PREMIÈRE PARTIE
LA
Réflexions sur les crimes commis sous le spécieux prétexte de la gloire de Dieu et des intérêts de la Religion.
U N assassinat est commis par ordre d'un Evêque excité par un zèle aussi outré que barbare. 11 fait tuer par surprise un imposteur accusé de se dire le Clirist et de séduire la multitude par des prestiges. Tels furent les motifs qui déterminèrent le meurtre d'un Bûcheron dont j'ai déjà raconté l'histoire dans un Ouvrage intitulé le Magnétisme Animal retrouvé dans ï antiquité [i]. J'y avais proniis des réflexions sur la conduite de cet Evêque dont les principes étaient
Le Magnétisme Animal reirouvé dans l'antiquité , 1 voî. £/2-8^. , Paris, chez BAîiRors, l'aîné, nie de Seine, u". lo, faubourg S. Germain.
Nota, Celle première Partie de la Morale Chrétienne ven^^ée, forme le Paragraphe du Chap. , pag. 22 % dudit Ouvrage, le Magnétisme Animal retrouçé^, etc.
si contraires à ]à morale cnréite'niîe. Je tiens parole , et je vais retracer les faits concernant cet assassinat.
Ce Bûcheron était de Bourges : étant un jour entré dans une foret, il y fut assailli par un essaim d'abeilles, dont les piqûres lui furent si funestes , qu^il en devint fou pendant deux ans.
S, Grégaire de Tours , qui raconte ce fait , veut que le diable ait été Fauteur de cet accident , et s'en exprime ainsi : Unde intelligi daîur diaholicœ émis-:
sionis fuisse n equitiam .
Deux années s'élant écoulées , ce hû^ clieron sQ mit à voyager^ et il arriva dans la prôviîice d^ Arles. Il faisait sa prière comine un rélîgieux • mais le diable^ pour le trômper ( au dire de S. Grégoire )^ lui donna Ja faculté de deviner et de guérir les maladies. Le peuple le suivait en foule^ lui présentant des malades, que ce bûcheron guérissait par son seul attouchement. Ceux qui venaient le trouver lui apportaient de l'or , de l'argent, ainsi que des vêtemerîs , qu'il distribuait aux pauvres , dans l'intention ^ dit S, Grégoire de Tours ^ de séduire le
peuple plus aisément. Il se prosternait en terre et faisait sa prière, puis il prédisait les choses futures: aux uns, qu'ils tomberaient malades 5 aux autres^ qu'il leur arriverait des pertes^et ne promettait le salut qu'à un petit nombre. Mais S. Grégoire ajoute que toutes ces mer-r veilles étaient opérées par des artifices diaboliques et par je ne sais quels prestiges. « Sed hddc omnia diabolicis artibus » et praîstigiis nescio quibus agebat. » Et il convient que cet imposteur avait séduit unë multitude immense de peuple, non-seulement parmi les villageois les plus grossiers , mais encore parmi les ecclésiastiques prêtres , et qu'il était enfin accompagné par plus de trois mille personnes. « Seducta est autem per eum » multitudo immensa populi , et non so- » lîxm rusticioresjverîim etiam sacerdotes » ecclesiastici 5 sequebantur autem eum » ampliiis quàm tria millia populi.
Une chose qui paraît invraisemblable, et que S. Grégoire raconte 5 c'est que ce bûcheron se mit à dépouiller quelques personnes et à faire des vols sur la grande route , et qu'aussitôt il distribuait aux
pauvres les dépouilles dont il s^était emparé. « Interea cœpit quosdam spoliare » et prsedari quos in itinere reperisset : w spolia tamen non habentibus largie- » batur. »
Ce fait doit paraître improbable , de la part d'un homme qui était toujours suivi par une foule de gens qui , sans doute , n'auraient pas voulu être ses complices^ ni les témoins criminels de ses vols sur le grand chemin. D'ailleurs, ce bûcheron inspirait tant de confiance tant d'enthousiasme , qu'on venait déposer à ses pieds de l'or , de l'argent et des vêtemens ; il ne devait donc pas lui prendre envie de faire le métier de voleur, o i
S. Grégoire accuse encore ce bûcheron d'avoir menacé de la mort les évêques et les citoyens qui dédaigneraient de l'adorer. « Episcopis ac civibus minas » mortis intendebat , eo quod ab iis ado- » rari despiceretur. » Cette accusation semble être présentée ici pour justifier le meurtre dont il va bientôt être fiait mention 5 mais ces|menaces fussent-elles vraies, elles ne pouvaient autoriser un évêque à commettra wu meurtre , poui*
prévenir le danger dont il se croyait menacé.
