‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 134 sur 138 · BsqiàsK ffune morale, ibld · texte numérisé non relu

BsqiàsK ffune morale, ibld

S. Ibld., cil. 111.

3. Voir M. Alfred Pouîtlée, la Liberté el te tHleitninùme, 2< édilion, et lu Critigue deityttimei de morale coniemporaitxt.

CONCLDStON 427

Or, nous le savons, le système du plaisir ou de l'inlérét, quels qu'en soient d'ailleurs les mérites et les côtés vrais, tend par essence à fortifier en nous la part de la nature instinctive, pour supprimer celle de la volonté consciente. Cette tendance essentielle, déjà inhérente au principe du système, nous l'avons retrouvée dans toutes ses conséquences. L'homme que conçoivent les utilitaires trop exclusifs et pour qui le mal suprême serait la douleur, nous l'avons mis en présence d'autrui : il ne peut aimer, il ne peut se dévouer que par erreur; il ne peut être moral que par le dehors. Ni l'idéal à réaliser, ni la vérité à trouver et à répandre ne peuvent réellement le faire sortir de son intérêt : tout avenir de moralité véritable semble lui être fermé à jamais.

Aussi, nous l'avons vu, lorsque dans le domaioe des ' habitudes iuconscientes et des instincts l'utilitarisme cherche un principe d'obligation, ou plutôt de contrainte, pour nous faire accomplir le bien et le beau, un intérêt qui nous amène à nous désintéresser, un égoïsnie qui nous amène à l'altruisme ; lorsqu'il cherche dans le foncf le plus humble de notre être la force qui doit nous faire monter plus haut que nous-mêmes, il demeure le plus souvent impuissant, et avec Hobbes, Helvétiusi d'HoLbach, comme avec Ben- ■ tham, Stuart Mill, Bain, comme avec Darwin et Spencer eux-mêmes , il semble tourner dans un cercle qu'il n'a pu encore ni éviter, ni briser, ni franchir. En vain, pour pousser l'être moral comme par derrière, Darwin et Stjencer font appel à toute la série des êtres qui l'ont précédé et aux habitudes instinctives qui sont l'héritage accumulé des générations. Ils parlent à l'individu au nom des espèces et des genres; ils s'efforcent de régler les actions de l'homme par les mêmes lois simples qui règlent les mouvements de la nature visible. Mais l'homme est peut-être plus difficile à conduire que les forces de la nature; on maîtrise et on dirige plus facilement celles-ci que les mouvements de la volonté. Peut-être la pensée humame pourra-t-elle parvenir à repenser tout l'univers, à deviner tous les rouages du grand mécanisme; peut-être même, un

Iour, si la matière du monde était (wnnée à l'homme, 'homme serait devenu capahie, en lui imposant les lois découvertes par sa science, d'ordonner cette matière et de créer un nouveau monde, non moins harmonieux que l'ancien, où les sphères, sans s'entrechoquer jamais, reprendraient leurs mouvements, recommenceraient la symphonie

, m U MORALE ANGLAISE CONTEMPORAINE

de l'univers. Mais, même alors, il n'est pas sûr que l'homme, par des moyens purement physiques, put inLroduifo l'Iiarmouie dans le monde humain, gouverner les volorilés, empêcher qu'elles ne s'entre-choquent et ne se brisent. Là, tout le génie de la nature, surpris et compris par l'homme, pourrait échouer. Quelle que soit la force que ■vous invoquerez, de si loin que vous tiriez ces instincts moraux que tous les êtres se passent l'un à l'autre à travers les siècles, il existera toujours en moi, semble-t-il, une force capable d'annuler celle force, une intelligence capable d'effiicer ces instincts. Tout ce faisceau d'habitudes héréditaires et inconscientes que vous réunissiez en moi, je puis, par une série d'efforls et de pensées, le disperser. il me suiEt de bien connaître votre prétendue nêcessilé pour m'y souslniire. Contre moi risque donc d'échouer le pouvoir de tots les cires, et seul, n ayant que ma volonté et ma conscience pour surmonter foutes les tendances inconscientes accumulées en moi, je demeure encore indépendant et capable d'agir dans tel ou tel sens, prêt enfin il me délivrer de la « moralité organique » dont vous vouliez m'imposer le joug. Ma conscience, pleinement éclairée, me suffit pour tenir en échec tout ce monde inconscient que vous évoquez contre moi.

I Pour être ■ obligé n efficacement au sacrifice de moimême, il faut que je m'oblige moi-même et que moi-même je me sacrifie, au nom de quelque hypothèse métaphysique invérifiable. l'ar là, dans la mesure de mes forces, je travaille h la réalisation d'un état supérieur que ma pensée conçoit pour l'humanité et pour le monde. N'y aurail-il pas quelque chose de vrai dans la vieille conception de rBercule antique, ce fils des hommes qui aida la nature, travaille en quelque sorte avec elle, s'efforce de la délivrer des monstruosités qu'elle avait enfantées au hasard, et enfin, au-dessus de notre terre couverte encore de tant d'horreurs, élève et soutient le ciel éliucelant ?

M. Spencer cite, en les interprétant dans le sens de sa' pensée, ces vers subbmes où le poète montre qu'il n'y a point d'art supérieur (i la nature et que la nature elle-même,

fiar le développement de sa vie, suffit à réaliser graduelemcnt l'idéal :

II d'j- a pas de moyen de rendre la nature meilleure;

Mai» la iiiilurc tlle-m^me fail ce moyen : Bu-dessits de cet art

Qui, iirovei-vous, ajoute ù la nature, eit un art

Que crée elle-oième la aalure.

— Il y a, pourrait répondre l'idéalisme, un moyen de rendre la nature meillaure : c'est de vouloir qu'elle soit meilleure. Par cette volonté du bien idéal, le biea commencera déjà à se réaliser. S'il n'est pas de moyen extérieur pour rendre meilleur le monde, si nul démiurge tra- ■vaillanl par le dehors et modelant les surfaœs des choses ne pourrait y par\'enir, il existe, nous le répétons, un moyen suprême, qui est de vouloir. A vrai dire, je porte en moi la nature : no suis-je pas l'élpe qu'elle s'est plu à ■ parfaire et dans lequel elle s comme persouuitîé toutes ses tendances et ses aspirations? Que cet être, de sa propre volonté et sans se décourager jamais, élève au-dessus de lui un idéal supérieur et t«nte de le réaliser : de l'élan qu'il s'imprimera, il soulèvera la nature; en se rendant meilleur, il l'aura rendue meilleure.

Si, selon la parole antique, c'est un art, et le plus beau ' de tous, que la vertu et la beauté morale, on peut vraiment dire de cet art, en un certain sens, qu'il ajoute à la nature : la volonté intelligente et aimante, inépuisable source, introduit dans le monde quelque chose de nouveau. Tandis que l'art inférieur y met des formes nouvelles, l'art supérieur et moral, ia bonté, y ajoute sans cesse des pensées, des volontés nouvelles, et par là, providence humaine, U refait et crée sans cesse une plus parfaite nature.

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■TABLE DES MATIÈIIES

ÂTANT-PROPOS : T

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