CHAPITRE XXI
Les Bëdas, ou la justice naturelle.
J'ai habité pendant quelques années cette lie de Ceylan ,
Ou dom Calmet , rêveur bénédictin , Met le berceau du triste genre humain.
Je ne suis pas bien sûr que cette ile soit Tantique Tapobrane ; je le suis encore moins qu'elle ait jamais été le paradis terrestre ; mais je sais qu'elle est habitée par trois espèces d'hommes en qui l'on reconnaît plus distinctement que partout ailleurs les trois degrés de la civilisation : les Européens établis sur les côtes , les Chingulai^
continua-t-il ) et s'ils ne trouvent pas à la même place où ils avaient posé leur présent celui qu'ils exigent de vous , ils mettront le feu à votre habitation, et nous tueront s'ils nous rencontrent.
Quelque irrégulière que me parût cette manière de commercer , je me rendis cependant à la raison , sinon la meilleure , comme Tappelle notre grand fabuliste , du moins la plus incontestable , celle de la force et de la nécessité ; je brisai une vieille lame de sabre , et j'en suspendis les morceaux à la sagaie des Bédas. Ils arrivèrent pendant la nuit en beaucoup plus grand nombre que la veille , et je fus témoin des transports de joie qu'excita parmi eux la vue du trésor dont je payais leurs soins hospitaliers. Tels . furent les témoignages de leur reconnaissance , que je ne balançai point à accepter l'offre qu'ils me firent de parcourir avec eux leurs montagnes ; c'est à cette circonstance que je dois l'avantage d'avoir visité cette partie de l'île de Ceylan , où je ne pense pas qu'aucun Européen ait pénétré avant moi.
Qui n'aperçoit dans la conduite de cette peuplade les principes de cette justice naturelle que