CHAPITRE IL
Des Tribunaux.
Avant d'entrer dans le temple de la justice ; arrêtons-nous sous le péristyle , et portons nos. regards sur la statue de la déesse. Je la vois armée d'un glaive contre le crime , d^un bandeau contre la séduction , et d'une balance contre la fraude ; la vérité , la simplicité , le courage , sont ses attributs : égale pour tous , les portes de son temple sont ouvertes jour et nuit ; il suffit d'être homme pour y avoir ac^ ces , et le faible comme le fort trouvent un refuge au pied de ses autels. « Les Mèdes y dit
APPLIQUÉE A LA POLITIQUE. Io5
» Hérodote , élevaient sur le trône des hommes » sages, afin de jouir de la justice. » Depuis que les rois naissent sur le trône , les peuples ont souvent été forcés de se procurer d'autres jouissances. Je me représente la justice telle que Dieu Ta faite , telle que la conscience la révèle ; nous verrons bientôt quelle odieuse furie a , d'un bout de la terre à l'autre , usurpé ses honneurs 9 et s'est assise sur ses autels.
La publicité est la condition nécessaire dç toute procédure qui a pour objet de découvrir la vérité. Les procédures et les jugemens secrets; sont l'œuvre de la tyrannie : les hommes qui siègent dans ces tribunaux ne sont point des juges , mais des bourreaux ; leurs condamnations ne sont point des jugemens , mais des assassinats , d'autant plus odieux qu'ils sont ordonnés au nom de la justice , et exécutés avec le fer des lois. Pour croire à la justice, il faut la comprendre, il faut la connaître. Comment connaitre ce qui se fait dans l'ombre ? Ce qui est soustrait à la connaissance du peuple n'est point la justice , c'est la politique , c'est l'iniquité.
« La publicité des débats judiciaires a bien
» moins pour objet , dit M. Guizot , de faire sié-
» ger les juges en présence de quelques bommes,
» que de mettre la conduite des procès et les ju-
» gemens eux-mêmes sous les yeux de tous les
» citoyens. C'est par là qu'on apprend si les
» formes ont été respectées ou violées , si le
» vœu des lois est rempli , quel esprit a pré-
» sidé aux débats, sur quelles preuves a eu
>» lieu la condamnation ou l'acquittement. Les
» tyrans de i ygS ne donnaient pour défenseurs
» SiVLx pafnofes que des jurés patriotes , et n'en
» accordaient point aux arisfjcrafes. Dans d'au-
» très tems , il a été donné aux accusés arislo-
» cratès des jurés aristocrates ; et si les avocats
» ont conservé le droit d'élever la parole en
» faveur des accusés patriotes , ce droit a été
» souvent gêné par des interruptions , des ré-
» primandes et des interdictions. L'accusation
» et le jugement ont retenti dans tout le pays,
» les journaux les ont répétés et portés au loin ;
» la défense n'a pu sortir de la salle d'audience ;
» il n a été permis qu'aux assistans de savoir ce
» que l'accusé pouvait alléguer pour sa jnsti-
» fication ; nul autre n'a pu savoir 5/ les formes » açaient été respectées ou violées , et si le s^œu de » la loi avait été rempli,
» Dans l'afFaire de juin , dit encore M. Gui- » zot, la publicité de la procédure et du juge- M ment ont affaibli plus d'une crainte , et donné » lieu d'espérer que toutes les garanties n'é- » talent pas perdues. » Que penser de l'état politique et moral d'une société chez laquelle l'acte de justice qui renvoie absous quelques hommes innocens, est cité avec complaisance et comme une preuve de l'espoir c<ms.oIant que toutes les garanties de la sûreté individuelle ne sont pas à jamais perdues?
Le temple de la justice , selon la belle expression de l'auteur que je viens de citer, doit être un asile inviolable à tous les vainqueurs.
Io8 LA MORALE