‹ La morale à l'écoleChapitre 6 sur 35 · C. — Les grandes conquêtes de la coopération · texte numérisé non relu

C. — Les grandes conquêtes de la coopération

* Sommaire

i° Grâce au travail en société (coopération), les hommes sont moins esclaves de la nature. Ils ont construit des maisons, lutté contre la souffrance, amélioré la nourriture ;

2° Ils sont plus libres, c'est-à-dire plus raisonnables, moins tyrannisés par les « revenants » ;

3° Ils se sont affranchis jusqu'à penser librement;

4° Ils ont conquis la liberté politique. L'enfant, la femme, la jeune fille, si malheureux autrefois, sont enfin protégés.

Telles sont les plus belles conquêtes des hommes.

i° La conquête de la nature.

35. L'homme s'affranchit de l'esclavage de la nature. — Nous avons vu que les hommes des époques très anciennes vivaient dans le danger et la misère : à peine vêtus, ils ne pouvaient se défendre du froid, de la bise, de la neige, de la pluie, des maladies.

La connaissance des lois de la nature nous permet de ne plus trembler devant les forces physiques. Nous devenons les maîtres de la nature.

Les progrès se multiplient. En 1829, pour la première fois, l'homme a obtenu, en créant la machine à vapeur, une vitesse plus grande que celle du cheval. Aujourd'hui

es

nous allons en quelques heures, et par les nuits les plus obscures, de Paris à Marseille 1

36, La foudre domestiquée, — La foudre, dont nos ancêtres avaient une si grande terreur, nous l'avons apprivoisée : QU i836, nous l'avons contrainte à porter notre pensée au loin, (télégraphe électrique). En 1874, elle transmet la voix humaine (téléphone). Nous lui faisons

Fîg. 9. — AMBROISB PARÉ

Le chirugien Paré eut le premier Tidée de la ligature des artères.

Fig. 10. — LOUIS PASTEUR

Pasteur est un des plus grands bienfaiteurs do l'Humanité.

traîner nos tramways et, en 1896, on crée la première locomotive électrique.

37. Nos maisons. — Plus de huttes humides, froides, enfumées : la lumière pénètre à flots dans nos maisons, grâce à la découverte du verre à vitres, et la fumée s'en va par les cheminées. La nuit ne nous opprime plus, car nous pouvons nous éclairer.

38. Lutte contre la souffrance et la maladie. — La douleur, la maladie et la mort même reculent. Avant Ambroise Paré {fig. 9) qui découvrit la ligature des artères, on brûlait au fer rouge les chairs dans les amputations. La douleur était horrible et les difformités épouvantables. On cautérisait les plaies à l'huile bouillante.'

En 1846, on trouva l'anesthésie et cela permit d'abolir la douleur pendant les opérations. Mais il y a 35 ans (1869), 80 amputés sur 100 mouraient. Pasteur (fig. 10) découvrit la cause de l'infection et Lister, par la désinfection parfaite des instruments, des mains, des tabliers des opérateurs, supprima la gangrène. Aujourd'hui les opérations réussissent presque toujours. On parvient souvent à refaire les os brisés : on coupe rarement un membre. La petite vérole, la rage, le croup sont à peu près vaincus. Nous pouvons prévoir que la suppuration, la tuberculose, la fièvre typhoïde disparaîtront. On n 'aura plus que les maladies qu'on s'attirera par l'intempérance, par l'oubli des lois d'hygiène ou par un souci maladif de ses « bobos » .

39. La création du blé. — Pour notre nourriture même, que de progrès ! Le froment, le maïs, la lentille, la fève n'existent pas à l'état sauvage. Ce sont des plantes créées par les soins, la culture, l'intelligence de millions d'agriculteurs. Les poires fondantes, les pommes sucrées, proviennent de fruits autrefois acides : ce sont encore des créations. Que de choix dans les produits de moins en moins mauvais; que de patience, que de confiance en l'avenir il a fallu pour transformer quelque baie sure en raisin savoureux!

Oui, pour créer le blé et le raisin, il a fallu l'intelligence de bien des observateurs; la volonté patiente, la foi en l'avenir de bien des hommes qui sont morts inconnus.