Quoi q^i'il en soit , et sans prétendre faire l'apologie de cet imposteur , dont la présence inspirait de l'inquiétude, Saint Grégoire continue de raconter qu'un jour ce bûcheron était entré dan» la ville d'Anice en Vellay , dont Aurélius était alors évêque ( i ) , et qu'il s'était fait précéder par des hommes qui annonçaient sa venue en dansant et au son des instrumens. L'évêque étant effrayé de l'apparition de cet isiposteur , détacha contre lui plusieurs homn^es intrépides pour lui demander ce qu'il faisait et ou il alliait. L'un de ces braves se baissa devant je bûcheron comme pour lui baiser les genoux ; mais celui-ci s'en étant aperçu voulut le faire arrêter : alors le siccaire j sans plus tarder , mit l'épée à la main ,
(\) Sanctus Aurelîus, Episcopus Podiensis XV. Saint Anrèle, quinzième Evêque de Puy en Veilay. C'est ainsi qu'il est désigné dans la Gaîlia Christiana , à l'article de Bourges et de Puy en Vellay, tome II > ( page 6qo. A. ) in-fol. Paris, 1720. L'Hisloîre du Bûcheron cî-dessus^^ mentionné se trouve inscrite en son entier dans ce même tome de la GaUiana ChHstianay d'après Grégoire de Tours,
fondît sur le bûcheron, le tailla en pjèce^ et le tua sur la place j alors toute la foule se dispersa au même instant. Quant à Marie , l'associée du Lùcîieron y elle fut livrée aux supplices et confessa toutes les illusions et tous les prestiges de l'imposteur. « Maria autem illa supplicîis j) dedita 5 omnia phantasmata ejus ac M praestigias puLlica^vit. »
Telle est la manière dont Saint Au-rèle , ou Aurélius ^ se défit de ce bûclieron , qui n'était autre chose qu'un de ces toucheurSy comiiieil en a existé plus d'un et de tout temps , qui parvenaient à guérir par un simple attouchement certaines maladies sur lesquelles Fimagination a une grande influence.
L'un des traducteurs de S. Grégoire de Tours , M. de Marolles j abbé de Villeboin (i), n'a point approuvé cette
(1) Michel de Marottes, né en 1600, mort en 1681 > entra de bonne heure dans Tétat ecclésiastique , et obtint deux abbayes , celle de Bargerais et celle de Fiiiehoin. Il se livra à l'étude des Belles-Lettres , et fut auteur de plusieurs traductions et de quelques ouvrages ërudits. Il traduisit, entre autres, l'Histoire des Francs , par S. Grégoire de Tours, en a vol. in 8\ Paris, 166S.
manière de se faîre justice par soi-même^ et voici ce qu^îl en dit à l'occasion du fait qui vient d'être rapporté, dans une notice, page 712 du i^^, volume de sa traduction de V Histoire des Francs : On M doit ( dit-il ) s'opposer à ces impos- » teurs par des exhortations , et non les » tuer j>ar le glaive, car ( ajoute-t-il ) » l'Eglise ne vent pas répandre le sang n humain ^ mais par esprit de charité , » elle voudrait plutôt épargner celui des y) coupables. »
Je vais ajouter ici les réflexions que j'ai déjà promises plus haut pour venger la morale chrétienne outragée par le meurtre dont on vient de lire Thistoire, et mes réclamations paraîtront d^autant plus justes et d'autant plus instantes, que les crimes pour cause de religion, ainsi que les principes qui les autorisent , semblent justifiés par l'opinion de certains théologiens corrompus , fauteurs d'une morale relâchée et anti chrétienne, qui autrefois prêchèrent publiquement V exécrable doctrine des régicides , et dont quelques-uns la mirent en pratique. L'accusation vague de brigandage
contre ce bùckeron ne peut justifier Tassassinat dont il fut la victime. Saint Aurèle 5 évêque duPuy, qui fît tuer ce malheureux par surprise , se croyait apparemment autorisé de s'en défaire y parce que cet imposteur voulait singer les miracles de Jésus-Christ. Il y était en effet parvenu jusqu'à un certain point, par des procédés naturels^ quoiqu'extraordinaires , mais que l'ignorance taxait de magie : du reste , les désordres qui avaient pu en résulter étaient du ressort de l'autorité civile. C'était donc à l'autorité civile que l'évêque aurait dû s'adresser pour obtenir la punition du bûcheron , dont la folie était bien manifeste. D'ailleurs ne voit-on pas des fous dans les hôpitaux 5 se dire le père Eternel ou le fils de Dieu; mais les gouvernemens , plus humains, se contentent de les faire enfermer, et non de les faire assassiner.
