CHAPITRE VI
De THonneur et des Honneurs. .
MoOTESQUiEU a fait de Thonneur le principe du gouyemement monarchique ; mais la distinction qu'il établit entre Vhonneur et la vertu prouve qu'il attache à ces deux mots une idée très-différente : sans les confondre tout-à-fait , les anciens Romains les rapprochaient davantage. Ils avaient £aiit élever à la vertu et à l'honneur denx temples séparés que réunissait un môme péristyle ; en sorte qu'on ne pouvait arriver au second qu'après avoir passé par le premier.
326 LA 3IOBALE
L'honnenr est le désir d'être estime des honH mes : on Ta fort bien défini U préjugé de thaqtn personne et de chaqme condition. Ce qu'on est convenu d*appeler honneur , en général , n^a qu'un objet certain , la crainte de la honte : les hommes le placent où ils veulent , et les femmes où Ton veut ; en sorte qu*il y a peu d'actions honorables qui ne puissent devenir honteuses suivant le préjugé qui domine , puisque chacun fait consister Thonneur dans ce qu'il croit qne les autres estiment le plus en lui.
L&s mœurs qui ont pour base la morale , qui ne change pas, sont essentiellement tteilleures que celles dont le principe est Thonneur, exposé sans cesse aux caprices de l'opinion.
L'amélioration que Ton remarque daas les moeurs actuelles est donc le fruit des progrès de la morale et de raflaiblissement des préjugés dans chaque personne et dans chaque cofiidition.
J'aurai achevé de démontrer cette proposi-^ tlon par les iaits , en prouvant que les dent fléaux auxquels la société reste plui particulièrement en proie , sont les résultats nécessaires d'une lutte oà Tbonneuf conserve encore , à quelques égards , tous les avantages sur la vertu ; je
yeux parler du duel et du suicide , dont les exemples , il faut bien Tayouer 9 sont plus fré-* quens aujourd'hui qu'ils ne l'ont été à aucune autre époque.