‹ La morale à l'écoleChapitre 32 sur 35 · Les sanctions naturelles de nos Yices. — Chaque · texte numérisé non relu

Les sanctions naturelles de nos Yices. — Chaque

fois qu'on touche un charbon rouge, on se brûle.

Chaque fois qu'on boit, ayant soif, cela fait plaisir : jamais l'effet ne manque.

Nos fautes et nos vices ont aussi des effets naturels qui jamais ne manquent : la gourmandise du gros mangeur fatigue le foie et les reins, qui, surmenés, laissent le sang se charger de poisons : des maladies, des bobos continuels rendent sa vie très triste.

L'alcool et les excès ruinent la santé et la bourse.

La paresse alourdit le corps et l'intelligence et rend les moindres efforts pénibles.

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L'envieux se ronge, jaunit, souffre.

Regardons autour de nous, et nous verrons qu'en règle générale, nous sommes punis de nos vices, souvent avec cruauté. Le châtiment retombe aussi sur nos enfants.

462. Ces sanctions ne font guère défaut, mais elles sont lentes. — Quelque injustes que nous soyons nousmêmes, notre raison est juste, et quand les autres sont injustes, nous le voyons et nous en souffrons. Quand quelqu'un se conduit mal, nous voudrions qu'il soit puni tout de suite. Mais les effets du vice mettent du temps pour se produire. Le gourmand paye sa dette par des malaises, des maladies qui font la vieillesse pénible : alors il accusera l'âge, au lieu de reconnaître dans ses souffrances une sanction. L'alcoolique, qui meurt d'une congestion pulmonaire, ne paraît pas mourir des suites de son vice et cependant, c'est son vice qui l'avait affaibli. Le haineux qui souffre et digère mal, ne veut pas s'avouer qu'il est victime de son vilain sentiment.

De sorte que les sanctions naturelles des vices sont lentes : elles ne semblent pas des punitions, quoiqu'elles en soient, et de très dures.

463. Elles punissent surtout les violations de l'hygiène. — Ces sanctions sont parfois injustes.

Souvent, une mère courageuse qui se fatigue jusqu'à tomber malade, est plus épuisée qu'un noceur qui rentre tard toutes les nuits.

En outre, on peut mourir d'une blessure infectée par quelque mouche et la maladie et la mort punissent plutôt les fautes contre l'hygiène. Les fautes de conduite ne sont punies que parce que le vice, l'alcoolisme, les pensées malsaines sont aussi des fautes contre l'hygiène.

4G4. L'éloge et le blâme. — La sanction de l'opinion publique est efficace. Nous sommes tous sensibles à l'es-

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time, aux éloges. Au contraire, se sentir méprisé, haï, est une souffrance cruelle.

Pour mériter des compliments de sa maman ou du maître, ou pour éviter leurs reproches, le paresseux se met au travail, le gourmand résiste à ses désirs, le menteur cesse de mentir.

Par peur d'être déshonoré et traité de lâche, tel qui tremblerait de peur, affronte avec courage le danger et la mort. Chaque soir, dans les cirques, les dompteurs et les acrobates risquent leur vie pour être applaudis.

Être estimé, c'est donc un grand bonheur.

465. Danger d'être esclaves de l'opinion. — Mais attention ! Il n'est pas de plus basse servitude que d'agir pour plaire à l'opinion publique, qui est parfois déraisonnable et même immorale. Un honnête homme ou une honnête femme ne choqueront pas l'opinion pour des choses qui n'en valent pas la peine, mais ils cesseraient d'être honnêtes s'ils agissaient contre leur conscience, par crainte de l'opinion. Il faut oser agir suivant sa conscience : un homme religieux qui n'oserait aller à la messe, un incroyant qui y assisterait par crainte du « qu'en dirat-on », ne seraient ni dignes ni courageux. Pauvres esclaves sur qui personne ne pourrait compter !

