‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 3 sur 138 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

Idogmc est foncièremeDt immoral en lui-môme, mais tout système qui n'est pas ua dogme ne peut plus rien offrir de véritablement dangereux à Tesprit qui poursuit la vérité : car la diversité des systèmes est précisément le seul moyen de la découvrir. Chaque théorie, quel qu'en soit l'objet, aura donc des droits égaux aux yeux du penseur : qu'il s'agisse de la morale et de ses fondements ou de toute autre science, peu importe. Tout doit être objet de libre spéculation et de libre examen pour l'homme, et ce sont les spéculations sur les choses les plus graves, comme la morale, qui doivent être le plus encouragées, dans quelque sens

'qu'elles se portent; au fond, et pour qui regarde l'avenir, elles sont les plus utiles de toutes, car si elles

j contiennent quelque part de vérité, cette vérité est de toutes la plus haute. 11 faut donc mettre au grand jour même ces doctrines réputées dangereuses, sans rien en cacher, sans rien y changer; il faut reconnaître hardiment ce qu'elles peuvent avoir de beau et de vrai; il faut aussi relever non moins hardiment ce qu'elles peuvent avoir d'inexact et d'incomplet, d'autant plus que, entreprendre ainsi la critique sincère et sérieuse d'un système, c'est quelquefois finir par se convaincre mieux soi-même de sa vérité relative. Si une doctrine est séduisante, si elle vous tente, raison de plus pour ne pas se signer devant elle comme les moines du moyen âge, mais pour la regarder en face, en se disant que ce qu'on prend ponr la tentation, c'est peut-être le salut. Assurément notre époque est un temps de trouble et d'inquiétude pour les esprits qui ne possèdent pas le calme un peu triste et la raison froide du savant ou du philosophe : c'est précisément ce qui fait sa grandeur. Celui-là ue se sent jamais troublé ni inquiet, qui n'a

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jamais cherché la vérité ou qui croit à jamais l'avoir trouvée; mais le premier manque de cœur, et quant au second, ne manque-t-il pas de clairvoyance? Mieux vaut le trouble que Tiodifférence ou la foi aveugle. Heureux donc les hardis novateurs, comme i! en existe en Angleterre, qui peuvent répandre le trouble dans les esprits les plus tranquilles jusque-là, qui peuvent ébranler la masse encore tout engourdie de la majorilô des hommes, provoquer partout les discussions, les débats, le doute provisoire, et faire s'entrechoquer les idées au sein de l'humanité, comme se heurtent les ondes lumineuses dans l'éther ou les vagues dans l'océan. Cette tempête intérieure vaut mieux que le calme et la béatitude d'autrefois; nous croyons qu'il faut sans frémir l'appeler sur nous et sur les autres '.

l.ïoici.tinnsliWIa/ipor/ [irÉîPnli^àl'AcnfiÉmie (1«9 sciences m^rnlofl p.ir U.Cieo, Its pages Jiien veilla a tes canaacrees û l'tippréctstion de notre livre :

t Le mémoire lascrit aoua le numéro 2 edt un ouvrage de 1300 pagoa « in-quarto, qui promet par ses dimeniions mêmes des rechercliea con-

• sidèrables, et qui tieot encore au deià de ce qu'il promet.

• I^ plan de l'eipoailioa hialorique sa lie â une rue pi?rsonnelIe de

• l'auteur. U distingue dans l'histoire de la morale utilitaire trois pé- ' riodes : la première, où cette morale se fonde sur l'intérêt particulier, . comme dans Epicure , dans Hobbea, et en France au xviri> siècle;

• b seconde, où elle s'établit sur l'barmoaie entre l'intérêt particulier

• et rinlérât eënéral (c'est la période de l'esprit utilitaire en Ani:le' ■• terre jusqu'à Bentham inclusivement] ; la troisième enAn , la pËrtode ' tout à tait moderne, où la morale utilitaire prétend ne plus pour-

■ suivre que l'intérêt général : c'est la pbaee marquée par les noms de

• MM. Stuart Miii, Bain, Bailey, Darwin, Herbert Spencer. U j n donc,

■ suivant ce point de vue ingénieux et profond, un véritable progrès. ^ une évolution coalinue dans l'école utilitaire depuis Epicure jusqu'à

• l'Époque contemporaine, où son mouvement s'épuise et après laquelle

■ il n'7 a plus pour elle ou bien qu'à se confondre avec la morale ' rationnelle du devoir, dont elle semble parfois toucber les frontières, -• an bien & revenir en arriére jusqu'à sou point de départ , pour

recommencer un cercle sans Bn. Nous aurions sur plus d'un point peul-^tre i contester la justesse et l'e:cactituds de ces divisions trop nettement tranchées d'une morale qui, au fond , ne cesse pas de se

■ ressembler beaucoup à elle-même dans toutes ses métamorphoses. ' Mais c'est assurément un bel essai de généralisation, une synthèse ' vraie au moins dans les grandes lignes et qui témoigne dès les pre-

■ niières pages d'un esprit de baute valeur.

• L'auteur excelle [ce n'est pas trop dire) dans L'iatcrpré talion et la

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