PROQ&AMMB OFFICIEL DB L'ENSEIGNEMENT DE LA MORALE
Ce signe, placé dans la marge, indique les passages spécialement destinés aux écoles de filles.
Sommaire
Nous apprenons ici d'où nous venons. En nous commrant à nos ancêtres préhistoriques, nous mesurons 'immense chemin parcouru par les hommes.
Effroyables étaient leur misère, leur ignorance, leur isolement et trop souvent, leur cruauté !
Il importe de savoir comment, venus de si bas, nous ious sommes élevés si haut.
Nous verrons que c'est par le travail en société (Coo-
xation).
A. — D'où venons-nous ? Servitudes qui pesaient sur nos ancêtres.
i. Chaque enfant doit choisir sa destinée. — La orale étudie comment les hommes sont peu à peu sortis s la laideur, de l'ignorance, de la cruauté, de l'injustice,
pourquoi nous devons nous élever nous-mêmes pour >us affranchir de plus .en plus de l'hérédité qui nous ent des barbares inhumains qui sont nos lointains irents.
Pàyot. — Morale (Élève). *•
a, — Elle étudie comment vivaient ces ancêtres, et nous fait mesurer le chemin parcouru; elle compare avec cette vie inférieure la vie des hommes les plus nobles, les plus heureux, les plus vraiment humains, et qui ont vécu la vie la plus belle, la plus intense, la plus complète, la plus digne de notre admiration et de notre amour.
3. — Chaque enfant doit choisir sa destinée : vivre comme le commande la raison, ou sombrer dans une vie animale. Vivre bon, juste, généreux, ou égoïste, méchant. Vivre une vie belle, lumineuse, ou une vie laide, basse, méprisable.
4. Nous sommes d'heureux héritiers. — Dès notre naissance, sans avoir rien fait, nous bénéficions d'une maison qui nous abrite, de chauds vêtements, d'inventions innombrables: couteaux, haches, scies, etc. Nous nous enrichissons du savoir de millions de savants, de la sagesse des penseurs, de la beauté découverte par les poètes, les musiciens, les artistes, de la bonté révélée par ceux qui ont le plus aimé les hommes.
5. — Mais, il y a des centaines de siècles, les enfants n'avaient, pour habitation, que des cavernes ; ils n'avaient pas de vêtements. Leur ignorance était inimaginable; Us étaient grossiers et malpropres comme des bêtes (Jig. i).
De quels progrès, réalisés jour par jour, pendant des milliers de siècles, nous sommes les heureux héritiers!
Aussi, notre devoir est-il d'augmenter à notre tour le trésor d'inventions, de science, de sagesse, de bonté et de beauté, que nos prédécesseurs ont entassé pour nous.
6. Antiquité de la race humaine. — On croyait autrefois que les hommes existaient depuis six mille ans seulement. 75 vies de vieillards, âgés de quatre-vingts ans, placées bout à bout comme des dominos, rempliraient ces six mille ans.
Fig. 1. — Principale occupation des primitifs : i.v rkciierciie des aliments. (Les Pécheurs de la Vesciv, par F. Cormun.)
On a découvert dans dos prrotfos, sur les bonis do la Vêzôro (Dordoprno), les tracos d'hommes qui vivaient il y a ]ilns de 10 000 ans, rVsi— à— «liro longtemps avant la formation des plus anciennes suciërés. Ils n'avaient d'autre moyen de se nourrir que la chasse et la pèehc. Armés de harpons, ils capturaient les poissons qui passaient à leur portée.
Aujourd'hui, nous savons que des hommes vivaient, il y a peut-être plus de deux cent mille ans; 75 vies de vieillards âgés de 80 ans ne suffisent plus pour nous relier à ces ancêtres lointains : il en faudrait 2 5oo!
7. — Si Ton représente cent ans par une hauteur d'un mètre, si pour chaque siècle, on dresse une nouvelle hauteur d'un mètre, l'antiquité de l'homme sera représentée par deux mille mètres de haut.
Nous voyons quelle durée énorme nous sépare des premiers hommes !
Combien de milliards d'enfants sont nés, ont grandi et sont morts!
L'imagination demeure confondue quand elle se représente cette prodigieuse succession d'enfants et d'hommes sur la terre...
8. Comment vivaient les premiers hommes. — H ne faut pas croire que les hommes qui vivaient à cette époque reculée étaient semblables à nous, ni qu'ils vivaient comme nous. Nous avons quelques renseignements sur eux, sur leur intelligence, sur leur vie en société.