466. Soyons des hommes libres 1 — C'est ainsi que les ambitieux, les orgueilleux, les vaniteux, qui ne vivent que pour provoquer l'admiration ou la crainte, sont dignes de pitié, car ils sont esclaves de l'opinion. Un homme libre n'obéit qu'à la raison et à sa conscience.

467. L'opinion est souvent malsaine. — Ah! si cette force de l'opinion était toujours au service de la raison, elle serait irrésistible et toute-puissante pour le bien.

Malheureusement, elle est éblouie par la fortune et par la force brutale.

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Une sotte et dangereuse admiration pour le luxe empêche les gens d'examiner si le riche est honnête, s'il est bon, loyal, juste : cette admiration est malsaine, car les vaniteux en ont la tête bouleversée, et ils désirent, coûte que coûte, s'enrichir.

De même, la force, le pouvoir, troublent notre vue, et quand un Napoléon passe au milieu du fracas des musiques, nous ne savons plus voir son affreux égoïsme ni sa pauvreté d'âme.

468. 11 raut que les gens honnêtes soient courageux. — Peu à peu, espérons-le, l'opinion deviendra plus raisonnable. Les meilleurs et les plus courageux résisteront aux préjugés. Peu à peu nous oserons flétrir les injustes, les fauteurs d'ivrognerie et de luxure, les exploiteurs de la misère et de la faiblesse.

Le public cessera d'admirer les gens gouvernés par J.eurs instincts bas, par les « revenants » et par l'orgueil. Peu à peu notre admiration ira aux hommes et aux femmes qui ont fait le choix d'une vie pure, juste Les progrès moraux seront rapides quand les gens honnêtes auront autant d'audace que les coquins et qu'ils oseront penser :

« Tu es riche, puissant? Mais es-tu également juste, courageux et bon? Non? Alors, tu n'as droit qu'à notre pitié. »

469. Sanctions pénales. — Les sanctions pénales (amende, prison, travaux forcés, etc.) sont pénibles. Mais le déshonneur qui les accompagne les rend terribles. Malheureusement, il est des fautes très graves qu'elles n'atteignent pas. Bien des fautes qui font souffrir cruellement des innocents restent impunies. Impunis les maris qui brutalisent leur femme, qui boivent, laissent les enfants dans la misère. Impunies les femmes paresseuses, ou hargneuses qui empoisonnent la vie de famille. Impunis les « meurtriers au détail ».

470. Sanctions après la mort. — Aussi beaucoup espèrent des punitions et des récompenses qui ne trompent jamais. Gomme ces sanctions infaillibles ne paraissent pas exister pendant la vie, on les place après la mort. C'est là une espérance religieuse qui est une question de liberté de conscience. Mais il faut, si Ton croit aux sanctions futures, ne pas ralentir son zèle pour assurer, dès cette vie, la justice aussi complète que possible. Il ne faut pas se laisser arrêter par l'espoir qu'elle sera réalisée plus tard sans que nous nous en mêlions.

47 1 . — Nous n'avons d'ailleurs le droit de demander une justice sévère pour les autres que si nous sommes justes nous-mêmes. 11 faut d'abord que nous soyons des enfants aimants et empressés à rendre service, des écoliers consciencieux, et plus tard des pères* bons et courageux, et des citoyens éclairés et actifs. Quand nous serons parfaits nous pourrons être exigeants pour les autres.

47a. Ne jugeons pas du bonheur sur les apparences. — Mais n'allons pas croire, comme le disent les observateurs légers et superficiels, que les méchants réussissent, et qu'être honnête c'est se sacrifier. Ceux qui disent cela ont une idée tout à fait grossière du bonheur, qui n'est possible que si on a la conscience pure.

Avant de dire que quelqu'un est heureux, il faut l'étudier et ne pas le juger sur les apparences. Tout ce qui reluit n'est pas or, et les existences brillantes cachent souvent beaucoup de souffrances.

