‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 18 sur 138 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

BENTHAM (Suite.) L'ARirgilÉTIQUE APPUQUÉB A LA MORALE

L — Comment troarer un critérium pratique, jugeiint de la valenr immC-diale des aclïons? — La (jnTp^iTu»^ de Platon et d'Epicure; son insQffisaiice. — Les actions bumaines saas tarif; variété de poids et de mesures. — Calcul arithmétique de Benlhara. — Les sept propriétés des plaisirs et des peines. — L'ivrognerie jugée par le calcul moral. — Tables et catalogues de Bentham. — L unité de poids et de mesures découTerte. — La morale utilitaire fondée en tant que science d'application. — Tâche nouveHe du moraliste. — Apaisement de toutes les controTerses en morale.

D. — Application du calcul moral à la conduite pratique. — Deux grandes vertus : prudence et bienTeillance. — Laquelle est antérienre et supérieurej laquelle doit 6lre sacriflèe en cas de conflit? A quelle condition le désintéressement peut-il se Justifier? — Pfou- Telles preuves de l'optimisme conscient de Bentham. — Le moraliste ntilitaire, exemple vivant de la vertu utilitaire. — Déllnition da la moralité.

Nous avons recherché, dana le chapitre précédent, la condition que devait remplir un acte quelconque, d'après Bentham, pour mériter le nom de moral et de V6rtueu.i ; cet acte doit tendre au maximum du bonheur universel, et il doit 7 tendre en passant pour ainsi dire par le honheur individuel.

Maintenant, en pratique, à quels signes reconnaître cet acte? Le plus grand bonheur du plus grand nombre est une sorte de mesure idéale d'après laquelle on ne pourrait juger qu'une quantité d'actions très- restreinte, et à laquelle échappent la plupart des actions de la vie pratique.

Platon, dans le Protagoras, et Epicure parlent sans doute d"iine sagesse pratique, ippow^Tiç, d'un art de mesurer, a-j^t^- Tfj-iOEî. Epicure même, s'attribuant cette sagesse et cet art, avait tracé à ses disciples une ligne de conduite : il leur avait indiqué d'une manière générale les actions qu'ils devaient accomplir ou éviter. Mais, en premier lieu, cette ligne de conduite ne pouvait sufDre à guider les hommes dans toutes les sinuosités de la vie. Nulle série de préceptes, si 'développés et circonstanciés qu'ils soient, ne peut égaler la série des choses possibles. En second lieu, Beotham n'accorde point à la légère, même au moraliste, même au sage, la faculté d'apprécier la quantité de plaisir résultant, pour tout autre que lui, d'une action donnée. • Qu'est-ce que le plaisir? qu'est-ce que la peine? Tous les hommes s'en forment-ils la même idée? Loin de là : fe plaisir, c'est ce que le jugement d'un homme, aidé de sa mémoire, lui fait considérer comme tel. Nul homme ne peut reconnaître dans un autre le droit de décider pour lui ca qui est plaisir et de lui en assigner la quantité requise,. . Il faut laisser tout homme d'un âge mûr et d'un esprit sain juger et agir en cette matière par lui-même, et il y a folie et impertinence à vouloir diriger sa conduile dans un sens opposé à ce qu'il considère comme son intérêt'. « Ainsi, toute appréciation arbitraire des plaisirs d'autrui est nuisible et ûlàmable, et toute règle de conduile fondée sur une telle appréciation est impossible '.

Voici donc le problème, tel que Bentliam le pose : trouver h l'usage de chaque individu un moyen scientifique de mesurer les plaisirs et de choisir en connaissance de cause, parmi les diverses actions possibles, celle qui contribuera le plus & l'augmentation au bonheur individuel, et conséquemment du Bonheur universel. En d'autres termes, chaque homme possède une certaine somme, une certaine richesse de honneur, et il désire accroître cette richesse. Parmi les innombrables sortes de plaisirs dont l'ensemble

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