Ce n'est pas le seul homicide, ni les seuls actes arbitraires et cruels qu'on puisse reprocher à des prêtres et à des évêques. Lorsque ceux-ci sont animés par un esprit de parti et exaltés par un zèle trop ardent , non - seulement ils per-
mettent le crime , quand ils le croient utile aux intéi êts de la religion ; mais encore ils l'ordonnent au nom de Dieu.
Je pourrais citer plusieurs théologiens qui, pour justifier ce principe anti-social et contraire à la morale chrétienne , se prévalent de l'exemple de la perfide et cruelle Judith 5 qui coupa la tête à Holopherne^ Ils invoquent, comme une autorité légitime 5 l'acte infâme de cette impudique , qui 5 pour se rendre utile au peuple de Dieu y se souilla de deux crimes à-la-fois , celui de la fbrnication et celui de l'homicide : que dis-je? de l'assassinat prémédité d'Holopherne^ auquel elle était venue se prostituer.
Saint Cyrille, d'Alexandrie^ s'attira aussi de grands reproches pour avoir suivi ce principe funeste , que le crime est permis lors qu^ il est utile à la religion; car il favorisa les fanatiques qui outragèrent la helle Hjpacie^ et il employa lui-même la violence, sans attendre la justice du magistrat. Sa conduite séditieuse a été dévoilée dans le tome II de nos archives du Magnétisme animal , 11°. 4? ^^ût 1820 j p, 3g.
Je vais reproduire ici , comme ayant rapport à la matière que je traite y ce que j'en ai déjà dit, à l'occasion de la mort Hjpacie ^ femme célèbre dans l'antiquité, qui fut assassinée par des clercs fanatiques de l'église d'Alexandrie , et ce crime est resté impuni.
Hypacie naquit à Alexandrie vers la fin du quatrième siècle et mourut dans le mois de mars Elle était fille der
néon y philosophe et mathématicien célèbre. Elle suivit les leçons de son père ^ et le surpassa en célébrité 5 sur-tout par ses connaissances des mathématiques ^ dont elle avait fait son occupation principale. Elle fit de si grands progrès dans l'étude de l' Ecriture-Sainte , dans la Phi-
, losophie 5 dans la Géométrie et l'Astronomie 5 etc. , qu'elle égalait et même surpassait, en quelque sorte , tous les philosophes de son temps. Elle était d'une rare beauté, el tous ceux qui la voyaient en étaient épris. Les auteurs anciens qui ont parlé d' Hjpacie lui ont donné autant de louanges pour la pureté de ses mcèurs sHie pour sa science et la beauté de son
£i^génie.
Dans VHisioire abrés^ée des PJiilo'soplies et des Femmes célèbres ^ par M. deBurj , en 2 vol. in- 12 , Paris, 1773, à la page 276 du tom. II , Hjpacie est placée au rang des femmes qui se distinguèrent par une pliilosopliie chrétienne et savante. Cependant plusieurs auteurs prétendent qu elle suivait encore la religion des païens , ou du moins qu'elle favorisait le paganisme.