473. L'inévitable sanction. — Faisons bien attention aux sentiments et nous verrons que les malhonnêtes gens qui semblent réussir n'échappent pas à la sanction inévitable de la conscience. Réussir, aux yeux de l'opinion très sotte, c'est faire fortune, ou c'est arriver à une Situation où l'on a du pouvoir sur les autres.

Mais il n'y a rien à quoi on s'habitue plus vite qu'à l'argent, au luxe et au pouvoir : il faut peu de chose pour vivre, et quand on a un logement propre, une table frugale, et des vêtements convenables, le luxe n'ajoute pas grand'-* chose.

Manger du pain et du fromage quand on a de l'appétit est meilleur que de manger des mets rares quand on est trop bien nourri. Il en est de même pour tout : il vaut mieux n'avoir pas de parc et goûter profondément la campagne, que d'en avoir un et de s'y ennuyer.

474. Ce qu'est le bonheur. — Ici nous touchons au problème du bonheur : on est heureux à proportion de l'intensité et de Vélévation des sentiments qu'on éprouve. Or, ni la fortune, ni le pouvoir ne nous donnent des sentiments intenses : un paysan pauvre peut jouir de la beauté du jour et de la nuit, de la paix des forêts et des champs. Il peut aimer, du plus profond de son cœur, sa femme et ses enfants. Il peut savourer quelques-uns des plus beaux livres que les hommes aient écrits.

4^5. La fortune tend à empêcher le bonheur. — Au contraire, la fortune tend à empêcher les sentiments intenses : les oisifs sont blasés; ils ont besoin de distractions, d'excitations. Il est impossible à qui n'est pas obligé de travailler pour vivre, de remplir les seize heures que laisse le sommeil. L'ennui lourd pousse à « tuer le temps » par tous les moyens. Les sentiments de la famille ne peuvent pas même avoir l'intensité qu'ils ont chez les travailleurs où chacun a besoin de tous.

476. — La seconde condition du bonheur, c'est l'élévation des sentiments. Les instincts et les sentiments bas, la gourmandise, le vice, l'orgueil, la cruauté, l'envie, la cupidité causent mille souffrances aux faibles qui en sont esclaves.

On peut les comparer à ces populations malsaines qui habitent des vallées mal orientées, profondes, humides, où le soleil n'apparaît pas de tout l'hiver : les enfants y sont chétifs et peu intelligents. De même, les méchants, les injustes, les vicieux ne sont jamais éclairés et réchauffés par les joies que donne une vie généreuse et désintéressée. Ainsi l'avare, qui n'a jamais pensé qu'à l'argent, a une vie presqu'aussi basse que celle d'un animal qui ne pense qu'à manger. Ses enfants, dans cette vie froide, égoïste, se développent niai : ils vivent d'une vie inférieure, n'ont que des besoins grossiers ; souvent ils tournent mal et sont la punition du père.

477. — Au contraire, le travailleur honnête qui, en toute sincérité et de tout l'élan de son cœur, a choisi de vivre non la vie des animaux, mais celle d'un homme digne, juste, consciencieux, est d'accord avec les meilleurs et les plus fiers des hommes. Sa vie est calme, sûre, sans inquiétude. Tandis que le malhonnête homme habite un marécage, il habite un plateau salubre, qui baigne dans l'air pur et la lumière.

478. Être libre, condition essentielle du bonheur. — Être asservi aux besoins écrasants du corps ; se rabaisser à rechercher les mauvaises satisfactions de la vanité, c'est une servitude honteuse. Ceux qui ont de la dignité ne peuvent supporter aucun esclavage. Ils ne veulent être les valets ni de la paresse ni de la gourmandise ni du besoin d'alcool. Ils ne veulent pas non plus être les laquais de l'opinion, comme les vaniteux. La première condition pour être heureux, c'est d'être libre. Déjà beaucoup d'ouvriers préfèrent leur vie indépendante, toute simple, à la vie compliquée des riches, esclaves de leur propriété et qui ont besoin de domestiques. Plus on a d'objets inutiles dans sa maison, plus on a de besoins, moins on est libre.

