussières !
Propreté, air pur, lumière, voilà le luxe des gens intelligents. Un petit ménage qui sacrifie la meilleure chambre pour un salon et qui s'endette pour acheter des meubles lOutiles est un ménage peu intelligent.
177. — Ceux qui ont de petites économies sont souvent guettés par les voleurs. Aussi ne gardez pas d'argent chez vous. Ne vous laissez pas non plus tenter par des offres de placements à gros intérêts. L'argent ne rapporte pas plus <ïe 3 à 4 %• Si on vous offre plus de 4 %» c'est que le placement est dangereux. A 6 %, vous avez probablement affaire à des escrocs. Placez donc votre argent en rentes Sur l'État ou sur les chemins de fer : laissez spéculer ceux *Jui ont de l'argent à perdre.
178. Genre de bonheur que peut donner l'argent. — îl ne faut pas beaucoup d'argent pour être heureux. L'ar-
gent ne donne pas les joies profondes de la vie, qui sont : la santé, les affections de la famille, le sentiment des beautés de la nature, les joies de l'esprit. Ces joies ne sont données qu'aux natures généreuses. Aux têtes vides, aux pauvres de cœur et d'esprit qui s'ennuient, l'argent donne les plaisirs de la vanité (beaux habits, meubles inutiles, dîners fins), qui ne remplacent pas les joies réelles !
179. Le vrai bienfait de l'argent. — L'avantage de l'argent, c'est de donner la sécurité contre une maladie possible. Grâce à lui, le père de famille est assuré du lendemain pour ses enfants et pour sa femme. Quelle douleur dépenser qu'une maladie, un accident, la perte d'une place peuvent plonger dans la misère noire ceux dont nous avons pris la responsabilité !
Rendons impossible ce malheur !
Coupables sont les ouvriers, les employés qui, pouvant mettre de côté si peu que ce soit, ne le font pas sous prétexte que ce n'est pas la peine !
Deux ou trois centaines de francs économisés peuvent, à un moment critique, donner du courage et permettre d'attendre une bonne occasion. Au contraire, l'imprévoyant se trouve toujours face à face avec la misère. Les bons ouvriers n'ont pas de pires ennemis que les gaspilleurs obligés d'accepter le travail à des prix de famine.
180. L'ouvrier qui boit fait de la misère. — En se privant de boire inutilement, l'ouvrier qui saurait résister aux occasions, serait plus heureux, plus libre, plus indépendant que bien des employés. Il est difficile d'évaluer ce que l'ouvrier dépense au cabaret. Ce qui passe, petit verre par petit verre, dans la poche du marchand de poison, c'est la sécurité, le bonheur de la famille; c'est l'apprentissage d'un bon métier pour les enfants ; c'est la vieillesse assurée, honorée, tranquille.
181. Mouches et araignées. — 0 les sots! Ils ont la chance d'avoir un travail rémunérateur, et, viennent la maladie, la vieillesse, ils seront aussi misérables que des mendiants 1 . "
Enfant, regarde avec pitié ces malheureux qui boivent au cabaret. As-tu vu une araignée engluer une mouche dans ses fils, la sucer et la rejeter vidée? Le marchand d'alcool attire, lui aussi, l'ouvrier, l'englue par l'habitude de boire; il s'enrichit de son salaire et le rejette misérable, propre à rien, vidé.
182. L'avare est un fou. — La crainte du lendemain, le sentiment insupportable de l'insécurité pousse des personnes mal équilibrées à amasser plus d'argent qu'il n'est nécessaire. Ces avares vivent si misérablement qu'on se demande en quoi la misère réelle serait plus dure pour eux. De plus, ils perdent le sens moral; ils lésinent, volent; ils exploitent les malheureux, prêtent à des intérêts usuraires. Ils sont méprisés, haïs, même de leurs enfants qu'ils condamnent aux privations.
Étrange folie produite dans les cerveaux faibles, par la peur de l'avenir ! Parfois à cette peur, se mêle l'orgueil déraisonnable d'entasser et de se sentir puissant par l'argent.
i83. — '. Les parents pourraient enrayer cette passion à son début. Mais quand l'avare est la proie de sa passion, il va vêtu sordidement, et n'est plus sensible à l'opinion. 11 en arrive, comme les aliénés, à ne rien voir, rien entendre, rien accepter qui contredise son idée fixe.