A son retour de la ville d'Athènes ^ oîi elle était allée se perfectionner dans les écoles savantes de la Grèce, Hjpacie fut mise à la tête de TEcole d'Alexandrie , où tant de grands hommes , avant elle , avaient professé les sciences. Tout ce qu'il y avait alors dans le monde ^ de philosophes chrétiens et païens, venaient entendre ses leçons. On comptait parmi ses disciples l'illustre Sjnésius de Cyrène ^ l'un des plus savans de son siècle , et qui fut depuis évêque de Ptolémaïde , ancienne ville d'Afrique , de la pentahole d'Egypte. Ce prélat appelle cette docte fille sa mère , sa sœur , son maîlre en philosophie ^ et sa bienfaitrice ; il lui adresse plusieurs lettres , la rend juge de
ses ouvrages , et les soumet à sa critique. Tous les préfets d'Egypte , de son temps,^ reclierclièrent son amitié, et l'un d'eux, nommé Oresie , suivait ses conseils ; mais malheureusement il existait alors ^ entre ce préfet et Saint Cjrille , patriarche d'Alexandrie j de grandes dissensions qui produisirent une opposition formelle entre Tautorité civile et, l'autorité ecclésiastique. Il en résulta une animosité si vive, qu'elle se communiqua aux partisans du préfet et à ceux du patriarche» Les esprits s'exaspérèrent à un tel point, qu^on vit plus de cinq cents moines des déserts de Nitrie , dans la Basse-Egypte , quitter leurs solitudes et entrer tout-àcoup, menaçans , dans Alexandrie. Us attaquèrent le préfet sur son char, dis— persèrent son escorte à coups de pierres , et Tun des moines, nommé Atnmonius^ blessa le préfet Oreste au visage. Le peuple accourut au secours à! Oreste y mit en fuite les 'moines 5 et Ammonius ([ui avait blessé le préfet , fut mis en jugement et condamné à expirer sous les verges. Saint Cyrille recueillit le corps fV Ammonius ^ le fit transporter procès-
sîonnellement dans sa cathédrale , changea le nom de ce moine en celui de Thau^ mase y c'est-à-diie admirable^ et le fit proclamer comme martyr. Cette conduite , que plusieurs écrivains se sor.t fait un devoir de justifier en faveur des motifs qui faisaient agir ce prélat, ne fit qu'irriter les esprits de part et d^autre , et entretenir des sentimens de vengeance quij bientôt, éclatèrent et produisirent un assassinat commis sur la personne ^ Hjpacie. \Jabbé Fleury , membre de l'Académie française et confesseur de Louis XV j a dit, dans son Histoire ec^ clésiastique j en parlant de l'émeute des moines à Alexandrie , que les plus sages des chrétiens n'approuvèrent pas alors la conduite du patriarche. En effet , les plus fougueux partisans de Saint Cyrille^ ayant à leur tête le lecteur Pierre ^ clerc de Féglise d'Alexandrie, arrêtèrent .^(^pacie au moment oîi elle se rendait à son école j la forcèrent de descendre de son char, et la traînèrent dans l'église nommée Césarine ^ là , après l'avoir dépouillée : toute nue , ils l'assommèrent avec des débris tuiles et de pots de terre.
Cet événement déplorable eut lieu au mois de mars 4*5. La rage de ces forcenés ne fut point assouvie par la mort de cette femme illustre ; ils coupèrent son corps par morceaux , les portèrent dans les rues d'Alexandrie , et enfin les brûlèrent dans un lieu nommé Cinaron,
C'est ainsi que les outrages exercés par des clercs séditieux ^ sur le corps de la heWe H jpacie ^ servirent de représailles pour venger 5 par im crime^ la juste punition infligée, diaprés les lois , à un moine fanatique et rebelle.
Ce meurtre contre une femme célèbre ^ savante et philosophe, attira de grands reproches au patriarche d'Alexandrie , et déjà dans plusieurs circonstances il avait signalé un zèle trop ardent, en employant la violence , sans attendre la justice du magistrat, pour punir les hérétiques et les juifs. Il avait aussi, de son autorité^ fait fermer les églises des Novatiens, et s'était emparé de leurs trésors. 11 se mit une autre fois, lui-même, à la tête d'une multitude séditieuse , fit fermer les synagogues 5 chassa les juifs d'Alexandrie , qui y étaient au nombre de quarante
mille 5 fît raser leurs maisons . et livra leurs biens au pillage.
Pour réprimer les entreprises du clergé^ le gouvernement impérial , sous Théodose II, fît une loi, en l'an 4i6, pariaquelle il réduisit le nombre des clercs , et leur défendit à tous de s'immiscer dans les affaires publiques.
Il est donc malheureusement bien prouvé qu'à différentes époques des moines , des prêtres , des évêques et même des papes , adoptèîent pour principe , que l'assassinat est permis pour défendre la cause de la reli^on, comme s^il était possible de supposer que Dieu,, qui est essentiellement bon , juste , sage et puissant 5 pût consentir à permettre que ses intérêts sur terre dissent être soutenus par des actions criminelles.
