‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 77 sur 116 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Eutaeluel de k Lâuératun 50U3 le rapport moral.

Là Blpiale^ par rapport aux ëcriTaiiis , n'e&t pas Benlement cçite obftçrvafion des lob de la décence que tout homme hcviorable s'impose également dam ses actions et dans êes ouvrages. Si la littérature, que je considère ici comme dominatrice de b pensée , comme interprète de TopinioD^ se rendait Torgane du mensonge ; si elle répandait clie« un peuple le goût des lectures frivoles ; enfin si y devenue indigne de sa^ haute destination ^ la littérature n'était plus que Tins-^ trament du pouvoir et Tauxiliaire d'une faction , de quelque nom qu'une pareille littérature jse décorât , elle n'aurait besoin que de grands talens pour attester la dégradation de la pensée publique : mais » je Tai déjà dit t h littérature d'un peuple est toijit entière i à chaque époque f. dans quelques esjprits supérieurs , qui

la dominent , et marquent irrévocablement sa place : examinons quelle est celle de la France.

Les grands intérêts de la patrie et de la liberté ; les progrès des sciences et de la civilisation , le développement de l'industrie et des arts , tels sont les nobles , les utiles sujets que traitent à Tenvi les écrivains philosophes, les orateurs et les poètes dont s'honore T époque actuelle. Si quelques ouvrages honteux , tels que les Mimoins de madame d*Epinaj ^ ceux du baron de Bezençal , ceux du duc de Lamzun ^ et les Parvenm , ont souillé, la littérature contemporaine , on sait que ces tableaux de mœurs , qui ne sont pas les nôtres , ont été peints par des auteurs qui ont vu de près la corruption d^un autre âge ,. et qui ont subi Tinfluence du monde où ils ont vécu«

Long-tems la flatterie a déshon<M:é la littérih

ture ; c'est encore un des vices dont la révolihtion a fait justice ; il nous reste bien quelques coureurs de bagues et de tabatières , quelquesuns de ces turiféiaires d'antichambres qui ne smrtent guère de la grâce qui distingue , de la bonté qui caractérise , de V inépuisable bienfait sqnce, ie la clémence toute divine, et d'une don-

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Kadne de fonnùles semblables quMls n'ont pas même Tesprit de rajeunir ou de varier.

On a yu paraître deux ou trois. épitres dëdicatoires , où Tbyperbole de la louange passait les bornes du ridicule; il est douteux néanmoins que Ton parvienne à remettre en honneiur cette mendicité littéraire qui répugne au caractère national. Quant au commeitle d'eiïcens qui se fait par la voie des journaux et de la tribune , il n'a rien de commun avec la littérature ; et s'il procure à ceux qui expldtent cette branche d'industrie des dignités, des pensions , de Tor et des places , on sait aussi quel salaire leur réserve l'opinion publique.

Les Lattaignant, les Crébillon fils, les Grécourt, et tous les auteurs frivoles ou licencieux, ne trouvèrent de lecteurs , même i l'époque où ik écrivirent, que parmi les libertins surannés et les femmes perdues.

Aujourd'hui l'auteur le plus mondain n'oserait avouer des productions semblables à celles qui faisaient la gloire des abbés d'autrefob ; et si la philosophie n'a pu parvenir à bannir toutà-fait le fanatisme de l'église, du moins Ta^

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t*eUe purgée da scandale des mauvaises mceui^ et des maurais exemples.

Les fictions mêmes des romanciers n'ont plus de channe que parla yëritë des sentimens, la décence de Tintrigue et ThcMinétetë des moyensi. Le mépris et ToubU frappent impitoyablement tout ce que la raison et la morale réprouvent ; au théAtre , si les spectateurs se montrent plus indifférens qu'autrefois aux * malheurs de la race perfide des Atrides, et à la fiaitalité qui pèse sur Tincestueuse famille de Laïus , on estplus sAr de les intéresser en débattant devant eux les grands intérêts de la patrie et de la liberté. Que n'est-il permis à nos poètes de répondre entièrement à cet appel de Topinion , et de présenter à des spectateurs capables d'apprécier les hautes vertus des grands citoyens de la Grèce et de Rome, Thémistocle oubliant son injure, résbtant à toutes les séductions, à toutes les menaces des ministres du roi de Perse, et se donnant la mort plutêt que de tourner vers sa patrie un fer parricide; Thrasybule chassant les trente tyrans d'Atbènes;yirginius payant du sang de sa fille la délivrance de Rome et la

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chute de$ décemyirs; Timoléoa ^SranchissaBt du joug de Timophane Corintbe sa patrie , faisant i^er la citadelle et le palais de Peui^ , vieux repaires des tyrans de Syracuse !

Four égayer la gravité de ces hautes leçons , heureux si nos poètes coipiques , comme autrefois Molière , pouvaient livrer à la risée publifjue les travers et les ridicules de Tâge présent ; mais dans ce siècle de libierté , U pensée humaine est livrée à des tortionnaires à gages , dont Tunique occupation est d'éjointer les ailes du génie.

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