9. — Dès le milieu du xixe siècle, le savant français Boucher de Perthes démontrait; à l'aide d'ossements humains retrouvés dans des terrains dont on savait exactement l'époque géologique, l'existence de populations antérieures à l'histoire la plus reculée. D'autres venaient non seulement confirmer les conclusions de Boucher de Perthes, mais apportaient des détails qui nous permettent aujourd'hui de nous représenter avec certitude l'existence de ces hommes primitifs.
10. — A côté de leurs squelettes, nous avons retrouvé leurs armes, leurs instruments, et même des dessins
naïfs qui ressemblent à ceux que les enfants tracent sur
les murs.
Le seul instrument de nos ancêtres étaitun caillou de silex
taillé sur les deux faces, qu'on appelle coup de poing (Jig. 2). Avec cet instrument, Us ne pouvaient ni couper du bois, ni le scier, ni le fendre ;
™. 0 n ils ne pouvaient enlever
Fig. 2. — Coup de poing r
(Le premier outil). la Peau des animaux, et
c'est un simple caillou de silex taillé par conséquent, ils n'a-
en pointe et sur deux faces. Pendant des yaient aucun moyen de siècles, les hommes no connurent ni A . " J
d'autre arme, ni d'autre instrument. se vêtir même de peaux
puantes. Ils allaient nus, se réfugiant la nuit dans des abris naturels, grottes, cavernes, où nous retrouvons aujourd'hui les traces de leur existence (Jig. 3).
11. La misère des sauvages actuels. — Outre les connaissances directes que nous en avons, nous pouvons, en étudiant comment vivent les sauvages actuels, imaginer ce que devait être l'existence de nos ancêtres.
On trouve près du pôle, ou dans les forêts du Brésil, en Australie, en Afrique, des êtres humains qui vivent dans une misère terrible.
Ils habitent des forêts inextricables, coupées de marécages. Pas de routes : des sentiers constamment envahis par les ronces. Quel isolement!
Partout autour, des tribus hostiles, et, plus près, les bêtes féroces, les tigres, les reptiles venimeux.
Leur nourriture est grossière, peu variée. Ils n'ont que de misérables ustensiles de cuisine.
Ils logent dans des huttes de branchages et de terre glaise, où le froid, la bise aigre, la pluie pénètrent ; c'est qu'ils n'ont ni scies, ni haches, ni outils bien aiguisés, et
ils ne peuvent travailler ni le bois ni la pierre. Ils ne connaissent pas le mortier.
Les vêtements sont insuffisants : beaucoup de sauvages n'en ont pas. Les Fuégiens vont nus sous la neige ; les Yakoutes dorment « sans abri, à peine vêtus, le corps parfois couvert d'une épaisse couche de givre ».
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Fig. 3. — Premières habitations humaines: les grottes (Grotte de la Momie dans les gorges du Tarn). Creusées par l'eau à l'intérieur des montagnes calcaires, les groties, les cavernes, ont été les premiers abris naturels de l'homme contre ses ennemis, les animaux féroces les intempéries, etc. Ces races primitives ne ■avaient pas encore construire des habitations.
Leurs huttes sont enfumées, obscures, d'une saleté repoussante, et, durant les longues nuits d'hiver, ils n'ont aucun moyen de les éclairer...
12. — Comparez leur sort avec le nôtre! Nous habitons une maison tiède l'hiver ; nous avons de chauds vêtements, de bons souliers, une nourriture saine et appétissante.
Nous sommes entourés de soins, couchés dans un bon
lit propre, éclairés au gaz, à l'électricité, ou du moins nous avons de bonnes lampes claires, et le soleil entre à flots par nos fenêtres.
Imaginez quelles souffrances vous éprouveriez si vous n'aviez ni savon, ni cuvette, ni broc d'eau, ni serviettes, ni linge, ni vêtements, ni fourchettes, ni cuillères, ni couteaux, ni assiettes, ni fourneaux pour la cuisson des aliments, ni draps, ni sommiers, ni matelas, — ni lampe pour le soir, — ni livres !
Cependant, ces sauvages qui vous paraissent si misérables, sont bien supérieurs aux hommes qui vivaient il y a plus de cent mille ans, car ils ont des armes perfectionnées, l'arc, la flèche, etc.
i3. Faible intelligence de certains sauvages. — L'intelligence de beaucoup de sauvages actuels n'est guère supérieure à celle des bébés de l'école maternelle.
