‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 88 sur 138 · Bentham. DConlùfûgîe, 1I · texte numérisé non relu

Bentham. DConlùfûgîe, 1I

arithmétique eût été superflue. Il est probable que Tun des plaisirs se présentera comme plus rapproché, plus intense, mais aussi moins durable, moins pur, etc. Dès lors, deux hypothèses sont possibles : ou il n'y a pas de commune mesure entre la proximité d'une part et la pureté de Tautre, entre l'intensité et la durée, ou cette commune mesure existe. Examinons d'abord la première hypothèse. S'il n'y a pas de commune mesure entre les caractères des plaisirs, on pourra choisir, il est vrai, le plaisir rapproché ou le plaisir durable, le plaisir intense ou le plaisir pur ; mais ce sera seulement une aflfaire de préférence individuelle, et non le calcul scientifique que promettait Bentham. On se rappelle comment ce dernier s'efforçait de prouver à l'ivrogne qu'en poursuivant son plaisir il poursuit un but fort louable sans doute, mais se trompe sur les moyens ; que le plaisir recherché par lui manque de durée, de pureté et d'étendue. Mettons-nous pour un instant à la place de l'ivrogne interpellé, et voyons si le raisonnement de Bentham est sans réplique. Essayons pour cela de com-

Sarer, chiffres en mam, le plaisir d'absorber une quantité e boisson donnée, deux litres par exemple, en un seul

par 10. Voilà déjà l'arbitraire qui l'apparence de la rigueur arithmétique, car il n'y a pas de raison précise pour choisir un chiffre plutôt qu'un autre. En revanche, la tempérance a en sa faveur la durée, qui est, si vous voulez, quatre fois plus grande ; elle a aussi ïa pureté et retendue, que nous pouvons, s'il nous plaît, représenter chacune par 10. Nous laissons de côté la certitude et la proximité, qui, par hypothèse, sont les mêmes pour les deux plaisirs. Disposons les chiffres en tableau, et marquons les plaisirs du signe +, les peines du signe — .

Intansité. Dorée. Pareté >. Conséqtienoes. Fécondité.

sociales ou étend ae.

Tempérance. +1 +4 +1 +5 -fiO

Ivrognerie.... +10 + i — 10 — 10

Ce calcul a-t-il beaucoup simplifié la question ? Intensité, durée, pureté, étendue, fécondité, autant d'aspects distincts

1 . Est pi:r un plaîsir qui ïie tend pas à produire de peines, fécond un plaisir qui tend a produire des plaisirs.

du plaisir : nous avons représenté chacun de ces aspects par des chiffres arbitraires; mais maintenant une autre difficulté se présente : nous n'avons pas de commune mesure, nous ne pourrons mêler ensemble ces chiffres par aucune opération arithmétique, addition ou soustraction. Prise à part, la durée, la pureté, la fécondité, l'étendue des plaisirs de la tempérance, est équivalente ou inférieure à l'intensité du plaisir de l'ivrognerie. Prises en bloc, elles lui seraient supérieures; mais,arithmétiquement parlant, nous ne pouvons les prendre en bloc avant de les avoir réduites à une même unité. Nous commettrions une méprise semblable à celle du banquier qui, ayant à faire le total de sommes exprimées en monnaie de différents pays, pour savoir laquelle est la plus forte, oublierait de les réduire à l'unité du franc.