40. Créations futures. — Quand les paysans seront instruits, quelles céréales, quels légumes, quels fruits, quels animaux on produira dans l'avenir par des sélections et des cultures intelligentes ! La puissance de l'homme grandit de plus en plus vite, parce que tous collaborent et Ton remplirait des pages à citer les races, les arbres, les plantes, les fruits empruntés à l'Australie,

LA CONQUÊTE DE LA LIBEKTÉ HUMATNE 25

à l'Amérique, à la Chine, au Japon. Quand les hommes, au lieu de s'entre-tuer, s'entr'aideront et comprendront qu'ils sont tous des collaborateurs, quelle abondance régnera sur la Terre !

4i. Nous pouvons être fiers. — Que de chemin parcouru depuis Tâge reculé du coup de poing préhistorique! Que de magnifiques conquêtes faites par la coopération! A voir les prodigieuses découvertes des cent dernières années, nous pouvons être fiers en songeant quelle liberté illimitée le travail commun prépare pour les enfants de nos enfants !

2° 1m conquête, de la liberté intérieure sur les <( revenants ».

4a. Un mauvais héritage. — Souvent un petit enfant, à propos d'une contrariété insignifiante, entre dans une colère violente, véritable accès de folie. Plus grands, les coléreux seront capables de donner, sans le vouloir, un mauvais coup à un camarade.

D'où vient que des enfants sont si violents?

Pourquoi tant d'autres sont-ils gourmands, paresseux, peureux, etc.?

C'est que les enfants ressemblent à ce qu'étaient dans leur enfance les parents, et les parents ressemblent à leurs aïeux : en remontant dans le passé, nous voyons que nous descendons des hommes grossiers des temps préhistoriques. Nous avons hériui de leur violence, de leur paresse, de leurs terreurs.

Beaucoup de ces ancêtres étaient moins raisonnables que les enfants d'aujourd'hui.

43. On peut maintenant compter sur nous. — En somme, un enfant raisonnable peut compter sur lui-même.

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Il sait qu'il peut être maître de lui, qu'il peut surmonter sa gourmandise, ses accès de colère, sa paresse.

De même, ses parents, ses maîtres, ses camarades peuvent compter sur lui. Ils savent qu'il peut résister à ses mauvaises passions. Trop souvent nos ancêtres ne pouvaient pas compter sur eux-mêmes, et personne ne pouvait compter sur eux. Dans leurs accès de fureur, ils voyaient « rouge » et tuaient.

44. La raison a eu de la peine à triompher. — Pourtant, il fallait vivre en société. Aussi, pendant des milliers d'années, les chefs ont dû infliger aux brutaux insociables des châtiments et des tortures pour leur apprendre à modérer leurs violences, à devenir maîtres de leurs passions. Oui, il a fallu des siècles de punitions cruelles pour enfoncer dans les mémoires rebelles quelques « je ne dois pas » : je ne dois pas tuer, je ne dois pas voler, je ne dois pas mentir, etc. Peu à peu la violence des hommes fut apaisée : on put compter sur eux, sur leurs promesses, sur leur parole.

45. Ceux sur qui on ne peut pas compter sont des inachevés. — Hélas! il y a trop de gens aujourd'hui encore, sur qui on ne peut pas compter. Nos criminels sont semblables aux barbares ancêtres : leur haine et leur cupidité les aveuglent et, oubliant toute raison, ils tuent ou ils volent. Sans aller jusqu'aux criminels, n'y a-t-il pas des enfants à qui la gourmandise fait oublier leurs promesses? N'y a-t-il pas des paresseux qui ne peuvent pas compter sur eux mêmes et sur qui on ne peut pas compter, parce qu'ils n'ont pas le courage de se lever matin, ou de travailler par un froid vif ou par un soleil brûlant ?

Or, celui sur qui on ne peut pas compter, est imparfait, inachevé.

46. La cour du roi Pétaud. — Une classe indocile, où personne n'écoute» où chacun parle et fait du bruit, n'est

pas une classe : de même si la raison n'est pas maîtresse chei un fenfant, si c'est tantôt la gourmandise ou la colère, tantôt la paresse, l'orgueil ou l'envie qui commandent en lui, il n'est pas unepersonne, mais une cour du roi Pétaud. Mauvais élève, mauvais ouvrier, mauvais mari, mauvais père, mauvais citoyen celui qui n'est pas sûr de rester raisonnable quand il le faut ; tel l'ivrogne qui oublie sa dignité et ses devoirs envers sa femme et ses enfants.