Ils savent à peine compter jusqu'à cinq. Leur langage n'a pas, comme le nôtre, des verbes avec le présent, le futur, le passé, et des nuances dans le passé et le futur. Il n'a ni nos propositions, ni nos mots innombrables. Il est si pauvre chez certaines peuplades qu'on ne peut se comprendre quand il fait nuit, parce que c'est surtout par gestes qu'on communique.'
Ces malheureux ne savent pas mesurer un temps un peu long : aucun ne sait son âge. Tandis que nous pensons déjà à ce que nous ferons dans cinq ou six ans, ils n'imaginent pas leur vie au delà d'une saison.
Naturellement ils ne savent pas écrire, et ils ne peuvent communiquer leur pensée qu'aux personnes de leur entourage. A nous, le journal apporte jour par jour des nouvelles du Japon, de la Russie, de l'Amérique.
i4- Leur isolement. — Ces pauvres gens sont isolés : ils n'ont pas la possibilité de lire, et ils ne peuvent,
comme vous, étudier la géographie de la Terre entière, l'histoire de leur pays, ni connaître ce que les plus savants, les plus sages de l'antiquité et de notre temps ont pensé. Ils sont bien plus ignorants qu'un illettré vivant près de nous, car les illettrés, par la conversation avec les gens instruits et par les progrès dont ils profitent, bénéficient du savoir des autres.
i5. Nos ancêtres vivaient dans la terreur. — Nos ancêtres n'avaient pas découvert que l'univers obéit à des lois. Vous savez, par exemple, que personne ne peut échapper aux lois de la pesanteur. Si on vous racontait, comme aux petits de l'asile, que saint Nicolas, la nuit de Noël, se promène dans les airs avec son âne chargé de jouets pour les enfants, vous souririez. Les peuplades ignorantes croient à mille absurdités semblables : elles croient que leurs sorciers connaissent l'avenir.
Nos grands-parents vous raconteront que, de leur temps, on avait encore peur des feux follets : aujourd'hui, vous savez que rien n'est plus naturel, mais les sauvages ne peuvent s'expliquer ces faits si simples. Ils croient que les revenants peuplent non seulement les cavernes, les montagnes, les étangs, les forêts, les fourrés, mais que les lieux habités eux-mêmes en sont infestés; ces esprits malfaisants rodent autour d'eux et leur font mille mauvais tours : aussi ces ignorants vivent-ils dans la terreur.
Aujourd'hui, nous n'avons plus ces croyances absurdes: nous savons qu'il n'y a pas d'esprits, de revenants et que rien n'arrive que par des raisons aussi sûres que les lois qui provoquent la lumière des feux follets.
16. Ils ne sentaient pas la beauté. — D'autre part, vivant au milieu de la nature, ils n'ont compris ni sa
grandeur ni sa beauté. Les grands poètes, les peintres, les voyageurs pleins d'enthousiasme ont révélé peu à peu aux hommes la splendeur des levers et des couchers de soleil, la beauté des étoiles, des nuages, des grands horizons. Il a peut-être fallu qu'enfermés dans les villes, les hommes eussent souffert d'être privés des spectacles de la nature pour en sentir la magnificence (Jig. 4).
17. Nos ancêtres, inférieurs aux sauvages. — L'intelligence des premiers hommes devait être moindre encore que celle des sauvages. Leur crâne était très bas, et ils devaient être plus brutaux et plus stupides que les sauvages les plus à plaindre. Ils savaient à peine parler; ils ne soupçonnaient pas l'étendue du monde qu'ils habitaient; leur ignorance était comme une nuit sombre. La terreur, lorsqu'il tonnait ou ventait, devait leur faire battre le cœur.
18. — Qui sait combien il fallut de siècles pour que les plus intelligents substituassent au simple caillou le « coup de poing », la première arme et le premier instrument humain : instrument si grossier, nous l'avons vu, qu'il était impropre à dépouiller les animaux de leur peau.
19. — Ils ne pouvaient se défendre contre les ennemis redoutables qui les menaçaient : reptiles, éléphants, rhinocéros, loups innombrables, ours, et surtout le machairodus avec ses canines en lames de poignard, plus terrible que les tigres !