Se rejettera-t-on donc sur la seconde hypothèse, et soutiendra-t-on qu'il est possible de ramener l'une à l'autre, par des opérations plus ou moins complexes, les diverses )rojpriétés des plaisirs ? On peut concevoir, à la rigueur, que a cfurée se ramène à l'intensité; mais quelle sera la formule de cette réduction ? Y a-t-il même une parfaite équivalence entre un plaisir intense et un plaisir plus durable, semblable à un peu de couleur grise répandue sur un grand espace? L'intensité, à elle seule, comme le soutenait Aristippe, tient pour ainsi dire en échec tous les autres termes : durée, étenaue, etc. ; elle est le vrai plaisir, le plaisir réellement senti, et, à ce point de vue, il y a de son côté une accumulation énorme de quantité, par conséquent de force attractive ; de l'autre côté, au contraire, il y a une (Quantité qui peut être mathématiquement égale ou même supérieure, mais qui est disséminée sur plusieurs points et partagée entre ces divers termes : durée, étendue, fécondité, pureté, etc. Soit, par exemple (puisgue Bentham veut toujours des chiffres), une intensité équivalente à 30 ; soit une pureté, une durée, une étendue, une fécondité, dont la somme soit aussi équivalente à 30. Vous aurez d'un côté un objet de désir unique, immédiat, intense, vers lequel vous pourrez en quelque sorte vous élancer d'un trait. Vous aurez d'autre part quatre ou cinq autres objets de désir, dont chacun, au heu d'être un, se subdivise en outre à l'inflni (par exem-

{)le la fécondité , qui représente une succession ae plaisirs e plus souvent indéterminés). Vous ne pourrez désirer ces objets divers que sous deux conditions : ou bien vous ne les concevrez et ne serez attiré par eux que successivement,

mais aiors, chacun d'eux pris à part étant'çeu considérable, chacun de vos désirs successifs sera peu intense; ou bien vous les envelopperez sous une même idée et dans un même désir, mais alors, Tidée étant vague et indéterminée, le désir sera hésitant et faible. Le désir perd donc de son énergie-en se divisant au lieu de s'accumuler sur un point indivisible. Il en est sans doute de même du plaisir. Un nombre obtenu par addition ou par une opération quelconque ne vaut peut-être pas pour la jouissance un nombre obtenu immédiatement; chaque chiffre, en entrant dans la somme, perd ici un peu de sa valeur propre, il serait plus désirable et en quelque sorte plus estimable s'il était seul, et à lui seul il formerait un chiffre élevé. La médiocrité, dans les plaisirs comme dans les hommes, irrite: Deux petits plaisirs n'en valent pas un seul mathématiquement égal a leur somme, comme deux poèmes médiocres^ne valent pas un poème de génie. 11 vient même un moment, si la subdivision est poussée à l'excès , où le plaisir est presque réduit à zéro, et avec lui le désir.

Les lois psychologiques qui semblent dominer ces rap-

{)orts singuliers du plaisir mtense au plaisir durable, — ois que se verrait forcée d'observer et d'appliquer une science arithmétic[ue des plaisirs, — pourraient s'exprimer de la manière suivante. 1* Le chiffre du désir est généralement proportionné au chiffre du plaisir. Encore y aurait-il lieu d'examiner ici s'il n'intervient pas une loi analogue à la loi psycho'physique de Fechner : il doit y avoir certains cas où, le plaisir étant déjà grand, l'addition d'un petit surplus de plaisir n'éveille nul désir. Une certaine intensité, une fois atteinte, est pour nous en quelque sorte la mesure de notre aopétit intérieur, et nous ne désirons plus un surcroît qui aeviendrait inappréciable pour la conscience. C'est donc toujours une certaine intensité déterminée qui est l'élément important et comme constitutif du plaisir. 2° La somme de cfeux plaisirs étant égale arithméti^uement, celle où l'intensité du plaisir sera représentée par un chiffre sensiblement plus élevé sera l'onjet du plus fort désir. 3° En général, la somme de deux plaisirs étant égale arithmétiquement, celle où entrera le moins de chiffres obtenus par addition et le plus de chiffres élevés sera l'objet du plus fort désir. Le principe d'où découlent ces lois serait le suivant : Plus un plaisir est un et indivisible, plus il est intense , plus il produit un vif désir.

