CHAPITRE VIL
D^ Femmes pendant les guerres civiles et les troublet
politiques.
En suivant le. cours orageux et sanglant des âges de la monaffchie , on trouve encore çà et là sur la rive quelques fleurs qui rembellissent.
C'est vous , Yalentine , tendre compagne du duc d'Orléans, qui écrivez votre.touchante épitaphe sur la tombe de votre époux assassiné :
Rien ne ni*est plus , Plus ne m'est rien ;
et qui , après avoir épuisé votre vie dans les re-, grets , mourûtes en fournissant à un poète étranger cette expression si énergique : La douleur a bu mon sang.
C'e^t à trois femmes que Chafi^les VIÏ dut la conservation de sa couronna ; son épouse , fîtié de Louis II de Navarre , afTermi t 'Son trôné ; sa maîtresse, Agnès Sorel , le rendit à Thonnéur/ et Jeanne d^Arc sauva la France.
Parlerai-je de Jeanne Hachette qui saûya Beauvais P
De la fameuse Anna de Btètûgne, dont BraifitÂme a dit : « Tout le peuple de France ne peut » se saouler de la pleurer i" »
De cette- Marguerite d^ Orléans, non moins célèbre par ses grâces que par sa bonté et son amour pour la science P .
De cette reine de Navarre , mère de Henri IV, dont d^AuMgné a fait ce magnifique éloge :
** Esprit puissant aux grandes affaires , cœur » invincible aux grandes adversités? »
Après avoir omis de parler des règnes exécrables de Charles IX, de Henri ill et de la Ligue , dont Thorreur doit être imputée en partie à des femmes étrangères, jetons un coup d^œil sur la Fronde , où la galanterie vint dumoins couvrir le ridicule , et la frivolité tempérer la révolte.
Les femmes rendirent plaisant ce qui , sans
elles, eût ëté atroce. La duchesse de Montbason recevait du maréchal d'Ocquincourt un billet conçu en ce» termes : Péronne est à la belle des belles. Tout le monde connaît les vers emphatiques de la Rochefoucault ; Gaston d'Orléans souscrivait ainsi ses dépêches officielles : A mesdames les comtesses maréchales -de -camp dans V armée de ma fille contre le Mazarin.
La bizarrerie et la grâce , le ridicule et la sédition, la guerre civile et le calembourg:
contrastes que les Français et les femmes peuvent seuls expliquer.
Si la galanterie des manières , mélange dé politesse , d'amour et d'enthousiasnie , n'était venue tempérer le despotisme d'un prêtre , c'en était fait d'une monarchie où Richelieu disait en propres termes : « Je ren9ersetout,je fauche tout , et ensuite je couvre tout de ma soutane rouge >» ; où le sang des protestans à qui Henri avait dû sa couronne^ coulait sous le sabre des dragons ; quand cent mille familles françaises portaient chez l'étranger leurs découvertes , leurs arts et leur industrie ; quand les biens des proscrits devenaient la proie des courtisans; quand des missionnaires , précédés de canons et suivis par
la msgréchaussée , allaient prêcher dans les villes et dans les campagnes la parole d'un Dieu d'indulgence et de paix ; quand les temples hétérodoxes furent vidés à coups de fusil ; quand le ministre Louvois écrivait aux commandans de place : Sa Majesté veut qiion fasse éprouver les dernières rigueurs à ceux qui ne voudront pas se faire de sa religion , etc. , etc.
Il est heureux sans doute qu'un tel monarque ait aimé avec la même passion la domination et les femmes, le despotisme et la gloire ; ibest heureux pour la monarchie et pour les sujets que les la Yallière , les Montespan , et même les Maintenon, aient du moins partagé avec des confesseurs , les pères la Chaise et le Tellier, le cœur de Louis-le- Grand.
Même à cette dernière époque , Tinfluence des femmes adoucissait ou détournait les traits de la puissance.
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