CHAPITRE IX
Des Prisonniers.
Dans la plupart des prisons , on voit encore les accusés des plus grands crimes mêlés avec les hommes arrêtés pour les délits les plus légers ; des condamnés pour qui se dresse Féchafaud à côté des détenus qui seront solennellement acquittés le lendemain ; les vaincus de la politique partageant le pain , la paille , le banc des filous et des escrocs : n'a-t-on pas essayé de leur en faire porter la livrée , et cette odieuse tentative , pour être demeurée sans succès , estelle restée sans éloge?
Nous osons parler de civilisation , d'humanité , de morale l Allons donc visiter les prisons, descendons dans ces repaires de vices plus odieux que ceux que la loi punit par cette rér
APPLtiJtJÈE A LA PoLltîQUÈ. t^Q
employait tant de moyens pour accabler un seul homme , quelque coupable qu'il fût , il y aurait lâcheté.
Le nom de çindicie publique , donné depuis quelques années aux poursuites exercées contre des individus prévenus de crimes , surtout dans ]es accusations pour délits politiques , a quelque chose de barbare qui semble annoncer que les volontés de la puissance ont remplacé la raison écrite , que le langage des passions a été substitué à celui des lois , et que ^ comme Ta ^très-bien dit M. Guizot) la politique a envahi le domaine de la justice. Mais c'est en vain ; cette grande iniquité ne prévaudra point contre le principe établi par les moralistes et les législateurs de tous pays ; ks peines sont infligées powr Vexemple. Le jugement le plus équitable , pro^ nonce dans le secret d'un tribunal , exécuté dans le silence d'une prison et à Tinsu de la société , n'est plus un acte de justice , mais de ven« geance. Les hommes qui ont prononcé la sentence ne sont plus des juges, mais des bourreaux.
« C'est à celui qui sonde le cœur humain , a >* dit un ministre philosophe , c'est à celui qui
cuse , pour toute réparation , un geôlier vient lui dire : La porte est ouverte , cous pouvez sor^ tir. Je puis sortir ! Mais pourquoi suis- je entré ? pourquoi tes maîtres ont-ils altéré ma santé y détruit ma fortune , porté le deuil dans le cœur de ma femme et de mes enfans ?
« Il serait parfaitement juste , dit encore » M. Necker , d^ accorder un dédommagement » à ceux qui ont été victimes d'une prévention » mal fondée. » Ces vœux, formés en 1784 par un homme de bien , ne furent pas trouvés séditieux alors , et moi j'ose à peine les renouveler dans un tems oili tous les sentimens généreux sont suspects de libéralisme, où l'appel aux lois peut être taxé de révolte , et la bienfaisance mise en jugement.