On voit combien il nous est déjà difficile , malgré nos efforts, de trouver une commune mesure entre Tintensité et la durée, qui paraissent changer non-seulement la quantité du plaisir, mais môme son espèce. Que serait-ce si nous voulions ramener à l'intensité la certitude, la proximité, la pureté, la fécondité, l'étendue? Passe encore pour la pureté, qui n'est qu'un degré dans l'intensité même, et pour la fécondité, qui n'est qu'une multiplication du nombre des plaisirs. Pourtant, cette multiplication est déjà bien difficile à évaluer. Vétendue^ c'est-à-dire la série des conséquences sociales, est plus fuyante encore pour le calcul. Quant à la certitude et à la proximité, nous ne voyons aucune commune mesure arithmétique entre ces avantages et l'avantage de l'intensité. Il faudrait là le génie d'un Pascal, et encore Pascal n'arriverait pas plus à persuader le voluptueux par un tel calcul que par son fameux pari pour l'existence de Dieu. Il est donc probable que l'ivrogne uont parle Bentham se déclarerait peu convaincu par « le calcul moral», et opposerait toujours obstinément l'intensité de son plaisir à la durée, à la pureté, à l'étendue d'un plaisir plus tempéré. Dans le fond , aurait-il tout à fait tort ? — Celui qui aurait le plus tort, ce semble, c'est Bentham, qui s'est contenté de poser dans Tabstrait les principes de son arithmétique morale, sans jamais opérer sous nos yeux la moindre addition ou soustraction réelle. Il n'a pas vu combien une analyse approfondie des plaisirs pourrait faire pencher dans un sens ou dans l'autre la balance trop variable du « déontologue ».

C'est que, dans l'âme humaine, le calculateur se trouve contraint d'opérer sur quelque chose qui dérange singulièrement ses calculs et qu'il ne rencontrerait nulle part ailleurs : la conscience qu'a l'être de lui-même. Dans le monde inconscient, une fois qu'on a calculé une quantité, on peut la laisser là jusqu'à nouvel ordre, prendre une autre quantité, la calculer à part , puis multiplier ou diviser ces quantités les unes par les autres. Tous ces nombres resteront immobiles, tant que la main du calculateur ne les changera pas de place; les quantités morales , s'il en existe, ne se traitent point de cette manière : elles sont vivantes, conscientes, et la conscience qu'elles ont d'elles-mêmes suffit sans cesse à les modifier. Aussi le calculateur ne peut pas en perdre une seule de vue un seul instant. D'autre part, ces quantités, dès qu'on les mélange, en produisent de nouvelles, sur lesquelles on n'avait pas compté : au mo-

ment où vous venez d'achever votre opération, vous vous apercevez i^e vous n'avez pas posé tous les chiffres ; vous avez oublie un plaisir, d'où est né un désir qui a doublé le plaisir, etc. ; ou, au contraire, vous avez oublié un désir qui a créé un plaisir, etc. Par exemple , nous venons de comparer des plaisirs simples, celui du tempérant et celui de I ivrogne ; mais il faudrait encore mettre en ligne de compte la peine souvent intense qu'éprouve l'intempérant à cesser de boire. Tout {}laisir préforé sciemment & un autre s'accompagne d'une idée pénible, celle du plaisir sacrifié. Modérer un plaisir, c'est attiser le désir et exciter la peine. Le désir, à son tour, une fois multiplié, multiplie rinteasité du plaisir ; le plaisir désiré, une fois multiplié, multiplie le désir. Ce sont des actions et réactions sans nombre. Comment épuiser rinfinî d'une sensation qui en enveloppe d'autres et, sous celles-là, d'autres encore? Le grand tort des utilitaires est d'avoir considéré chaque pl^sir comme détaché, chaque peine comme circonscrite; un plaisir ou une peine, à un moment donaé, c'est la conscience entière.

Toutes les difficultés qae nous avons déjà rencontrées ne sont pour ainsi dire rien encore, en comparaison de celles que nous trouverons devant nous dès qu'il s'agira de calculer, et de comparernon plus deux plaisirs de même espèce, mais des plaisirs d'espèce entièrement diEFérente. Comment comparer entre' elles les espèces de plaisirs les plus diverses sans tenir compte d'une chose qu'il semble difûcile d'exprimer en chiffres et pourtant impossible de négliger, à savoir Vespèce même?

