Phyiical meiempiric
DERNIERS DISCIPLES DE DARVIN ET DE SPENCER i9i
Maintenant rhomme est à la fois un organisme et un membre d'un organisme supérieur, la société. C'est la loi de conservation sociale qui constitue Vutiliiarismey lequel est proprement une loi politique. Pour mettre d'accord les deux lois de conservation individuelle et de conservation sociale, il n'y a qu'une méthode possible, la « méthode égoïste >, qui consiste à faire en sorte que Tintérèt de la société fasse « partie intégrante » du plaisir individuel. M. Barratt n'expuque pas bien comment il résout ce problème.
Le sentiment de cette difficulté est ce qui caractérise, au contraire, la philosophie morale de M. Leslie Stephen, qui, lui aussi, poursuit une « science de Véthique > aussi positive que la physique.
III. M. Leslie se rattache également à Darv^in et à Spencer. Selon lui, la morale est tout à fait indépendante de la métaphysique. Son but est de déterminer scientifiquement, par 1 observation et Tinduction, les lois auxquelles est sou-! mise la conduite humaine. Elle étudie non ce qui doit ètre,| mais ce qui est; Elle constate, par exemple, « que les mères.' aiment leurs enfants ^ » Les relations morales et sociales sont plus complexes que les relations physiques; mais la; science n'a pas d'autre objet au physique et au moral.' De môme, en géométrie, peu importent les théories meta-' physiques sur l'espace et les diverses sortes d'espace : les! théorèmes de la géométrie sont toujours les mêmes.
Les motifs déterminants de la conduite humaine sont, | en fait, les étnotions et la raison] mais la raison même n'est | que de l'émotion latente et en puissance. L'homme vivant' en société, c'est-à-dire étant membre d'un organisme^ étant une cellule du « tissu social », ses mobiles et motifs deviennent nécessairement sociaux. La loi morale n'est que< le résumé des lois essentielles à la conservation de la so-; ciété et de l'individu social. Ces règles et conditions de la société sont celles du milieu; nous sentons qu'elles nous sont imposées par quelque chose d^extérieur à nous et de plus large : de là le sentiment de Vobligaiioti morale. Gomme Cliflbrd, M. Leslie dit : < La conscience est la voix « par laquelle s'exprime l'esprit public de la race, nous comte mandant de satisfaire aux conditions essentielles de son « bien*ètre. » La sanction de cette loi est le bonheur. En
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général, le bonheur et la vertu coïncident, même pour Tîn-
dividu. Cependant, cette harmonie n'est pas parfaite.
Là est le point ob M. Leslie Stephen dilTère de ses devanciers : avec une franchise et une netteté bien plus grandes que Spencer, il convient de l'antinomie qui existe souvent aujourd'hui et ne cessera jamais d'exister tout à fait entre le bonheur de l'îadividu et le bonheur de la société. Il adresse à ses prédécesseurs bon nombre des critiques que nous leur avions nous-même adressées dans la première .édition de cet ouvrage'. «Si nous voulons découvrir le vrai, ' « dit-il, nous nous garderons d'imiter les écrivains qui son-
■ gent plus à édiUer qu'à convaincre et se contentent de a probanilités. Sans doute nous serions très heureux de • trouver de bonnes raisons pour soutenir l'identité de la
■ vertu et de la prudence; mais ce serait à la fois une faute ' • et une sottise de faire semblant d'avoir ces bonnes rai* ! ( sons, quand en réaUté nous n'en avons pas une. >
Après avoir constaté le dilemme qui se posera éterael-
" lement entre Tégoisme et l'altruisme, M. Leslie déclare
opter personnellement pour l'altruisme; mais, dit-il, si
j'accepte la théorie altruiste, « je l'accepte avec sa légitime
et inévitable conclusion, à savoir que le sentier du devoir
ne coïncide pas avec le sentier du bonheur... En faisant le
bien, l'homme vertueux fera quelquefois un sacrifice, —
un sacrifice réel; — mais l'homme vertueux ne s^arrétera
pas à cette considération. > Le sacriQce de soi est néces-
I saire dans toute morale. Impossible de montrer que
Hégulus a agi conformément à son intérêt, qu'il a bien
calculé. Un Tiomme d'un autre caractère aurait pu vivre
' « très heureux à Capoue, comme un général en retraite *.
Et le sacrifice n'a pas toujours la forme de l'héroïsme; il
/ se renconh^ dans la vie ordinaire, sous des formes plus
I modestes. « Quand nous disons à quelqu'un : cela est
; •< bien, nous ne pouvons pas dire invariablement et sans
', « hésitation : cela sera votre bonheur, t Uais l'homme
' dont les facultés sont • normales » n'a pas pour seul but
son propre bonheur. « Quand on lui aura prouvé le plus
■ clairement du monde que telle action ne coDtribueni
■ pas à lui assurer le bonheur, ce ne sera pas assez pour tu le détourner de cette action. » — Sans doute; seule- 'ment M. Leslie aurait dû se demander si, en ce cas, les
idées qui guideront l'homme dans son sacrifice ne seront
1, V. plus loin notre CTiligue.
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pas des conceptions métaphysiques étrangères à la morale { toute positive. — « Y a-t-il un seul homme, continue c( M. Leslie, pour peu qu'il soit capable de symj^athie et de « raison », — M. Leslie aurait dû examiner si ces deux facultés ne se contredisent point parfois dans sa doctrine, — « y a-t-il un seul homme qui ne serait prêt à sacrifier « sans hésitation son propre bonheur, si les autres devaient « trouver dans ce sacrifice un avantage suffisant? » L'homme dont parle M. Le^lie aurait tort de ne pas hésiter et réfléchir, car le sacrifice entier de tout bonheur, même du nôtre, demande réflexion : resterait à savoir jusqu'où la réflexion bien conduite doit rationnellement amener le personnage placé par M. Leslie dans une telle alternative, (c II n'y a « peut-être pas une mère^ dit M. Leslie, qui ne soit prête à « mourir pour le bien de son enfant. » Mais il avoue d'ailleurs que l'amour maternel est le « type le plus parfait du dévouement » : cet amour est plus puissant pour y porter que « les autres affections, même les plus fortes. » C'est que Tamour maternel est de toutes les affections la plus profondément instinctive, celle que le raisonnement peut le moins dissoudre : et pourtant le raisonnement lui a déjà porté atteinte, nous le verrons, dans une de ses manifestations importantes, l'instinct de l'allaitement K En somme, croire avec M. Spencer que le sacrifice est '
par une adaptation ciélé, c'est, selon M. Leslie Stephen, une utopie : le progrès ■ amène des besoins nouveaux, des délicatesses nouvelles du sentiment moral, des exigeances nouvelles qui sont matière à de nouveaux sacrifices. Que faut-il conclure de là? \ — Une seule chose, selon M. Leslie, c'est que le monde n'est pas le meilleur des mondes et que le mal existe. Le théologien en rêve un autre, libre à lui; mais, de deux choses Tune, ou il est 'dans le fond égoïste, ou il est altruiste. Il est égoïste, si le prétendu sacrifice delà vie présente n'est pour lui qu'un sacrifice apparent, un intérêt déguisé, une sûreté prise pour l'autre monde; mais alors pourquoi cherche-t-il à rémter les égoïstes? Est-il au contraire altruiste? Alors, il doit se sacrifier sans rien demander et sans rien espérer; on est altruiste ou on ne l'est pas. M. Leslie, lui, se déclare altruiste, c'est son carac-