479 Les hommes libres. — - Moins on est libre, moins on est un homme.

Au contraire, combien est enviable l'heureuse liberté des hommes et des femmes énergiques qui savent dominer leur corps et leur àme. Ce n'est pas eux que la gourmandise, que l'alcoolisme, le tabac, le vice, la paresse asservissent I Ils font leur devoir : que leur importent les moqueries ou la désapprobation des envieux, des étourdis, des irréfléchis?

480. Enfer et paradis. — Il faut être inattentif pour ne pas voir que dès cette vie les méchants sont en enfer et les honnêtes gens en paradis.

On se figure l'enfer comme un lieu de souffrances, de désespoir. Mais n'est-ce pas vraiment l'enfer que la vie d'un alcoolique malpropre, répugnant, méprisé, qui fait de sa vie de famille une vie de disputes, de désespoirs sans nom?

N'est-ce pas un enfer que la vie sordide de l'avare entouré du mépris et de la haine de ceux qu'il dépouille?

N'est-ce pas un enfer que la vie du paresseux, misérable, à qui tout effort coûte, et qui passe sa vie dans un ennui lourd, étouffant?

48i. — Et n'est-ce pas, au contraire, un véritable paradis que la vie belle et noble d'une femme honnête, bonne, juste, qui élève ses enfants dans le devoir, qui est indulgente, charitable?

Avec l'instruction accessible à tous, une fille de pauvres paysans dans sa chaumière perdue en pleine campagne, peut vivre dans l'intimité des plus généreux et des plus nobles penseurs de l'humanité.

482. Non, ce n'est pas « peu de chose ». — Mais les railleurs disent : « C'est peu de chose que ce bonheur d'être libre, honnête, sincère ». Cela ne vaut pas la peine qu'on se donne!

Il faut regarder en face les moqueries de ces ricaneurs.

Demandez à une maman si c'est peu de chose que la joie que lui donne l'amour pour son bébé? Demandez à l'ouvrier qui rentre si c'est peu de chose que le bonheur qu'il a de retrouver sa femme, ses enfants qui l'attendent et lui font fête? Ce n'est pas peu de chose non plus que de bien réussir son ouvrage, que de causer joyeusement avec un ami.

483. — Croyez-vous qu'une jeune fille n'ait pas un grand bonheur à entendre vanter le courage et la loyauté de son fiancé? Croyez-vous qu'un enfant n'est pas fier de penser que ses parents ont confiance en lui? N'est-ce pas quelque chose que de sentir qu'on a rendu le courage à une personne dans l'affliction ?

Qui n'admirerait un ouvrier qui, rentré fatigué, énervé, irritable, sait cependant se maîtriser et parler avec douceur à sa femme et à ses enfants ?

484. — Est-ce peu de chose aussi qu'un beau lever de soleil, qu'une splendide nuit étoilée? Est-ce peu de chose que de voir un bel enfant, une jeune fille charmante, un vigoureux jeune homme?

Est-ce peu de chose que de lire un livre qui double notre énergie? Devoir un beau dessin, d'écouter un chant émouvant ?

Au contraire, tout cela est très important, car la vie heureuse est faite surtout de belles et pures émotions.

485. — A ces émotions vraiment humaines, qu'opposent nos ricaneurs? Des plaisirs fugitifs et mêlés de bien des souffrances : l'oisiveté qui ne va pas sans un ennui insupportable; la bonne chère, qui alourdit et abrutit; le vice, avec ses fatigues et son écœurement : tous les plaisirs qui nous font esclaves. Ce sont ces plaisirs-là, qui sont peu de chose !

486. Goûtons le plaisir, n'en soyons pas esclaves. — Mais ces plaisirs du corps nul ne propose de les supprimer. Ne dédaignons ni un bon repas, ni un vin excellent : mais un bon repas est meilleur pris avec des amis honnêtes et intelligents.