En premier lieu, les plaisirs supérieurs de l'intelligence ont-ils un rapport avec la quantité? — Oui, il y a des degrés dans le vrai, dans le beau et même dans le bien ; d'où il suit qu'il y a des degrés dans les plaisirs intellectuels, dans les plaisirs esthétiques, dans les plaisirs sociaux et moraux. — Soit ; mais toute gradation, en l'état actuel de la science, peut-elle s'exprimer dans le langage des nombres?

Procédons, comme nous l'avons fait jusqu'à présent, d'après la méthode d'observation que nous avons provisoirement empruntée aux benlhamistes. Soit un plaisir intellectuel, par exemple celui de lire une belle pensée philosophique; soit un autre plaisir intellectuel, par exemple celui àe lire la rigoureuse démonstration d'un théorème ; Deut-oa établir entre ces deux plaisirs des rapports exacte

de simple quantité ? G^est au moins difficile. Si le connais* sais parfaitement l'état d'esprit d'un individu aonné à un moment donné, je pourrais sans doute prévoir l'impression que produiront sur lui une pensée philosophique et une démonstration mathématique. Mais pourrais-je calculer cet effet, le fixer dans des chiffres , le signifier par l'arithmétique ? C'est une autre affaire. On peut admirer plus ou moins la pensée, plus ou moins le théorème; il y a place ici pour les comparatifs et les superlatifs ; y a-t-il place pour les nombres précis? Le « déontologue » est-il capable de chiffrer l'admiration et de traduire l'enthousiasme en quantités? Pour montrer qu'il en est capable, il n'a guère qu'un moyen : c'est de le faire, et nul ne Ta fait encore.

Les plaisirs esthétiques oe sont pas moins rebelles aux nombres. Il est vrai qu'on dit parfois : Je trouve telle statue cent fois plus belle que telle autre ; j'aime cent fois mieux tel tableau que tel autre ; — simple manière de parler ; les nombres ne sont employés ici que pour rendre saisissante une supériorité ou une infériorité qui n'est pas uniquement numérique. Combien faut-il entendre d'opéras-comiques d'Adam pour avoir un plaisir équivalent à celui d'entendre une symphonie de Beethoven? En s'élevant des choses moins belles aux choses plus belles jusqu'au degré suprême du beau, on finit même par arriver à un point où tout rapport de supériorité et d'infériorité semble unir et où la quantité n'a plus même de raison d'être : le sublime. On ne dit guère : — Ceci est plus ou moins sublime que cela. — Bien plus : il y a des cas où la beauté paraît exclure non-seulement la comparaison mathématique, mais même toute espèce de comparaison. Le duo de Valentine et de Raoul dans les Huguenots est d'une beauté achevée ; le duo de Fidès et du Prophète est aussi d'une beauté achevée; lequel est le plutS beau? Cette question n'a guère de sens, quoiqu'il s'agisse d'un même auteur, chaque œuvre étant parfaite en son genre. Enfin, lorsqu'on arrive aux plaisirs sociaux et moraux , la quantité et les chiffres paraissent décidément déplacés : il semble que nous ayons dépassé leur domaine. A coup sur, si l'affection et la bonté sont encore affaire de nombres, nous ne nous en apercevons point et ne le soupçonnons même pas. Pourtant les plaisirs sociaux et moraux sont assurément loin d'être tous semblables, tous égaux. Au contraire, plus on monte vers les plaisirs supérieurs, plus il semble que ces plaisirs se différencient, plus on sent en eux d'élévation, et plus on

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aperçoit entre eux de degrés. Seulement ces différences sont de moins en moins appréciables en quantités; ce sont

Sarfois de ces inOniment petits qui n'échappent pas à la élicatesse de la conscience, mais que nui nombre ne peut saisir ni ûxer ; d'autres fois , ce sont de ces inSniment grands devant lesquels semble s'effacer et s'anéantir toute quantité donnée. Gomment faire, par exemple, pour comparer un plaisir esthétique ou moral à un plaisir matériel f Comment comparer une saveur et une affection, une odeur et une bonne action? Essayez d'exprimer chacun de ces plaisirs en chiffres, il y aura toujours en eux un je ne sais' quoi qui restera inexprimable dans le langage des quantités. La vertu ne se confondra jamais avec le goût; vous ne pouvez aller de l'odorat à l'esprit sans franchir une distance qui semble incommensurable. Le chiffre, qui efface toutes les différences et nivelle toutes les inégalités, semble ici impuissant. Certains plaisirs semblent porter avec eux, en quelque sorte, des lettres de noblesse.

