CHAPITRE VIII
DiB'ërence morale des Sexey.
Çqnsiixérée sous un point de vue gênerai , il est incontestable que la nature a doue plus particulièrement les hommes des qualités physiques et morales qui constituent la puissance ; mais il est également certain qu'une organisation plus délicate , une plus grande sensibilité , des passions plus vives, une imagination plushenreoseï donnent aux femmes, dans Tordre social, une influence qui s'accroît avec la civilisation, et finit par leur assurer la souveraineté , qu'elles exercent, comme l'exerçait jadis le cardinal de Richelieu , en laissant à un autre le nom de roi.
Si cette vérité est plus sensible en France qu'en tout autre pays , c'est que les femmes y sont dotées plus généreusement qu'ailleurs des qualités sur lesquelles leur empire se fonde , et qu'elles jouissent d'une liberté plus étendue.
« Il y a trois choses , disait un bel-esprit , w que j'ai toujours beaucoup aimées , sans ja- » mais y rien comprendre : la musique , la pein- » ture et les femmes. » Il est vrai qu'il est plus facile dé louer les femmes ou d'en médire , que d'en parler conyenablément.
Aristote les appelle une belle erreur de la nature.
•Pope croit que la femme est un sufët trop tendre pour conserver une impression durable ; elles sont brunes ou blondes , ajoûte-t-il , et ce a'eit guère que par là qu^on les distingue.
Saint Cypricn en porte un jugement plus amer : il prétend que les femmes sont marquées au coin 'de Satan.
Croirait-on qu'un éyéque a poussé l'impertinence jusqu'à soutenir en mauvais latin , dans le concile de Mâcon , que la femme nefyisaitpas partie éeVeipèce hitMai^e.'Jjk question , s'il faut en croire ^int-Foix , fiit agitée pendant plusieurs sédnices, et partagea les avis; mais je me hâte id'ajouter qiïe Thérésie d'une pareille doctrine fit frémir nos galans aïeux, et que l'în^ dignation publique força le concile à prononcer
que les femmes avaient une ame , à trës-peu de chose pris semblable à celle des hommes.
Les panégyristes des femmes, à la tète desquels il faut placer l'éloquent Thomas , semblent avoir à leur tour passé !»• mesure de réloge y en leur donnant une ame plus par£aùte que la n6tre , et en faisant honneur à. leurs seules vertus d'un ascendant auquel leurs défiauts. n'ont peut-être pas une moindre part. Parmi nous, il faut en convenir, les femmes jouissent du privilège des héros ; à Tabri de leur nom elles peuvent impunément commettre bies des fautes.
De .tout, tems on ia dit qu'elle^ ne devaient paraître sur le théâtre du monde que pour y décorer la scène ; en France elles se, sont emparées du droit de distribuer .et quelquefois de jouer les premiers rôles.
Qu'on ne se trompe point avec quelques moralistes, au nombre desquels je suis fâché de compter Fénélon : l'ignorance , chez les femmes surtout, produit plus de vices que l'abus des lumières et des passions , et c'est .parce que les F;:ançaises sont généralement plus éclairées et
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plus spirituelles que les femmes des autres pays, qu'elles sout aussi meilleures.
Les hommes consument Jeïir jeunesse à se former un esprit que les femmes apportent en naissant : il leur yient avant la raison ; elles aperçoivent plus vite , voient aussi bien ; mais elles regardent moins' long-tems .
Je ne dirai point , comme Beaumarchais , que les femmes ont sur les hommes un grand avantage pour devenir politiques v grâce à leur peudfant naturel pour la fausseté ; 'mais je comp^ terai volontiers leur finesse au nombre de îeùrs privilèges.
Toujours prêtes à faire à leur pouvoir le sacrifice de leur vanité, 'elle» perinettentaujc hommes de dire d'elles ce qui leur pklt, ense réservant le droit de faicié d'eux ce qu'elles veulent : la première chose, qu'elles âpp!rénnent\ c'est le parti qu'elles peuvent tirer de leurs jperfections et même de leurs imperfectidik^.