Réduits à l'embuscade, que de fois, faute d'armes, ils devaient souffrir les tortures de la faim ! Tandis que nous dormons dans nos lits chauds, les mineurs travaillent à extraire du charbon pour le poêle, les mécaniciens à conduire les trains qui apportent des aliments et des
Tetements ; la mer est sillonnée de navires chargés decacao, de café, de sucre (fig. 5). Le monde entier travaille pour nous. Imaginez, par contraste, quelle pouvait être, pour nos lointains ancêtres, au fond de leurs cavernes, l'horreur des longues nuits d'hiver! Au dehors, les rugissements des fauves, les embûches des hommes plus redoutables
Fig. 5. — L'activité moderne : un port de commerce et sa gare maritime (Boulogne-sur-Mer).
Que penseraient nos ancêtres, souvent décimés par la famine, s'ils voyaient nos grands navires à vapeur nous apporter les denrées du monde entier? De jour ou de nuit, les marchandises sont transbordées rapidement des navires dans les trains et sont expédiées par voies ferrées à travers les continents.
encore que les animaux, un monde tout entier ennemi, et de toutes parts d'immenses et inextricables forêts, des marécages et l'inconnu.
ao. Paresse des sauvages. — Les sauvages sont très paresseux. Le travail leur est si pénible qu'ils ne peuvent le supporter quand il demande un peu d'attention, surtout si cette attention doit durer. Rappelons-nous d'ail-
leurs combien on a de peine à fixer l'attention des petits àFécole!
Les sauvages ne pensent généralement à rien, et leur vie est toute de routine.
ai. Cruauté. — Les hommes des temps préhistoriques vivaient par tribus. A l'égard des hommes des autres tribus, ils étaient d'une cruauté terrible.
Sans doute, dans leur tribu même, ils devaient traiter les femmes, plus faibles, avec rudesse. Ils devaient être très durs par défaut d'intelligence : c'est ainsi que les enfants sont souvent cruels parce qu'ils n'imaginent pas la douleur qu'ils infligent.
Aussi, quand nous trouvons sur les squelettes des hommes de Yâge de la pierre, des traces d'affreuses blessures, nous pouvons penser que les dangers les menaçaient de toutes parts et que, nécessairement, ils devaient être violents et impitoyables.
Oui, enfants, voilà de quels ancêtres nous sommes partis.
Sujets a traiter oralement ou par écrit. — Quel héritage faisons-nous en naissant? Comment vivaient les premiers hommes? Quels outils avaient-ils? Comparez l'existence de nos ancêtres avec la nôtre. Comparez nos ancêtres avec les sauvages actuels.
B, — Comment la coopération nous a affranchis.
Sommaire ™~™
Tous les progrès humains sont dus à la coopération. Quelle lenteur d'abord! Mais les découvertes capitales du feu, du fer, de la barque, puis, bien après, de l'écriture, du papier, de l'imprimerie, ont étendu la coopération et accéléré le progrès.
22. La coopération. — Dans les temps lointains, les hommes étaient semblables aux animaux les plus farouches; ils étaient grossiers, sales, laids, ignorants, superstitieux, paresseux, cruels. Comment ont-ils pu s'élever jusqu'au degré d'intelligence et de délicatesse où atteignent les meilleurs d'entre nous?
Par la coopération.
Coopérer veut dire : travailler ensemble à la même œuvre.
23. Les animaux ne coopèrent pas. — Les fourmis, les abeilles, les castors, travaillent ensemble; aussi ce que font ces animaux, étant donné leurs moyens, est-il parfait, mais leurs travaux sont toujours les mêmes.
La plupart des animaux ne coopèrent pas : les chiens, par exemple, une fois leur éducation faite par les chiens adultes, ne progressent plus guère. Les connaissances acquises par les chiens les plus « intelligents » d'Allemagne, des Indes, des États-Unis, ne profitent pas aux chiens de notre village.
24. Les premiers progrès. — Durant de longs siècles, les hommes ont vécu, séparés par petits groupes hostiles jentre eux.
Peu à peu, les plus intelligents perfectionnèrent les armes de chasse, les divers outils.
A la hache de silex, grosse et lourde, succéda une arme ou un outil plus soigné, d'un travail plus fini (Jig. 6).
Fig. 6. — Les premiers Puis vinrent des lames de pierre perfectionnements : les pouvant racler, puis de vrais couarmes, les outils. teaux de pierre, et enfin, quel-
fiiKelm^s'cef"^ qU'Un imagilla de Se servir d'os.
grand progrès). On put avoir ainsi des instru-
ments pointus, propres à percer des trous, et des instruments tranchants.
Il était désormais possible d'éplucher les légumes, de dépouiller les animaux de leur peau et de leurs intestins.