Et si les rapports des plaisirs entre eux nous embarrassent ainsi, les rapports des plaisirs avec les peines nous embarrasseront plus encore. Comment évaluer, par exemple, la douleur de ressentir une coUque comparativement au plaisir d'écouter un poème, ou encx)re l'amertume de la rhunarbe comparativement à la beauté d'un récit? Outre la différence génerigue qui sépare un plaisir d'un autre, outre la différence générique q^ui sépare les propriétés d'un plaisir 'oar exemple, l'intensité, l'etenduo, etc.) des propriétés .'un autre plaisir, il y a encore ici la différence générique qui sépare le plaisir de la peine. Gomment exprimer une peine en arithmétique? par le signe — ? On peut se servir, comme nous l'avons fait nous-mêmes, de l'algèbre, qui

Ëermet de calculer sur des quantités moindres que zéro, [ais la peine est-elle rien ou moins que rienf Peut-on se contenter ici de soustraire, ou ne faut-il pas plutôt additionner? Une peine, une douleur n'est pas une simple négation ; c'est une chose extrêmement positive et, pour l'exprimer, il semble que des chiffres positifs seraient nécessaires. Lorsque je souffre, il n'y a pas seulement déQcit de plaisirs dans mon budget intérieur; il ya un surplus incommode qui demande à être compté. Gela devient surtout évident pour les peines morales : comment, par exemple, * primer un remords en chiffres même négatiê ? C'est surtout ici que se montre le côté faible de la doc- >e de Bentham. Ces limites qui séparent chaque genre

di

de plaisir, Bentham, ne pouvaïit les supprimer ni les franchir, les déclarait indinérentes. — Or elles ne le sont pas, et ses disciples en conviennent aujourd'hui. Il n'est pas indifférent que mon plaisir vienne ue Testomac ou de la pensée ; il irest pas indifférent que ma douleur soit physique ou psychique. Entre un plaisir et un autre plaisir, entre une peine et une autre peine, entre toutes les peines et tous les plaisirs s'introduit un élément nouveau dont la quantité prise comme unique critérium est impuissante à tenir compte. Stuart Mill lui-même, ce disciple convaincu de Bentham, le déclare : « Ni les peines ni les plaisirs ne a sont homogènes, et la peine est toujours génériquement € différente ofu plaisir *. »

Dès ce moment, nous pouvons reprocher à Bentham, sans craindre pour nous-mêmes le reproche d'injustice, qu'il ne nous a pas tenu parole. Il nous avait promis une application de l'arithmétique à la morale qui aurait tout ensemble la facilité pratique et la rigueur scientifique. Rien de plus complexe au contraire que son système, rien qui exige un plus grand concours de sciences diverses, rien qui se heurte à de si nombreuses difficultés.

Les benthamistes ressemblent aux pythagoriciens, qui croyaient être exacts en disant que la justice est un nombre carré, que l'amitié est une proportion, que le mariage est le nombre trois, que la vie animale est six, que la vie humaine est sept, que la vie divine est dix*. Que dirait-on, demande Hegel, d'un botaniste q^ui croirait définir. le lis en disant qu'il est cinq, parce qu'il a cinq étamines ? Le système de Bentham est une utopie pythagoricienne; les nombres, que Bentham croit ici des expressions exactes, sont des métaphores. Sans doute il y a de la quantité partout, mais la quantité n'est pas tout; avec des cadres de toutes les dimensions, on ne fait pas un tableau.

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