‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 3 sur 116 · II. X · texte numérisé non relu

II. X

abjection ; ce sont des visirs et des cadis, qui ont posé en principe que le grand-seigneur n'était point obligé de tenir son serment , parce qu'il bornait parla son autorité.

A qui doit-on cette autre maxime de la tyrannie , dmserpour régner?

Un homme a dit : « Qui ne sait pas dissimuler n*estpas digne du trône. >» Mais cet homme était le Néron de la France, l'odieux Louis XI.

Un autre a dit : «f Tout ce qui tend à diviser les citoyens est- contraire au vœu de la nature : la vérité na jamais fait de mal à personne ; la perfidie est le plus grand crime des rois. » Cet homme était la gloire du trône , l'honneur de Rome , le divin Marc-Aurèlç, et sa vie entière fut conforme à ces mémorables paroles.

L'histoire n'a offert qu'une fois au monde , sous le règne des Antonins , l'alliance de la liberté et du pouvoir absolu.

La liberté est l'état naturel de l'homme ; l'asservissement est son état forcé ; et comme tout être travaille sans cesse à rentrer dans l'état qui lui est propre , on a senti le besoin d'une puissance supérieure qui le maintint et le pliât au joug. Mais la tendance vers la liberté est per-

manente , tandis que Taction du gouvernement ne saurait être continuellement oppressive. Le désir d'être libre agit incessamment en nous 9 indépendamment de notre volonté , tandis que le gouvernement, dont la force n'est pas en laimême , n a pas toujours les moyens de la déployer. Voilà pourquoi la liberté finit toujours par triompher de la tyrannie.

Pour retarder sa défaite , que fait le despotisme? il cherche à tromperies hommes. Au Mexique , il proclame que le prince est fils du soleil ; sur le Bosphore , qu'il descend de la famille d'un prophètç ; en Europe , qu'il existe de droit divin ; auThibet, qu'il est dieu lui-même. Mais chaque, fraction du genre humain finit par retrouver ses titres ; l'esclave alors se change en citoyen , et l'on voit enfin que toute domination se fonde sur un contrat primordial , et que ce contrat est synallagmatique. La force, le mensonge , essaieront-ils d'étouffer ce grand principe de toute morale législative ? La force , le mensonge , passeront ; ce qui restera , c'est la justice , c'est la vérité.

Si l'art de la politique , que sa réunion à la morale peut seule élever à la dignité de science ,

cesse enfin d'être un art occulte et mystérieux ^ ses progrès ont été bien lents et bien chèrement achetés. Avant le douzième siècle on n'en découvre pas la moindre trace : les moines gouvemaient les esprits ; Taristocratie féodale opprimait les corps ; les savans n'étaient occupés qu'à fonder , sur Platon et Xénophon , leurs allégories chrétiennes , à subtiliser le subtil Aristote , et à chercher-dans ses rêveries métaphysiques l'explication des mystères ortho- 'doxes dont la croyance intime repousse toute espèce de discussion.

Au douzième siècle , un code lut retrouvé ; cette découverte jeta les esprits dans des spéculations d'un ordre plus utile , et les lança , pour ainsi dire , tout armés au milieu du schisme qui ne tarda pas à partager le monde chrétien.

L'aristocratie nobiliaire et sacerdotale s* empara de ce mouvement , et les rois se virent obligés de briser les liens qui enchaînaient les peuples , pour s'en faire un rempart contre la ligue formidable qui menaçait leurs trônes.

De l'alliance des peuples et des rois est née la sécurité et la force des rois et des peuples: par conséquent , tous les actes qui tendent à resr

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serrer cette union sont conformes à la fois et à la morale , puisqu'ils entretiennent la paix et la concorde dans Tétat , et à la politique , puisqu'ils donnent aux gouvememens plus de stabilité et de puissance. M^ais , dans presque toutes les monarchies , il existe des familles avides et oppressives qui prétendent avoir une origine distincte et un sang différent de celui des autres hommes^ Ceux qui n'ont jamais rien conquis réclament , en vertu de je né sais quel droit de conquête, le privilège d'occuper toutes les places , et de former exclusivement le conseil des rois. Ils se présentent comnie des intermédiaires nécessaires , inévitables , entre les rois et les nations , pour arrêter d'yn côté les envahissemens dii pouvoir, et de l'autre les efforts de la licence. Le but de ce double effort est de s'emparer des . richesses des peuples et de la puissance des rois , de jeter ceux-là dans les fers , et ceux-ci dans les couvens. Les peuples ne se sont jamais mépris sur les intentions de ces prétendus défenseurs de ses libertés : malheureusement les princes sont plus faciles à tromper.

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