Nous ne devons pas refuser les plaisirs du corps, mais le danger est grand d'en devenir esclaves. Boire quand on a soif est agréable, mais boire comme l'ivrogne est ignoble. Les plaisirs du corps sont bons à condition d'être modérés et à condition que nous restions libres de pouvoir les mépriser. Les joies de la famille, du bon ouvrier consciencieux, les joies de la beauté, de l'énergie, sont infiniment meilleures : aussi laissons dire aux ricaneurs que c'est peu de chose. Esclaves du corps, ils se moquent des hommes libres et voudraient leur persuader de devenir esclaves comme eux 1

487. — Le plus grand bonheur, c'est le bonheur de l'honnête homme dont la vie est humaine : rien ne vaut la confiance, la paix, la sérénité profonde du juste qui ne redoute que de déchoir.

488. Une revue instructive. — A ce bonheur, comparons les prétendus plaisirs de ceux qui n'ont pas eu l'énergie de choisir une vie libre et humaine.

C'est une revue instructive à passer.

Inutile de s'arrêter devant l'ivrogne, esclave de la boisson ! Laid, la figure ravagée, il fait le désespoir de sa femme, de ses enfants, qui pleurent de honte.

Le gourmand, pour quelques heures d'un repas succulent, a la tête lourde, une nuit agitée, fiévreuse et il prépare les souffrances qui torturent les gens trop bien nourris. L'arthritisme, la goutte et mille incommodités le guettent.

Le paresseux devient si lâche que bientôt les petites corvées de la vie, dont les énergiques ne s'aperçoivent pas,

lui sont plus pénibles que du bon travail. Sans compter que son existence vide est empoisonnée par l'ennui.

489. — Un orgueilleux, qui se croit le centre du monde, souffre constamment, car il n'est jamais traité avec les égards qu'il voudrait.

Laissons de côté l'envieux, méprisé, et qui « jaunit » de voir les courageux se faire une vie heureuse.

Plaignons aussi le menteur qui ne peut prévoir tous les détails qui révéleront ses inventions et qui a la honte de voir que nul n'a plus confiance en lui !

Oui, plaignons ces pauvres habitants de la grotte du chien : à ce niveau bas, il n'y a qu'incertitude ; tous les plaisirs sont mélangés de peine et de chagrin.

490. — Si on observe bien, la souffrance ne manque jamais pour ceux qui choisissent une vie déraisonnable et mauvaise. Le malheur peut frapper ceux qui vivent honnêtement, mais même alors, ils ont plus de réel bonheur que les autres.

491. Le prétendu bonheur de l'injuste. — Examinons le prétendu bonheur d'un injuste qui .« réussit ». D'abord, il n'a plus cette joie qui nous vient de l'accord avec les hommes les meilleurs du passé et d'aujourd'hui.

Il est laid de se rabaisser à être semblable aux méchants, aux esclaves du corps et des « revenants». Il est pitoyable d'être du parti des ennemis de la société et du progrès humain.

C'est comme si, au lieu de fréquenter des amis intelligents et bons, on subissait le contact de gens grossiers et brutaux.

Quelle triste déchéance !

On perd sa dignité d'homme libre pour devenir semblable aux sauvages rusés, violents. On quitte la confiance, la sécurité, la paix d'une vie droite pour la fourberie, le mensonge, l'inquiétude.

Le soir, quand on est seul, comme la vie égoïste doit paraître médiocre! Jamais de sécurité, car on ne peut jamais prévoir les mauvaises conséquences d'un acte immoral.

492. — Un homme honnête a la conscience tranquille. Il est certain d'être approuvé par les hraves gens, et il marche fier et digne.

Au contraire, l'homme malhonnête tremble d'être découvert. Un commerçant qui vole ses clients se sait jugé par ses employés, qui le voleront aussi s'ils peuvent. Ils le « tiennent ». Ils peuvent le menacer, le faire «chanter ».

