CHAPITRE PREMIER
La tyrannie corrompt les Mœurs ^ la liberté
les conserve.
Gomme les vertus sont sœurs y les vices sont frères ; ils se soutiennent , ils sont enchaînés les uns aux autres. Uorgueil du maître veut commander à tout , même aux cœurs , même aux sens : la bassesse des esclaves ne s'arrête devant aucune humiliation , ne répugne à aucune honte ; ceux qui disent sans cesse ^ ma vie , mes biens , sont au prince , pourraient-ils soustraire leurs femmes et leurs filles à sts désirs P Jamais
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tyrannie plus cruelle, plus outrageante que celle des Césars , n^a déshonoré , n'a avili l'espèce humaine ; jamais corruption plus eiTroyable n'a souillé tout un peuple , que celle qui suivit la perte de la liberté à Rome. Ce qu'en dit Tacite et ce qu'en raconte Suétone , étonne et confond encore les hommes les plus familiarisés avec les histoires modernes du pape Alexandre YI , de Henri YIII , de Louis XY et de Catherine.
Dans tous les lieux o^ la liberté a trouvé un asile , elle a ramené les mœurs avec elle : en Suisse , en Hollande , en Angleterre , en France , partout les mœurs ont suivi le sort de la liberté ; elles se ^ont affaiblies et corrompues avec elle : elles ont succombé où la liberté a été vaincue par Taristocratie , par le pouvoir absolu ou par l'anarchie. Yoyez aujourd'hui l'Angleterre :
comme elle n'a plus qu'un simulacre de liberté , il n'y reste plus que Tombre des mœurs.