Mais vous trouveriez peu commode de faire la cui-
Tsine avec les grossiers vases de terre d'alors ! Qui sait combien s'écoulèrent de siècles avant qu'un I inventeur intelligent ait imaginé une aiguille! Sans doute, il détacha d'un os une longue esquille ; il l'arrondit et la polit patiemment avec un couteau de silex. Puis il l'usa sur du grès pour aiguiser la pointe. Avec un silex très pointu, et grâce à quelle patience, il parvint, après combien d'essais, à percer le chas !
Les aiguilles se cassaient souvent. Elles ne servaient cependant qu'à passer le fil dans des trous percés d'avance dans les peaux d'animaux au moyen d'un silex pointu. Durant des milliers d'années, on n'eut pas d'autres aiguilles, et les Romains eux-mêmes n'en ^ eurent pas de meilleures !
a5. — Les inventions faites par les plus intelligents, perfectionnées ensuite par les plus ingénieux, par ceux qui étaient habiles de leurs mains, améliorèrent peu à peu les outils, les ustensiles, les vêtements, les armes (fronde, arc et flèches) : mais il fallut des centaines de siècles de progrès incessants pour arriver à Tétat de civilisation des Gaulois, qui cependant nous paraissent si arriérés !
26. Le feu. — Une grande découverte fut de produire du feu en choquant deux silex pour enflammer de l'amadou. La terreur de manquer de feu a été telle que, chez les anciens Romains, on enterrait vivantes les Vestales qui laissaient éteindre le l'eu sacré dont elles avaient la garde [fig. 7).
Plus tard, la veilleuse trouvée, chacun l'alluma et la mit sous la protection du dieu de la maison. Les veilleuses qui brûlent dans les églises sont un vestige de ce respect du feu et de
Fig. 7. — La rareté du feu {Une Vestale au temps des Romains, par II. Le Roux).
La terreur do manquer de feu — au temps où on ne connaissait pas les allumettes — avait fait instituer des prétresses (Vestales) chargées d"entreteuir des foyers toujours allumés.
la peur d'en manquer.
27. Le fer. — Une autre grande découverte fut celle du fer. Le jour où l'on sut fondre le minerai marqua un pas gigantesque dans l'histoire de la civilisation:
l'homme posséda bientôt la hache, le couteau, la scie.
28. La barque. — Les hommes, séparés par d'immenses forêts, par des fleuves, des marécages, étaient isolés. Il n'y avait pas de routes. Quels services rendirent les hommes de génie qui inventèrent la barque et les audacieux qui osèrent affronter les rivières et la mer, malgré le9 dangers, malgré surtout les superstitions et les légendes effrayantes ! Grâce à eux, les hommes profitèrent des découvertes des autres peuples et la coopération humaine fut bien élargie,
39. L'écriture. — Mais si les inventions utiles se transmettaient de proche en proche par l'imitation, les observations et la sagesse des meilleurs risquaient de disparaître avec eux. Cette perte de pensée fut arrêtée par l'invention de l'écriture (Jig. 8). Un exemple suffira pour en montrer les bienfaits : 200 ans avant Jésus-Christ, un géomètre grec passa des années à étudier les propriétés de certaines lignes.
Dix-huit cents ans plus tard, grâce à ces travaux conservés par récriture, on découvrit les lois des mouvements des astres, ce qui permit aux navigateurs de calculer où ils étaient en mer. On osa dès lors aller en plein Océan.
3o. Le papier. — La découverte du papier fit remplacer les rouleaux de papyrus, très chers et très incommodes, par des cahiers. Enfin l'imprimerie permit de multiplier les livres, de les vendre à bon marché et de créer des multitudes de revues et de journaux. Aujourd'hui, les inventeurs, les savants, les penseurs du monde entier collaborent, et les progrès deviennent de plus en plus rapides : ainsi l'un inventant la chaîne, un autre le roulement des essieux sur billes, un autre la chambre à air, un autre des freins commodes, etc., la bicyclette est devenue, en quelques années, presque parfaite.
Après l'invention du papier, que de millions de perfec-
Le premier système d'écriture fut la représentation des objets ou des animaux par la gravure.
Rkmnb gravé sur une corne (Époque des cavernes).
A la gravure qui était le système le plus simple succéda la représentation par le dessin.
Poisson, oiseau, têtard (Caractères primitifs chinois).