493. Un exemple illustre. — Un exemple terrible est celui de Napoléon I". 11 a commis un crime pour s'emparer du pouvoir; il a fait ensuite assassiner le duc d'Enghien: jamais il n'a pensé à l'avenir du pays. Poussé par une ambition effrénée, il n'agit que pour étonner. Étranger à toute idée de justice et (l'humanité, il vit dans une inquiétude continuelle à cause des conspirations à l'intérieur et du mauvais vouloir des généraux qui lui doivent tout, mais qu'il a démoralisés par son égoïsme personnel: Environné de flatteurs et de menteurs, il ne peut compter sur personne.

Cet homme tout -puissant n'est pas aimé : s'il ne s'étourdissait par une activité fiévreuse, il serait le plus malheureux des hommes. Un ouvrier aimé par sa femme et par ses enfants, qui a des amis qu'il ne peut pas soupçonner d ambition et de calculs égoïstes, est plus heureux que cet homme condamné à une défiance effrayante.

494. —Inévitablement, dès que la conduite est injuste, c'en est fait de la sécurité, de la confiance et du bonheur.

Un malhonnête homme peut avoir les apparences du bonheur, mais sous ces apparences, quelle misère morale!

495. — Au contraire, les énergiques qui n'acceptent pas d'être esclaves des besoins du corps, les généreux que la vie égoïste écœure, les justes qui ont horreur de faire le mal, sont réellement et profondément heureux.

496. La mort. — La mort frappe parfois quelqu'un parce qu'il fait son devoir, par exemple une femme qui soigne son mari atteint de tuberculose. Beaucoup en sont révoltés et crient au scandale.

Mais c'est mal raisonner sur la mort. Tous nous mourrons, et personne ne sait si en mourant avant notre tour, nous n'échappons pas à une vieillesse pénible.

De plus, la mort étant commune à tous doit être mise « en facteur commun » et quand nous comparons le sort de deux hommes, la mort doit être laissée de côté : seules la beauté et l'énergie de la vie importent.

497. — La mort n'a rien de terrible pour ceux qui font tout leur devoir. « Comme une journée bien employée donne joie à dormir, aussi une vie bien remplie donne joie à mourir », a dit Léonard de Vinci.

498. — Ce qui est terrible au Lit de mort, c'est de penser qu'on a sottement gâté sa vie. Quand le corps va commencer, dans quelques jours, à pourrir dans la terre, le gourmand et le sensuel comprennent combien ils ont été stupides de lui sacrifier le reste. L'avare qui ne peut empor ter son argent prêle à rire, malgré la solennité du moment. Quant à l'orgueilleux arrogant, le menuisier lui prend mesure pour un cercueil, comme aux autres, et cercueil de pauvre, de riche, ou même d'empereur, c'est tout un.

499. Trop tardl — A ce moment, le buveur, le joueur, l'imprévoyant, regrettent amèrement de laisser la femme et les enfants dans la misère; mais, hélas! c'est trop tard !

Au contraire, celui qui a élevé ses enfants dans la sobriété et le courage, qui a aimé sa femme; celui qui a fait son devoir gaîment et vaillamment, s'endort tranquille : il sait qu'il ne meurt pas tout entier, et qu'il vivra dans le cœur des siens.

Ayant toujours agi sans égoïsme, il continue à vivre par ses enfants qu'il aime plus que lui-même. Comme il a travaillé à la grande œuvre humaine, c'est-à-dire à faire plus d intelligence, plus de bonté, plus de justice, il est comme un soldat blessé sur le champ de bataille et qui ne se préoccupe que de savoir si les camarades sont vainqueurs. Qu'importe que je ne sois plus là, puisque mes enfants et mes camarades continueront la lutte contre le mal, la misère, l'ignorance, la méchanceté!

500. Soyons prévoyants. — Pour l'égoïste, imbécile qui se croit le centre du monde, la mort est révoltante.

Au contraire, l'honnête homme, après une vie laborieuse, la souhaite comme un repos.

« Mais pour n'être pas troublé par la mort, faisons notre devoir : ne nous préparons pas de regrets ; ne faisons rien de méchant, ni d'injuste ni chez nous ni au dehors. Soyons prévoyants : assurons la femme et les enfants contre la misère subite amenée par notre mort.

