‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 102 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Chasteté des Femmies.

Il est une vérité morale qui n^a besoin que d'être énoncée pour itre prouvée , c^est que toute action qui n'a pas été déterminée par une volonté libre , ne doit attirer ni blâme ni éloges à son auteur. On vante la pudeur et rextréme chasteté des femmes de l'Orient ; mais oà est le mérite, d'une vertu qui se conserve comme la cofatiqenBe de leurs gardiens , par Timpuissance de séiQorrompre ? Dans ces contrées si peuplées et si vastes , la plus belle moitié de l'espèce hu-r maine est sous les verrons. Montesquieu dit que le climat rend cette précaution nécessaire pour conserver la vertu des femmes et le repos des hommes. Oui , sans doute , des hommes et des femmes tels que les ont faits le despotisme et le (Coran : chez des peuples oii tout est crainte et soumission , où la variété naturelle des carac-»

tères indiyid^eb est^fifacëe et perdue dans le caractère général , formé par une servitude qu remonte au berceau du monde.

Mais dans ces mêmes provinces , où maintenant Tislamisme a établi ses prisons perpétuelles appelées harems , long-tems les vierges de la Grèce , libres comme leur patrie , belles comme les fleurs du mont Taygète , et pures comme Tair qu^elles respiraient » apportaient à leurs époux des âmes et des corps exempts de toute souil* lure.

Partout où les hommes ont une patrie et des lois , des vertus publiques naissent les vertus privées ; le citoyen courageux et dévoué a pour compagne la femme forte' et fidèle ; un. même sentiment leâ anime ; ils veulent toutsejqui^honore la patrie , ils repoussent tout dei-quî serait honteux, pour elle. Tant que Rome fut libre , tant que les dépouilles des vaincue n^enrichirent que le trésor de la république , la modestie n'était pas moins générale parmi les £emmes que le courage parmi les hommes ; déjà la liberté avait péri sous la corruption des richesses et Fambition de quelques familles patriciennes 9 mais les mœurs étaient encore pures.

Jules , qui répudia Pompeïa en disant que la femme, de César ne deçait pas mime \itre soup^ çonnée , rendit un dernier hommage à la chas-^ tetë expirante des dames romaines. Mais Octave et ses successeurs , qui craignaient le retour de la liberté , y mirent un obstacle insurmontable en renversant toutes les digues élevées par la sagesse des vieux républicains de Rome contre les débordemens du luxe et de la débauche.

Au tems où Ton dit que nos aïeux étaient sativages farce qu'ils étaient libres, les femmes des Gaulois n'étaient- pas moins sages que leurs maris n'étaient vaillans ; et comme elles avaient part aux vertus publiques , elles n'étaient point étrangères aux affaires de la patrie ; elles étaient consultées dans les assemblées nationales , et plus d'une fois leur avis fut salutaire à la république ; elles avaient donné l'exemple aux filles, des Sabins de se jeter entre des armées qui avaient tiré le glaive exterminateur de la guerre civile ; elles avaient ramené la concorde parmi des furieux prêts à s'égorger ; elles étaient les médiatrices entre les Gaulois et leurs voisins : Annibal souscrivit à cette condition , « que si ,

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pendant son voyage sur les terres de la Gaide, les Carthaginois croyaient avoir à se pl^dre de quelque tort , les femmes gauloises eQ jugeraient , et qu'il se soumettrait à ce qu'elles auraient prononce. »

. La conquête des Gaules par les Homains y citera les mœurs sans les changer entièrement : comme il restait quelque liberté , toute vertu ne fut point éteinte , et lors même que la liberté succomba sous les coups des hordes sicaHibres , les femmes, dans ce long cours de brigandage et d'horreurs qui forme les dix premiers siècles de la monarchie , consi&Fvèrent quelque empire sur le caractère national., et, plus d'une foi^, préservèrent l'état d'une entière dissolution.

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