184. Autres boucs dans le puits. — Les gens qui font des dettes, imitent le bouc.
Ils achètent à crédit quelque objet qui leur plaît, qui leur paraît à bon marché et dont ils pourraient se passer ; ou bien encore, ils empruntent une petite somme qu'ils
pensent pouvoir rendre. Ils ne réfléchissent pas que s'ils ne peuvent déjà joindre les deux bouts, ils ne pourront plus tard faire face à la fois à leurs affaires, à l'arriéré et aux intérêts de l'argent emprunté! Les voilà plongés dans des tracas pour n'avoir pas su différer l'assouvissement de leur désir jusqu'au moment où ils auraient pu payer comptant. Leur dignité est compromise, car une dette qu'ils ne peuvent payera la date fixée les met dans un état de servitude insupportable vis-à-vis du créancier. Un homme digne, qui veut rester libre, ne fait des dettes que s'il est sûr de pouvoir s'acquitter au jour promis.
i85. Les trois catégories de gens qui ont besoin d'excitations. — Regardez autour de vous et vous verrez que la vie est monotone, plate, triste pour trois sortes de gens : pour les oisifs ; pour les ouvriers, et pour les employés qui travaillent sans goût à des besognes machinales ou excessives.
Les oisifs ne savent comment passer les vingt-quatre heures de la journée, et ils font des sottises ou des folies pour « tuerie temps », ou bien ils chassent, ou ils jouent,
Le travailleur mal nourri, écrasé par une tâche trop lourde, accablé par un trop grand nombre d'enfants misérables, se laisse tenter par le seul plaisir facile qu'il connaisse : il boit.
L'ouvrier ou l'employé qui ne s'intéressent pas à leur tâche, attendent la sortie de l'atelier ou du bureau avec l'impatience d'élèves paresseux qui regardent toutes les minutes si l'heure va sonner. Le dimanche, les voilà libres. Au café, ils jouent aux cartes ; aux courses, ils parient et éprouvent les émotions du jeu. Au café-concert, ils applaudissent d'ineptes chansons obscènes : ils bissent les couplets grossiers. Ils fument, boivent, se livrent dans des débits à des libations excessives et font pis encore. Puis, toute la semaine, ils racontent leurs tristes « plaisirs » avec des exagérations mensongères; ils essaient
de s'en faire accroire à eux-mêmes et ils recommencent, le dimanche suivant, cette vie dégradante.
186. Les jeux de hasard. — Regardez les joueurs: ils ont l'esprit tendu, ils sont agités par l'inquiétude, la
Fig. 23. — Prétendus plaisirs (Le jeu, d'après Germain, xviii6 siècle.)
« Y a-t-il attention plus triste, pins sombre et plus mélancolique que celle des joueurs? » Joie de ceux qui gagnent, chagrin et colère de ceux qui perdent, sont également blâmables.
crainte. « Y a-t-il attention plus triste, plus sombre et plus mélancolique que celle des joueurs? » Le jeu n'est pas une récréation, mais une violente excitation (Jig. a3.) Le spectacle des joueurs dans une maison de jeu ou sur le champ de courses est effrayant. Cela un plaisir ? Allons donc!
De plus, lorsqu'on joue gros jeu, que représentent les enjeux? « Un champ de blé qui mûrit au soleil à mille heues de là; tout à côté... un pré, un bois... une bou-
tique au fond d'une petite ville »... La perte des louis d'or et des billets bleus va se « répercuter et s'amplifier au loin... » Elle va démolir la maison où moururent les parents, « enlever à l'aïeul son fauteuil coutumier », fermer un atelier, priver de pain des enfants, briser une vie. Que de douleurs, de malheurs, de ruines accumule cette horrible passion du jeu I Le joueur ne réfléchit plus il n'est plus libre : c'est un aliéné. Je ne puis regarder les habitués d'un café jouer aux cartes « leurs consommations » sans trouver qu'ils sont bien énervés, et que ce n'est pas un plaisir. C'est une excitation fiévreuse, d'où l'on sort moins calme, moins attentif au travail et moins gai. C'est un énervement malsain.