Les hiéroglyphes sont des dessins simplifiés inventés par la civilisation égyptienne.
TÎ ÎTT Hî K~ HE <îf <<
C'est d'Asie que vient l'écriture dite cunéiforme. Des groupes de bâtonnets correspondent a des sons.
Inscription assyrienne cunéiforme.
En Amérique, l'antique civilisation péruvienne inventa les quippos qui ne sont que des signes pour aider la mémoire.
Ce sont des cordelettes de couleurs différentes avec nœuds plus ou moins compliqués.
QUIPPO PÉRUVIEN.
Fig. 8. — ■ Les origines de l'écriture.
Différentes formes des écritures primitives
(d'après Ph. Brrgrr, L'Ecriture dans V Antiquité).
tionnements il a fallu pour permettre à nos machines d'engloutir des, bûches de bois venues de Sibérie et de les transformer en beau papier blanc I
Après Tinvention de l'imprimerie, de la gravure, que de millions de perfectionnements ont permis de fondre les caractères et de fabriquer les machines qui impriment plus de vingt mille journaux en une heure !
Il a fallu des millions de savants, pour inventer et perfectionner l'écriture, et pour enrichir la langue que nous parlons.
3i. Bienfaits innombrables de la coopération. — Cette coopération des hommes qui ont vécu avant nous et des hommes qui vivent à l'heure actuelle, il serait facile de la suivre dans les perfectionnements successifs de la charrue, des batteuses, des faucheuses ; dans le perfectionnement des machines à tisser les vêtements; dans celui des appareils de chauffage, d'éclairage, etc.
3a. Regardons notre atlas avec respect. — Nous devrions avoir, à la vue de chaque objet, le sentiment des souffrances et des efforts qu'il a coûtés. Voici une carte du globe terrestre. Des millions d'hommes ont travaillé, ont réfléchi et sont morts de misère pour que nous ayons cette carte dans notre atlas d'écolier.
Il a fallu d'abord inventer et perfectionner les moyens de représenter sur une feuille de papier la Terre qui est ronde.
Ensuite, chaque fleuve tracé sur la carte de l'Afrique représente la fièvre ; les embuscades meurtrières ; la lutte contre les reptiles, les tigres; des marches parla chaleur accablante, dans d'inextricables forêts vierges.
Chaque ligne tracée sur la carte du nord de l'Amérique a coûté d'horribles souffrances dans les longues nuits glaciales du pôle : c'est Hudson qui y périt; Ross qui y fut bloqué quatre hivers ; John Franklin perdu avec ses 129 compagnons; Andrée parti en ballon en 1897 et dont on n'a plus de nouvelles ; Nansen qui faillit mourir de froid et
de misère. Malgré ces efforts héroïques, il reste au pôle un espace égal à la moitié de l'Europe, où nul explorateur n'a pénétré encore.
33. — Souvenons-nous aussi de l'héroïque audace de Christophe Colomb et du désespoir de ses équipages lorsque, pendant des semaines et des semaines, on allait sans découvrir de rivage (1492). Sur 239 hommes partis avec Magellan qui découvrit l'Océan Pacifique, 21 seulement revirent leur pays !
Nous pouvons maintenant imaginer ce que contient d'efforts, de souffrances et d'héroïsme une carte de géographie I
34. Aimons nos livres. — Que de patience, de souffrances, de courage, de sacrifices, de sang, représentent les quelques pages d'un manuel d'enseignement civique ! Là sont inscrites la dignité, la sécurité, les libertés arrachées à leurs oppresseurs par les paysans, par les ouvriers.
Ouvrons avec émotion les humbles livres d'écolier qui renferment en eux tant de vaillance humaine, tant de longs travaux patiemment supportés, tant d'efforts des plus humbles comme des plus illustres ! Chacun de ces livres est une preuve de la coopération solidaire des hommes de toutes les générations. Inconnus ou connus, les morts sont des amis qui travaillent avec l'enfant quand il étudie penché sur ses livres ! Tous, par leur labeur, leurs efforts persévérants, leurs souffrances, ont contribué à rendre notre vie plus heureuse, notre intelligence plus puissante, notre liberté plus complète, et plus respectée notre dignité. Ce sont les morts, dont autrefois on avait peur, qui sont nos bienfaiteurs, nos protecteurs, nos amis.
Sujets. — En quoi consiste la coopération? Indiquer quelquesuns de ses résultats. Que savez-vous sur le feu? sur le fer? sur l'écriture? sur le papier? sur vos livres?