CONCLUSION
«r L*AG£ et le pays où je vis , ëcrit lord Byron ^ » sont ceux de Thypocrisie, c'est-à-dire du » plus haut degré de la corruption humaine ;* » car Timitation de la vertu est le dernier raf- . finement du yice. »
Il est d'autres contrées où des hommes ; en s'annonçant comme des ministres de paix , vont semant partout le trouble et la discorde ; où les agens du pouvoir parlent de modération en se livrant aux plus violens abus de la force ; où les lois sont toutes dirigées contre les ennemis de Tarbitraire ; où Ton se fait un jeu de la foi des sermens en invoquant sans cesse la loyauté , la fidélité*, la franchise.
Et cependant , me dira-t-on , c'est dans un pareil tems , c'est devant de tels hommes que vous osez rappeler aux principes de la morale ceux qui F outragent chaque jour avec une si
décourageante impunité ! Que prétendez-vons?
faire peser également , au poids de la justice et dans les balances de T équité , les actes de rhomme privé et ceux de Thomme public?
Vaincre par la seule puissance de la raison ceux qui disposent des trésors , des soldats , des juges et des bourreaux ? Faut-il vous répéter ce qne rhistoire enseigne à chaque page ? Que , dans les tems où les Anitus , les Tigellin , les Jefferies et les Speziale sont les objets particuliers de la. protection et de la Eaiveur , les Socrale sont condamnés à boire la ciguë , les Sénèque à s^onvrir les veines , les Sidney à porter leur tête sor un échafaud, et les Caracciola k tendre le con au lacet ; que , dans ces pays , les ouvrages dans lesquels on recommande aux mères de nourrir leurs enfans, aux pères de présider à Téducation de leurs fils, ont été lacérés. par la main du bourreau et livrés aux flammes ? — Je le sais; mais qu importe? ces ouvrages ont triomphé dn bûcher. La dernière heure a sonné pour les oppresseurs comme pour les opprimés , pour les bourreaux comme pour les victimes. Que sont quelques jours de plus , dans cet espace si court entre la naissance et la mort ? Celui qui le par-
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court avec le plus. d'éclat, que laisse-t-il ? ua nom. Mais si ce nom^oit être répété par Técho des siècles , qu il ne réveille du moins que d'honorables souvenirs.
Les hommes qui combattent pour la cause sacrée de la justice et de la liberté ne considèrent ni les tems ni les lieux ; leurs regards embrassent l'espace et la durée, traversent à la fois rimmensité des mers et Timmensité des âges : ib voient, au delà de T Océan , la jeune Amérique libre , sous le seul )oug des lois ; ils voient, au delà du dix- neuvième siècle^ TEurope affranchie par TÂmérique; et, dans des siècles plus reculés , Tespèce humaine tout entière rendue à sa dignité native par la sainte alliance de T Amérique et de FEurope.
Le tems où les espérances les plus légitimes étaient considérées comme les rêves d'un homme de bien , touche à son terme ; le règne des illusions est passé , et rien ne restera debout , que ce qui est fondé sur la justice et la raison. ^
Rappelons - nous qu'il y a moins d'un siècleles hommes les plus courageux osaient à peine faire entendre de timides plaintes contre T inquisition et ses bûchers , contre la servitude et
ses humiliations, contre la tortore et ses chevalets; et que , dans ce laps de tems, T Europe a TU abolir tour à tour et la servitude des blancs et l'esclavage des noirs, et les tortures , et les confiscations , et la vénalité des charges , et la noblesse privilégiée, et les lettres de cachet. Si tous les hommes ne sont pas encore également protégés par les lois ; si tous ne participent pas, dans une proportion égale , aux charges et aux bénéfices de la société , le droit que tous oiit'à cette égalité est universellement avoué , et si , de tant de droits politiques légitimement acquis , authentiquement reconnus , il ne nous reste plus à nous-mêmes que Texamen des dépenses et le pouvoir d'accorder ou de refuser Timpôt , Texistence de ce droit proteste contre T abolition de tous les autres , et en amènera l'infaillible rétablissement.
Les mœurs se sont épurées à mesure que la société s'est affranchie ; les fonctions de maitresse ou à'amanià^im roi ou d'une impératrice ne sont plus des titres d'honneur et des charges de cour.
Qui pourrait , sans outrager à la fois la morale et la vérité, comparer les mœurs d'Alexandre
avec celles de Catherine , de Louis XV avec celles de ses successeurs.
Les mœurs mêmes des courtisans sont moins dépravées à quelques égards, et je ne crois pas qu^on en trouvât aujourd'hui un seul qui consentit à épouser la prostituée placée par lui dans le lit de son maître.
Autrefois les courtisans n'approchaient des princes quen tendant la main; cet esprit de mendicité n'est pas changé; on ne voit pas même qu'ils en rougissent : mais la société en rougit pour eux , et le pernicieux OLemple de leurs mœurs est aujourd'hui sans influence. Les classes inférieures ont appris à se connaître, à se respecter ; elles se sont élevées par le sentiment de leur dignité morale , et regardent avec dédain les restes de la race jes hommes du vieux tems s'agiter encore dans cette fange de la corruption des cours.
Tout en livrant aux outrages la mémoire d'un grand homme , la plupart des princes profitent des leçons qu'il a données. Â son exemple ils ne font plus consister l'honneur de leur règne dans l'éclat de quelques fêtes passagères et ' dans les voyages d'étiquette. On les voit par-