De plus, on prend vite le besoin de ces excitations violentes, et l'habitude prise, on ne peut plus s'en passer.
187. Les romans-feuilletons. — Une autre forme d'excitation, fréquente chez les jeunes filles, c'est le
V trouble et la fièvre qu'elles recherchent dans les romans que les journaux publient en feuilletons. Presque sans exception, ces « feuilletons » sont bêtes. Les personnages y agissent de la façon la plus contraire à la vérité, et les événements sont invraisemblables. Ces lectures, si on les faisait en réfléchissant, seraient
V insupportables : mais on lit vite, on admet toutes les absurdités à cause de l'angoisse qu'on trouve dans les situations tragiques. Avec quel dégoût on revient ensuite à son travail monotone et aux bonheurs
^ simples, sans incidents, de la vie de famille! Les exaltées, faibles d'intelligence, trouvent ensuite la vie
1 ordinaire insipide! Heureuses encore si elles n'essaient de mettre du roman dans leur vie aux dépens de leur
^ bonheur et de leur honneur 1
188. Les vrais plaisirs sont calmes et ils ne s'achètent pas. — Est-ce à dire que nous devions tristement passer
notre temps de loisir? Non. La tristesse est coupable, mais rejetons les plaisirs qui ne sont pas des plaisirs, quoique tout le monde les appelle ainsi. 11 ne faut pas confondre être heureux avec s'étourdir par des excitations coûteuses et violentes comme celles de l'alcool et du jeu. Ne confondons pas avec de la joie la violente excitation de ces conscrits ivres qui braillent dans la rue. Autant dire qu'un chien qui aboie avec fureur est heureux.
Les plaisirs profonds, durables, sont des plaisirs calmes, et ils ne sont pas des plaisirs coûteux.
Les vraies joies sont à la portée du plus grand nombre. Ce sont d'abord les joies du travail que nous étudierons bientôt. Puis ce sont les joies de la nature, dont sont malheureusement privés les ouvriers des villes qui ignorent la beauté des saisons. Gomme des aveugles, ils ne voient pas la splendeur des levers ni des couchers du soleil. La lune et les étoiles n'existent pas pour eux, ni les champs, ni les forêts, ni les grands horizons. Ils sont privés de la camaraderie des animaux, du chant des oiseaux et de la liberté au grand air qui fait le plus pauvre enfant de la campagne plus heureux et plus libre que les enfants riches des villes.
189. Nous laissons perdre bien des joies. — Ces joies, l'instruction nous les découvre : les poètes et les écrivains qui ont décrit la nature, nous révèlent des beautés que nous ne regardions pas. « Que de paysans ne comprennent pas l'harmonie des couleurs et des sons, la finesse des tons et la grâce des contours, en un mot, la mystérieuse beauté des choses... et le spectacle perpétuellement nouveau du firmament, de la terre, du jour, de la nuit, des saisons... » Ils ne font pas attention à mille beautés qui plongent les artistes dans le ravissement.
190. La joie d'aimer. — A ces plaisirs s'ajoute le bonheur de l'affection et de la sympathie. Dans la pauvreté
la plus grande, on peut aimer sa mère, ses frères, ses sœurs et plus tard sa femme et ses enfants (fig. 24). Une famille où Ton bat les enfants, où Ton se- dispute, où pleuvent les vilains mots est chose triste, mais au milieu de cette tristesse, l'enfant sent tout de même qu'il n'a d'autre appui dans la vie que son père et sa mère, à moins qu'ils ne soient tout à fait dégradés. A part ces cas exceptionnels, si nous ne savons pas aimer, si nous ne savons pas avoir des amis, c'est que nous sommes égoïstes et secs. Dans les plus pauvres familles, on pourrait passer avec des amis des soirées gaies en ne dépensant pas le quart de l'argent gaspillé au cabaret
191. — Bien mieux, entre les ouvriers qui gagnent leur vie de chaque jour, les relations sont cordiales : ils savent s'entr'aider. Les ouvriers ne sont pas séparés eh castes fermées ; il y a entre eux plus de fraternité et plus de sympathie, par suite plus de bonheur que chez les fonctionnaires, les commerçants et les riches. Or, les relations affectueuses avec nos semblables sont la grande source de joie: un roi en est privé, n'ayant autour de lui que des gens qui ont intérêt à être aimables. Les plus pauvres ont ce trésor de l'affection, à moins qu'ils né le gâchent par leur mauvaise humeur et par leur irritabilité.