4-y. Nos revenants. — Les superstitieux ont la terreur des revenants. Ils croient que des morts méchants peuvent les tourmenter :

oui, les morts malfaisants continuent à vivre, mais c'est au plus profond de nous-mêmes, dans nos mauvais instincts, dans notre violence, notre cruauté, notre paresse, etc.

Fig. 11. — LA LUTTE CONTRE LES « REVE- NANTS » (La légende de saint Georges, petite mosaïque du x.e siècle. Musée du Louvre).

Les anciens ont fréquemment représenté des luttes entro des personnages légendaires et des monstres fabuleux. C'est le symbole de nos luttes continuelles avec nos mauvais instincts, nos revenants. Cette lutte est symbolisée ici sous la forme d'un cavalier, saint Georges, qui terrasse un dragon.

48. La lutte contre les démons. — Au moyen âge, on représentait saint Antoine avec un cochon sous les pieds, pour montrer qu'on ne devient un saint qu'à la condition d'avoir vaincu ses vilains instincts. D'autres saints sont

représentés comme saint Georges terrassant un dragon [ (fig. 1 1) ; d'autres luttent contre les démons. Chacun de J nous fait de même, car, pour devenir des hommes, nous devons lutter contre des démons, des revenants immondes ou méchants. Ces démons, ces animaux, ces revenants, ce sont la lâcheté, la paresse, la violence, l'orgueil, Venvie. Ceux qui ne luttent pas ne deviennent jamais des hommes raisonnables et si on voulait les représenter, ils n'auraient pas un cochon sous les pieds, ils ne terrasseraient pas le dragon ni ne feraient fuir le diable : ce sont eux qui seraient piétines par le cochon, roulés par le dragon ou fouettés par les démons : joli tableau qui leur ferait bien de l'honneur!

49. Sachons lutter. — Aussi devons-nous lutter pour ennoblir nos penchants. De même que l'homme a transformé un épi sauvage en froment, de même nous pouvons transformer notre violence en courage et en initiative, épurer nos sentiments, convertir notre orgueil en dignité. On n'y arrive pas sans luttes et sans échecs, mais quand on le veut, on le peut.

De même que l'homme a dompté le cheval sauvage et qu'il l'attelle à sa voiture, nous pouvons dompter nos passions, nos « revenants » , nos démons et les obliger à se laisser conduire par la raison.

3° La conquête de la liberté de penser.

5o. Le livre est un libérateur. — Imaginez au moyen âge la vie d'un paysan illettré dans un village isolé : il n'avait ni livres, ni journaux. Aucune idée de l'étendue du monde ; ignorance complète de ce qu'on fait et de ce qu'on pense ailleurs. 11 était prisonnier des routines, des préjugés, des superstitions.

La découverte de l'imprimerie fit cesser cet isolement. Grâce aux livres, un enfant, dans son village très éloigné de toute ville, peut lire les livres des plus grands et des plus hardis penseurs. Gomme un prisonnier devenu libre, il s'évade des routines, des préjugés, des superstitions, des croyances reçues sans examen, des terreurs . qui accablent les ignorants. Il profite des efforts, des idées, des découvertes du monde entier.

5i. L'école obligatoire nous fait libres. — Une immense liberté, voila le don que la République, en fondant l'instruction laïque, gratuite et obligatoire, a fait aux travailleurs, aux paysans. Elle a voulu que l'enfant de l'ouvrier le plus pauvre pût former sa pensée dans la fréquentation des plus généreux, des plus purs. La liberté de penser n'a plus d'autres limites que celles de l'énergie qui cherche la vérité. Le nombre grandit de ceux qui ne reconnaissent d'autre souveraineté que celle de la Raison.

4* La conquête de la liberté politique.

5a. L'enfant est protégé. — La Révolution française a été un effort héroïque pour affranchir les ouvriers, les paysans opprimés et exploités par une aristocratie corrompue et gaspilleuse. Aujourd'hui, nul n'a le droit d'abuser du travail de l'enfant, qui est protégé. Il est interdit de le faire travailler dans les usines ou les chantiers avant i3 ans ; il est interdit de le faire travailler la nuit; on ne doit pas le faire travailler plus de dix heures par jour, coupées d une heure de repos. On ne doit pas lui faire porter des fardeaux pesant plus de dix kilogrammes. Cinq kilogrammes sont le maximum pour les jeunes filles1.

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