Voir ibid., c. II
trop fort, de peur de se dépenser. Dans Herbert Spencer lui-même, il y a encore (rop d'uUIitarisine; trop souvent, en outre, il regarde les choses du dehors, ne voit dans les. instincts désintéressés qii'uu produit du milieu social et des circonstances. 11 y a, croyons-nous, au sein même de la vie individuelle, une évolution correspondant à i'évolu- . tion de la vie sociale et qui la rend possible, qui en est la cause au lieu d'en être le résultat '.
Grâce à ce principe essentiel de la féœndilé morale, l'ètreest porté à se répandre vers autrui par la nature même de sa volonté ; il n'est pas simplement sollicité par l'attrait d'un plaisir spécial, plaisir de la sympathie, de la louange, etc. Ici encore, l'élude de la « dynamique mentale u a été trop élémentaire et incomplète dans l'école anglaise. On peut, mouvoir la volonté sans faire appel ni à un devoir mystique ni à tel ou tel plaisir particulier. Nous essaierons de montrer ailleurs que le devoir se ramène à la conscience d'une puissance intérieure. Sentir intérieurement ce qu'on est capable de l'aire, c'est par là même prendre la première conscience de ce qu'on a le devoir de faire. Le (^voirest une surabondance de vie qui demande à s'exercer, à se donner; l'école anglaise l'a trop interprété comme le sentiment d'une nécessité ou d'une contrainte; c'est en même temps celui d'une puissance. L'obligation morale se ramèneà cette grande loi de la nature : (a vie ne peut se maintenir qu'à amdi/ioH de se répandre \
Le devoir, qui se ramène ainsi à un pouvoir, apparaît à ' un autre point de vue comme une idée. L'intelligence, eu effet, est par elle-même automotrice. D'après l'importante théorie qu'un philosophe contemporain a proposée sur lesidées-forces ■, l'intelligence et l'activité ne semblent plus séparées par un abîme. Concevoir le mieux, c'est un premier travail pour le réaliser, et l'action n'est que le prolongement de l'idée. Il n'y a pas deux choses : conception du but, effort pour y parvenir. La conception même est un premier effort : on pense, on sent, et l'action suit. Kul besoin, dès lors, d'invoquer l'intermédiaire d'un plaisir extérieur, nul besoin de moyen-terme ni de pont pour passer de l'une à l'autre de ces deux choses : pensée, action. Elles sont au fond identiques. Ce qu'on appelle^