Esprit des /ois, liv. XIX, chap. v
dans la volonté humaine peuvent être guéris par la volonté humaine.
Notre impuissance actuelle est toute relative et tient uniquement à notre ignorance. Quand nous sentons à peine les maux dont souffre le corps social, quand nous ne savons encore ni les analyser, ni discerner les causes qui les produisent, quoi d'étonnant si nous ne pouvons les guérir? Mais la sociologie fondée sur la démographie révélera aux peuples leur fin et aux gouvernements le moyen de la leur faire atteindre.
En résumé, la morale scientifique, basée sur sa sanc- , tion, bien loin d'être incapable de moraliser les hommes, dépasse infiniment le théologisme et la métaphysique comme efficacité moralisatrice.
Nous avons fait voir son aptitude à obtenir de l'individu une docilité d'autant plus grande que ses prescriptions devenaient plus immuables et plus justes.
Seule, elle se préoccupe de moraliser le milieu dans lequel il vit plongé, sans la moralisation duquel celle de l'individu n'est jamais que précaire.
Seule, elle peut, grâce à la démographie, constater toute une catégorie de maux qui, comme par exemple l'abaissement de la natalité, peuvent faire périr une nation sans léser aucun des individus dont elle se compose. En pareil cas, aucune douleur n'étant ressentie et aucune plainte ne se faisant entendre, l'antique morale restait muette ; la morale nouvelle, au contraire, sait découvrir ces sortes de maux, leurs causes et leurs remèdes; elle saura prescrire à l'individu la conduite
qu'il doit tenir en conséquence et l'amener à la suivre.
Seule enfin, elle peut moraliser la loi même, déterminer le but rationnel de Tactiviié collective et celui de Taclivité individuelle, découvrir des moyens sûrs d'atteindre l'un et l'autre.
Pour l'augmentation de l'homme en valeur et en bonheur, en rectitude et en bonté, elle exercera une puissance dont jamais jusqu'à ce jour, dans leurs plus ambitieuses espérances, les penseurs les plus optimistes n'ont entrevu la possibilité.