‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 94 sur 116 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Causes des Changemens opërës dans les Mœurs

par la rëvolutioD.

Lorsque le corps humain est chargé ^d^humeurs vicieuses , la fièvre les brûle , et Tindivîdu se régénère s'il est assez fort pour supporter la crise. Les révolutions sont les fièvres politiques du corps social ; la révolution française, que J6 ne considère ici que dans ces

APPLIQUÉE A LA POLITIQUE. 32 f

âerniers résaltats , a complètement opéré la ré-^ génération des mœurs ; et si quelque scandale a remplacé ceux.qu'elle a détruits sans retour, c'est celui des plaintes hypocrites que .des hommes d'une immoralité révoltante font cha-r que jour entendre sur la dépravation de la so* ciété. . ■

Les richesses excessives d'un f>etitt nombre de familles ont été dans tous. les. tems, dans tous les pays , la ruine des mœurs , la cause ides troubles et des séditions, en exaltant outre me^ sure , chez les uns , les sentimens d' orgueil et d'ambition^ en abandonnant les autres aux inspirations trop souvent criminelles de la misère et de Tenvie.

On le nierait vainement , la révolution a détruit ces inégalités immorales ; une plus grande et plus juste répartition des fortunes a épuré ie$ mœurs, a multiplié les vertus privées, et fait naître les vertus publiques. Ils sont donc les ennemis des vertus et des mœurs ceux qui , 3ous le nom de supériorités sociales ,. demandent iur cessamment qu-on réunisse sur latété.d'uA petit nombre d'indivi^lus ce que la sagesse .des lois nouvelles voulait répartir entre tous leâ enfans

322 LA MOKAL£

de la famille politique , les emplois et les richesses.

La répartition des lumières n'est pas moins fih vorable aux mœurs que la division des richesses, car le vice ne choque pas moins h raison qu'il ne blesse la vertu , et pent<-étre même est-il plus fréquemment une erreur de Tesprif qu'une dépravation du coeur. L'ivrognerie , la débauche et les honteuses habitudes qui somllent les dernières classes de la société , en sont rcpoussées à mesnre que ces classes s'instruisent et que la lumière y pénètre ; partout elle porte avec elle te respect de soi-même et Tamosr des ktions honnêtes ; c'est par elle qœ les esprits apprennent à distinguer le bien du mal ; la gloire et r élévation de la vertu , de la honte et de la bassesse du vice. Les prédicateurs de Tignorance sont donc aussi les apôtres de la corrup' tion.

Au gré Ae nos modernes Dracon , les lois crininelles, si dures , ne sont pas encore assez sevères v ils voudraient nous reporter au teais où , pour le vol de cinq sous , on pouvait faire pendre un malheureux. 11 faut le redire , il £amt le répéter sans ce^se : les lois cruelles rendent les

mœii^ atroces , o.tt assurent l'impunité àa crime : c'est un fait qu'il suffit d'énoncerj il porte âvee lui ses preutQS.

La sévérité des loif^iait la sûreté des malfaiteurs, etTimpuaité eA atcnsltlft nombre. Mais en Angleterre , comme en France ^ les hommes qni demandent la réforme dès Ids (Criminelles sont 9 aux yeux du pouToir^ des miicàmx 9 àeA réifàbai»nnâit€s . « Jamais , dit un auteur atiglaii » ( Colquhoun ) ^ Teiùpire romatti n'avait été » si florissant que durant Texiste^e de la loi » Pùreia , qui abolissait là peine de mort pour » toutes les espèces dé orimes^ » Leé supplices inventés et multipliés par la ornaoté ieê Césars achevèrtat la dépravation des moeurs , et hâtèrent la décadence de Tempirt.

La plus gitadè division possible d6^ fortunes , les progrès de Tinstî^uction et dos luÉiiètes; de$ punitions proportionnées au degré de gravité dé r offense; dès lois claires , sfanples^ Taites et exécutées da bonne foi ; des formes qui soient* des gartmtiès et non pas des pièges ; des màgi6-> trdts ^1 appliquent les lois et ne les interprètent pas f c'est avec de tels moyens que les tnosurs se régénèrent et se conservent. Par les résultats

obtenus depnis TÎngt ans de Temploi d'nn petit nombre de ces moyens , on peut jnger qneb progrès la morale ferait en France , si les plus efficaces ne lui étaient pas:opîniitrement et impudemment refusés par les hypocrites louangeun des tems passés.

En effet , les hommes qui ont vu les honteuses saturnales auxquelles on donnait autrefois le nom de plaisirs du peuple r les grossières livrées de Tindigence dont ce peuple était'à peine couvert , ne doivent-ils pas reconnaître , au progrès de Taisance et de la propreté qui se trouvent dans les dernières classes de la société , la preuve d'un bien-être plus général ?

Qui ne remarque avec plaisir phis de dignité dans les manières , plus de correction dans le langage , plus d'urbanité et de douceur dans les habitudes , même chez les ouvriers les plus pauvres ? Qur pourrait donc , en contemplant cet heureux résultât de Tinstruction po-

«pulake , ne pas former lé voeu de voir augmenter cette somme dérisoire de 20,000 fr. destinée aux frais de renseignement mutuel , et traiter au moins les enfans du pauvre à Tégal des singes

^ d' Afiique , pout Tachât et Tentretien desqnels

on compte 5o,ooo fr. dans le budget de la ménagerie. Si le Jardin des Plantes comptait quelques singes de moins , Paris aurait , chaque année , quelques bons et utiles citoyens de plus * nos hommes d'état ne trouveraient-ils pas qu'il y aurait compensation' suffisante P

Page 1