CHAPITRE IV
Maisons de prêt. — Monls-de-Piëtë.
Parmi les établissemens publics utiles et honorables dans leurs principes , il en est dont les abus ont tellement vicié l'institution, que la morale ne balance pas à les classer au nombre
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des fléaux les plus à craindre pour la société qu'ils dévorent , et les plus honteux pour les gouvernemens qui les autorisent.
Toute institution qui tend à éteindre l'amour du travail est immorale ; elle augmente la misère et conseille le crime.
Combien parmi nous en existe- t-il encore de ce genre?
Je n'hésite point à placer l'établissement des monts- de- piété au rang des institutions immorales , sans respect du nom respectable dont on les a couverts.
Je n'accuse pas l'intention de leurs fondateurs ; leur but était louable , je dois le croire : ils fondèrent le prêt public pour détruire le prêt clandestin ; ils s'arrogèrent le privilège de l'usure à dix pour cent pour en arrêter les progrès; ils crurent sanctifier des bénéfices usuraires en les abandonnant à Thôpital général ; c'est-à-dire qu'ils dépouillèrent les pauvres au^ profit des pauvres : voilà l'excuse ; mais où est la charité ?
La femme de l'ouvrier malade ou sans travail qui ôte les draps de son lit et va les déposer dans un mont- de-piété , 'afin d'en tirer quel-
APPLIQUÉE A LA POLITIQUE. l83
qries écus pour acheter du pain à ses enfans , ne devrait-elle pas trouver un établissement où Ton eût assez de piété et de pitié pour ne pas exiger d'elle douze pour cent d'intérêt?
La plus grande partie de ces effets , qui ne peuvent être retirés , sont vendus presque toujours au dessous de leur valeur réelle , et les frais de vente absorbent ce que l'intérêt n'a pas dévoré.
Loin d'être secourables aux pauvres , les raonts-de-piété accroissent donc leur misère et favorisent un établissement beaucoup plus immoral encore , la loterie , la plus vile , la plus odieuse conception de ce génie fiscal qui préside aux gouvememens modernes.