Si nous possédons, réglons nos affaires, faisons notre testament avec une équité qui évitera entre ceux qui restent, toute contestation d'argent et toute désunion1.

1. Faire son testament est un devoir. Il est affreux de me pas donner à la femme, avec qui on a vécu toute sa vie, tout ce que la loi permet de lui laisser : c'est l'affaire de quelques mots datés et signés sur papier timbré de û fr.60 ou même sur papier libre.

5oi. Le chagrin égoïste. — Mais si nous perdons un être que nous chérissons, nous avons vu qu'il est égoïste de se cloîtrer dans son chagrin, comme si le monde entier avait disparu.

Le devoir nous ordonne de nous résigner; on prouvera son amour aux chers disparus en redoublant d'efforts contre la misère, l'ignorance et l'injustice. Si une mère perd son enfant unique, qu'elle s'intéresse à des enfants orphelins ou abandonnés : il n'en manque pas, hélas! Il est mesquin de perdre toutes ses forces à pleurer, quand autour de nous tant de malheurs immérités réclament notre dévouement.

5oa. — Si nos morts pouvaient nous voir, notre chagrin inconsolable les désespérerait : ils nous conseilleraient de vivre courageusement en faisant le plus de bien possible.

Gardons précieusement leur souvenir ; associons-les à nos pensées généreuses : c'est la plus noble façon de les aimer.

5o3. Quel chemin choisir? — Maintenant que nous avons regardé en face la vie et la mort, nous cçmprenons clairement que tous, fillettes et garçons, nous devons, à l'entrée de la vie, choisir entre deux chemins.

Choisirons-nous une vie esclave, grossière, inintelligente, égoïste, injuste, — ou une vie intelligente, libre, digne, juste ?

Les meilleurs et les plus nobles des hommes nous enseignent, par leur exemple, comment nous devons travailler fraternellement, et lutter contre les besoins du corps, contre la misère, contre la violence et la méchanceté. Accepterons-nous d'être semblables aux brutaux et aux malfaisants? Troublerons-nous par nos injustices et par nos méchancetés le bonheur encore si fragile des autres hommes, nos frères ?

5o4. — Réfléchissons avant de choisir notre route. Non seulement notre choix décidera de notre dignité, mais encore de notre bonheur. D'un côté le chemin qui conduit à une vie médiocre, sans sécurité, sans bonheur. De lautre, le chemin qui conduit à une existence pleine, énergique, loyale et profondément heureuse.

Etre heureux, en effet, c'est vivre par l'intelligence et par le cœur la vie droite et belle * juste et honnête, qu'ont vécue les hommes que nous aimons et que nous admirons de tout notre cœur.

Le chemin que nous choisirons, c'est celui qu'ils ont préféré et qui les a conduits à une liberté morale qui est pour nous un exemple de ce que peut l'énergie humaine quand elle est juste et pure.

Sujets à traiter. — Qu'est-ce qu'une sanction ? Quelles sont les sanctions naturelles? Quels sont leurs inconvénients ? Punissent-elles les fautes de conduite ? L'éloge et le blâme sont-ils des sanctions? Danger de la peur du blâme ou de la recherche des éloges- Insuffisance des sanctions pénales. Sanctions futures. Les méchants sont-ils heureux ? Qu'est-ce que le bonheur ? Quelles en sont les conditions? Quelle en est la condition essentielle? Est-ce peu de chose que le bonheur honnête ? Que faire vis-à-vis du plaisir? Montrer combien sont punis les sots qui ont choisi une vie mauvaise. L'injuste peut-il être heureux ? Étudiez l'exemple de Napoléon Ier. Quelles réflexions vous inspire la mort ? Quelles leçons nous donnent la n.ort ? Est-ce une leçon d'imprévoyance ? Quel culte devons-nous à nos morts ? Quel chemin êtes-vous décidé à choisir ?

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