Ucont., I, SI
DENl'HAM S5
déduire avec logique. Entre l'époîsme et le désintéressemeot, Bentham :v c-licrché un point de oonUict, et il en a trouvé un. S'il a identifié entièrement l'intérêt individuel avec l'inlérét universel, c'est en parfaite connaissance de cause. S'il a dit, d'un côté, qu'on devait prendre pour fin son bonheur, de l'autre, quoD devait prendre pour Qn le plus ^and bonheur du plus grand nombre, c'est q^u'il considérait ces deux fins comme absolument identiques. Il peut avoir tort, comme Socrate avait tort, comme Ëpicure avait tort, en croyant à un optimisme absolu ; mais sa doctrine est raisonnee et consciente d'elle-même ; elle a déjà, dans sa partie théorique, une évidente originalité, et c'est parfois cette originalité même qui l'a empêchée d'être bien comprise ',
A vrai dire, on s'est souvent représenté Bentham tout autre qu'il n'est ; tantôt on en a fait un philanthrope enthousiaste, se souciant peu de construire un système logique et bien déduit, pourvu qu'au bout de ce système U crût trouver le bonheur de l'humanité ; tantôt on n'a vu eD lui que le légiste ; on a dit que la morale, dans sa doctrine, était le secondaire, la législation le ca[^ital; qu'il n'avait guère vu la morale qu'à travers les lois. Loin de Ih, ce sont les lois qu'il n'a vues qu'à travers sa morale.
1. < J'ai besoin, messieurs, dit JoulTrof, d'attirer votre attention snr
• une confusion de choaes et d'idrei dans Isquelle l'esprit très-peu phi-
• tosophique de Betilham n'est laissé tomber... Elle consista k substituer < dans le erstéme ëBofsie la règle de l'intérêt (ténéra) à celle de i'iri-
• tértt individuel, comnie si ces deux règles étaient identiques, comme
■ ti la première n'èlai' que la traduction de la seconde. ufJouflroy, Cours
• de dr. ttat-, JI. p. 19.) — Hais, précisôment, elle n'en est pour Bentham que la treduclion et, comme nous l'avons montré, la transformation algébrique. — • Que Benibam, en opérant cette subatituiiOD,
• n'en a\t pca eu eorucience, c'est un point incontestable. En effet, povf m peu qu'il s'en fût opercu, la ditTérence qu'il y a, ne fût-ce que dans
■ les mots, entre la règle de l'intérêt personnel et celle de l'Inlérèl
■ général, l'aurait frappé. * — L'originalité de Bentham semble con- «iater justement à nier cetle ditTérence. dont il s'est fort bien aperçu. — ■ Il se serait cru obligé de dire quelque chosi) pour rassurer .ses
■ lecteurs el leur montrer l'identité de ces deux refiles.., Mais il iiij a
■ po* trace d'un semblable souci dans tout le livre de Bentham. • — iooftro; ne parle ici que "le Vlnlroductioii to the principles, où se trouvent d'ailleurs des traces fort visibles d'un semblable souci, par exemple dons le cbapitre XIX; — s'il eût connu la Dmntologie, qui aparu deux ma» avant la publication d:! Cours de dmit naturel, il eût certainement retiré cette assertion. « Me croyez pad, ajoute Jouffroy, que je tasse
■ tort A Bentham et interpréta mal sa pensée. * l'ourtant, s'il l'eût mieux saisie, il eût peut-être relire plusfeura critiques qui portent k faux; il n'eût psA semblé croire, par exemple, que Benlliam rejetait eniiiremenC les sentiments sympathiques et le •nâodede déterminai, in passionné >. La Rochefoucauld même admettait, ëo un certain sens, -x moue de déterminatiou.
Il est ulîlitaire par nature, par esprit, par nationalité, par ayslème; il l'est obstinément, il l'est sciemment; il sait qu'il aboutit à l'égoîsme, mais il croît de toutes ses forces que « l'amour de soi peut servir de base à la bienveillance universelle n. Non-senlement pour les autres, mais pour lui-même, il repousse le titre de désintéressé ; il pratique l'ulilitarisme dans sa conduite, comme il le préconise dans ses écrits : c'est un penseur original, non moins bizarre qu'original; mais il a vraiment son mérite, comme le montre l'extrême influence qu'il a eue sur la philosophie anglaise et l'influence pratique peut-être plus grande encore qu'il a exercée sur la législation anglaise.