‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 78 sur 116 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suite de l'état actuel de la Littérature sous le rapport moral du dix-huitième siècle.

Le dix-septième siècle fui ccthii des ^mis écrivatiis ; le dix-huitième Xuit celui de 1^ gn^nde littérature , de celle où la pensée, ramejPuie par la philosophie sur Thomme et la sopiété , découvrit cette chaîne mystérieuse qui unit la mo-

tak, la religion et la politique. Au siècle de Loiùs XIV succéda le siècle de YoUaire. Au commencement de la régence , une sorte d'anarchie régnait dans la république des lettres : Voltaire s'en proclama le directeur , et le prenuer acte de sa puissance littéraire fut dirigé contre le fanatisme et Tintolérance qui , depuis deux cents ans , couvraient la France de sang et de deuil; à sa voix la persécution s'arrête, les bûchers de Tiiiquisition s'éteignent, et la torture est abolie.

Montesquieu retrouve les titres du genre humain ; et en feignant de rechercher l'Esprit des lois, fait connaître et chérir aux Français le gouvernement constitutionnel. Sous le voile ingénieux Ats Lettres persanes , il introduites vérités les plus hardies de la politique et de la morale.

Rousseau assigne la cause et l'origine de l'inégalité parmi les hommes , et il a besoin de toute son éloquence pour leur persuader qu'un sang de même nature et de même couleur coule dans leurs veines ; qu'ils sont sujets aux mêmes infirmités, aux mêtnes besoins; qu'ils naissent libres-, et que dans Tétat social tous apportent des droits égaux.

APPLIQUEE A LA POLITIQUE. :î53

' De cette école normale d'une nouvelle littérature, sortent les d'Alembert, les Diderot,- les Duclos , les Mannontel , les Thomas , les Helvétius, et cette foule d'écrivains philosophes qui répandent partout les lumières qu^ls ont été puiser à sa source.

La révolution commence , ou plutAt elle s'a-^ chève , et la régénération du peuple français semble être consommée.

Qui donc a changé tant de cris d'alégresse en longs gémissemensP tant de jours de fête en jours de deuil? qui donc à couvert le champ de la liberté de débris et de cadavres ? Les résistances de Tambition , de la sottise et de Torgueil l Je crois pouvoir me dispenser de répondre à ceux qui ont accusé la philosophie des crimes qu'elle abhorre , et qu'elle n'a jamais cessé de combattre ; la philosophie repousse , il est vrai , l'arbitraire, mais elle demande des lois, elle veut la justice, elle invoque la morale , et plaide en faveur de la raison et de l'humanité.

Sur tous les débris qu'elle a- pu sauver d'un grand naufrage politique , on peut voir encore l'empreinte de î^t% vœux et de ses espérances.

A toutes les époques où l'iniquité des juges

a banni Thëmis de son temple , la voix courageuse de nos avocats a-t-elle cessé dMnvoquer son auguste nom ? Sous la république , les Tronçon Ducoudray, les Cbauveau-Lagarde ; sous Fempire , les Bellart , les Lamalle ; et , dans ces derniers tems , les Dupin , les Mauguin , les Tripier, les Mërilhou/les Mocquàrt, les Odillon-Barrot , n'ont-ils pas rappelé sans cesse , dans leurs éloquentes paraphrases, cethémîsticbe fameux : Des lois et non du sang.

En m*entendant citer les noms de quelques hommes, aujourd'hui si diflercns d'eux-mêmes , on voudra bien se souvenir que je parle d'un tems où la liberté et Thumanité n'avaient pas de plus ardens défenseurs.

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