CHAPITRE IIL
Suite du même sujet. Moyens d'ëtelndre la Mendicité.
Si les exemples qu'on offre à des rois doivent nécessairement être pris sur le trône , je leur citerai celui de Léopold, grand-duc de Toscane , prince sage et législateur moral ; il ne permit pas que , dans ses états , aucun citoyen , quels que fussent son rang et sa fortune , vécût oisif et sans profit pour la société ; tout tomme parvenu à Tâge oiil'on peut remplir un emploi , exercer une profession , un art , un métier , était obligé de faire connaître celui auquel il se destinait, et les magistrats veillaient à ce qu'il ne pût se soustraire à cet engagement. Ainsi tout citoyen était utile à la société ; et , pour exercer des droits, il fallait accomplir des devoirs.
Faîtes des ouvriers , et non dçs mendians ;
APPLIQUEE A tA Ï^ÔLlTIQtÊ. fjg
donnez aux pauvres du travail et non du paiii : ils ne vous demandent l'un que parce que \ovs leur refusez l'autre .
L'aspect d'un mendiant accuse , je ne dis pas la police qui le tolère , qui peut-être l'emploie , et par conséquent achève de le corrompre , mais le gouvernement qui lui doit des secours s'il est infirme , et de l'occupation s'il est en état de travailler.
J'ai souvent entendu répéter que la mendicité était une de ces maladies du corps social qu'il était souvent dangereux de pallier, et toujours impossible de guérir dans un grand état. A cela je* réponds par des faits dont j'ai été témoin , et que peuvent attester les nombreux habitans d'une des plus belles ci tés de l'Europe.
En 1801, à l'époque où M. de Pontécoulant / aujourd'hui pair de France , prit en main les réiies de Fadministration du département de la Dyle , telle était dans ce pays l'intensité du fléau de la mendicité, qu'on ne croyait point exagérer en disant qu'une moitié de la population demandait l'aumône à l'autre : deux ans après , la Hicndicifé était entièrement détruite dans toute rétendue de ce département.
]8o LA MORALE
Dans le plan que cet habile administrateur s'ëtait proposé , et dont le succès surpassa ses espérances , il était parti du principe que l'humanité a ses droits ayant tout ; que ces droits imposent à la société Tobligation d'accorder secours et protection à Tindigence honnête ; mais ' qu^en même tems la morale publique exige que Ton sévisse contre la mendicité lorsqu'elle n'a plus d'excuse.
Ces réflexions préliminaires le conduisirent à partager les mendians en trois classes :
1*. Ceux qui, pouvant travailler, mendient faute d'ouvrage ;
2**. Ceux que l'âge ou les infirmités mettant dans l'impossibilité de pourvoir par le travail à leur existence ;
3°. Ceux enfin qui mendient par fainéantise avec la faculté et les moyens de travailler pour vivre.
Les moyeii3 à prendre pour éteindre la mendicité n'étaient plus que les conséquences à déduire de cette classification.
Ouvrir des ateliers publics pour les mendians de la première classe ; des asiles pour ceux de la seconde ; des maisons de réclusion^oui les autres.
APPLIQUEE A LA POLITIQUE. l8l
Cesi par Texëcution de pareilles mesures , mises en œuvre par un^magistrat dont la volonté persévérante et le dévouement au bien public ne se sont jamais démentis , que la Belgique se vit délivrée d'un mal hideux contre lequel avaient échoué tous les efforts de Tancien gouvernement.
«' Le but des fondateurs des établissemens de » chanté à Hambourg , dit madame de Staël , » a été moins de rendre les hommes utiles , que » de les rendre meilleurs. » C'est ce haut point de vue philosophique qui caractérise l'esprit de sagesse et de liberté de cette ancienne ville anséatique.