192. Notre bonheur dépend de nous. — Quelle que soit notre situation, nous ne pouvons être heureux que par l'énergie de nos sentiments. Si je suis aimant, juste, si je suis curieux de science, si j'aime la nature, si je suis calme, si j'ai de l'empire sur moi, si je suis désintéressé, généreux, actif, je serai heureux. Au contraire, si je suis sec, égoïste, agité, brutal, grossier, gourmand, je ne trouverai aucune sympathie autour de moi, et fussé-je millionnaire ou empereur, je serai très malheureux.
. La source de tout bonheur est en nous-mêmes. Malheureusement, des ouvriers et des paysans qui ont
Fig. 24. — Aimer, se marier, est une chose grave
(L'Accordée, d'après un tableau de Greuze. Musée du Louvre).
C'est au village, chez un riche fermier, le jour où le notaire dresse !e contrat. L'émotion gagne tout le monde. La maman, les sœurs sont imiuiètes do la séparation. Le père, aux cheveux blancs, donne avec la dot, quelque sage conseil. Et les fiancés eux-mêmes sont pénétrés de la gravité du moment. Quel tableau touchant que celui de deux jeunes gens qui s'aiment et vont fonder one famille!
bien des joies qu'ils pourraient cueillir, les perdent par suite d'un préjugé malfaisant : ils croient, les sots, que beaucoup d'argent est nécessaire pour être heureux! ft Vivant au milieu des adorateurs de la richesse, ils se regardent comme dégradés parce qu'ils n'ont rien, » e* ils sont sans force pour repousser ce mensonge.
193. Ce n'est pas le bonheur qui nous manque, mais nous qui manquons au bonheur. — Aux joies du travail, delà nature, des affections du cœur, ajoutons l'intérêt sans bornes et toujours renouvelé apporté par les livres. Ils nous font vivre dans la société des penseurs, des voyageurs, des hommes les plus spirituels de tous les pays et de tous les temps. Si nous avons besoin de courage, nous avons les moralistes réconfortants. Que de joies nous forment la musique et le chant que nous négligeons trop! En outre, les grands artistes, dont les musées et la #^.vure et la photographie répandent les œuvres, nous ^«ient à sentir dans la nature et dans les émotions de ^ïifant, de la femme, de l'homme, des beautés profondes 01* délicates que nous n'avions pas découvertes. . * Cle ne sont donc pas les joies saines, durables, incess^**iment renouvelées, qui nous manquent. C'est nous qui, P^:r égoïsme, par défaut d'énergie faisons nos journées ^**ues et tristes : l'ennui est une preuve que la volonté e^t malade. Ce n*est pas le bonheur qui nous manque, I**5*is nous qui manquons au bonheur.
^ Sujets & traiter. — Quel pouvoir nous donne l'argent?
"^^umérez les gaspillages d'argent. Quel est le vrai luxe ? L'argent
^^xme-t-il le bonheur? Quels sont les avantages de l'argent? Que
^^rd l'ouvrier qui boit? A quel animal peut-on comparer le mar-
^**and d'alcool? Les avares ont-ils leur bon sens? A qui compare
^s gens qui s'endettent ? Qui sont ceux qui ont besoin d'excitations
*^Jie représentent les enjeux des joueurs? Doit-on lire les roman*
»<euHletons? Définissez les vrais plaisirs. Énumérez des joies q'
^ous perdons. De qui dépend notre bonheur? Qui fait nos jou
Mes tristes?
E. — Lar tristesse, la timidité, la paresse, la peur.
194. La tristesse. — La tristesse est une maladie de la volonté. Ses ravages peuvent être dangereux, car elle nous déprime autant qu'une grande fatigue. Elle tarit la salive, les sucs digestifs, d'où lourdeur dans la digestion, absence d appétit. Le cœur bat lentement et irrégulièrement. La force physique baisse.
L'intelligence devient paresseuse, l'attention difficile. Ceux qui se laissent aller à la tristesse tombent dans l'apathie : rien ne les intéresse. Ils finissent par perdre toute volonté.