‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 44 sur 116 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De rinterprëtation des Lois.

Dans tout état libre , disent Voltaire et Montesquieu , il n'y a point de citoyen contre qui on puisse , sans erime , interpréter la loi. Les Anglais seuls ont connu tout le respect que Ton doit à la sainteté du texte des lois, lorsqu'ils ont permis que le crime lui-même en abusât :

Tart perfide d'en forcer le sens , d'en rechercher l'esprit , est le crime des juges pervers et des tems d'oppression.

C'est alors que l'on voit une jurisprudence équivoque où la même action trouve , d'un jour à Tautre , son châtiment ou sa récompense ; où le crime est souvent puni parle crime ; où vous

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êtes jugé , non comme prévenu d'un délit , mais d'une opinion ; non comme factieux , mais comme fils , gendre ou ami d^un factieux ; non comme perturbateur du repos public , mais comme fauteur de telle doctrine politique , laquelle , interprétée de telle manière , appliquée à tel événement , pourrait en telle circonstance causer tel dommage.

Il est pénible de le dire , tous les peuples de la terre ont subi cette justice aflreuse. Qu'on me cite un seul tribunal en Europe dont les sièges ne fussent hideusement couverts , si dans chaque pays un nouveau Cambyse eût fait écorcher vif les juges prévaricateurs , et revêtir de leur peau les chaises curules où siégèrent les Torquemada , les Jefferies , les Fouquier-Tinville , et tant d'autres monstres qui souillèrent leur toge du sang de l'innocence , et transformèrent en poignard le glaive de Thérais.

Les lois étemelles de la morale suffisent h tous les besoins de la justice : tout voile jeté sur sa statue est un voile funèbre.

Les juges , en termes de jurisprudence , doivent dire droit , et non faire droit , car le droit est fait : les juges sont le^ organes et

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non les arbitres des lois. Une sentence arbitraire , de quelque nom qu^on la décore , quelque intérêt qui la dicte, fût-ce le salut de rétat ou celui |du prince , est le plus grand et le plus irréparable des attentats , puisqu'il tend à corrompre la source même de la justice ; c'est , dit énergiquement l'illustre chancelier d'Aguesseau , le crime du faux-monnoyeur, qui attaque à la fois l'état , le prince et le peuple. Nul n'oserait dire : Tai le droit défaire périr <jui il tne plaît ; la fureur des partis ou l'audace des tyrans n'a pas encore été jusque-là. Mais ce qu'ils n^osent dire , ils ne craignent pas de le faire, en travestissant les vertus en crimes, et les innocens en coupables : détestable mensonge auquel on a vu s^exercer tant d'avocats sans pudeur, de juges sans foi, et d'orateurs sans probité.

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