C'est d'après ce même principe qu'un prêtre d^Asie se rendit coupable lu crime d'homicide volontaire. Il pénétra dans l'habitation à' Alexis ( dit le Faux ) , qui se faisait passer pour le fîls de l'empereur Manuel Comnènes^ et il le poignarda , attendu que la troupe commandée par cet imposteur j et composée de soldats ^
laplupart musulmans, dévastai lies églises des chrétiens. Si on voulait recueillir l'histoire des crimes du fanatisme religieux, on en remplirait de nombreux volumes*
On ne doit pas oublier que c'est en^ core d'après ce principe que la doctrine horrible des régicides a été prêchée et soutenue publiquement. Elle a été mise en exécution , à l'instigation des jésuites 5 et de leur trop fametise Société religieuse, dont on a vu expirer sur Féchafaud i^n martyr , fauteur de ces exécrables principes. Leurs forfaits sont consignés dans l'histoire. Témoin l'arrêt du parlement de Paris, rendu en iSgS , contre cette société, à l'occasion de l'assassinat commis par Jean Chàtel , l'un de leurs élèves , sur la personne de Henri IV ^ Fuu des meilleurs de nos Rois. On se rappelle que J. Châtel^ qui avait été perverti et fanatisé pîftr l'affreuse doctrine que prêchaient alors les jésuites, fut condamné à subir le supplice des pai^ xi'cides y que son Régent^ le Père Gui^ gnardj jésuite y fut pendu , puis brûlé j que son professeur de philosophie, le
Père Guéret p jésuite , fut banni à perpétuité 5 et que par arrêt du même parlement trente-sept jésuites furent condamnés à sortir de Paris dans trois jours après la date de l'arrêt^ et du royaume dans l'espace de quinze jours. Les principes détestables des jésuites , qui autorisaient le régicide^ trouvèrent cependant des apologistes parmi les Moines , les Prêtres , les Evêques ^ et à Rome même , où Passassinat du grand Henri IV fut approuvé.
Si les ministres du culte religieux^ qui adoptent tm pareil principe, prétendent au privilège exclusif d'enseigner la morale chrétienne , ce n'est pas toujonrs pour la pratiquer , c'est pour se rendre plus respectables , plus nécessaires, pour mieux séduire le peuple^ pour tromper les gouvernemens et eu obtenir plus d^'argent. De pareils hommes doivent toujours inspirer de la défiance, car il seraient tous susceptibles , lorsque l'occasion s'en présenterait, de se laisser régir par des principes injustes, violens, séditieux , et qui ne tendent qu'à modifier, ou plutôt à anéantir la morale évangélique»
Si la superstition a pu faire tomber des têtes couronaées sous le poignard du fanatisme 5 combien de milliers de victimes n'a-t-elle pas immolées dans tons les rangs , pour assouvir l'avarice ^ les vengeances , la cruauté de prêtres ambitieux et despotes !
On ne saurait trop souvent réclamer contre la doctrine infâme des régicides. On n'oubliera jamais que jadis elle a été proclamée ouvertement et prêcbée dans les églises^ et qu'encore aujourd'hui on en trouve les principes disséminés dons plus d'un livre de théologie 3 et si on voulait y faire attention ^ on trouverait encore plus d'un théologien qui pense secrètement que le crime utile a la reli'gion est permis dans certains cas y et qiv' alors il cesse d^être crime.
Ce principe, dont les conséquences font horreur, existe réellement ; et qui oserait le nier? Je dis qu'il existe réellement, parce qu'il découle invinciblement de l'intolérance religieuse , et qu'il n'est peut-être aucun prêtre qui ne regarde Fintolérance comme un axiome indispensable et inhérent à la religion , et qui
ïi attende avec impatience le retour de leur influence , de leur crédit ^ de leur autorité mêmcj pour rétablir l'intolérance et lui rendre toule la force et toute l'activité dont elle jouissait autrefois. L'intolérance est un principe qui tend à fortifier le crédit et la puissance des prêtres 5 et qui leur est nécessaire pour conserver ou acquérir les richesses qui toujours furent l'objet de leurs désirs. C'est d'après ce principe d'intolérance que les prêtres veulent que tout conspire en leur faveur, par la ruine même de ceux qui leur seraient opposés 5 ils regardent comme une injustice , comme un mai réel^ tout ce qui pourrait contrarier les intérêts de leur égo'isme. Cependant la religion ne leur avait confié le précieux dépôt de la morale chrétienne, que pour l'enseigner purement et la pratiquer euxmêmes 5 mais l'ambition et la soif des biens temporels en a fait des prévaricateurs, ainsi que l'histoire Fatteste presqu'à chaque page. Non ccntens d'abrutir et d'avilir les peuples par l'ignorance, ils sont parvenus à les démoraliser en travestissant la sublime morale évangé-
lique j et en apprenant aux hommes à la transgresser avec sûreté de conscience.
Ce principe de l'intolérance , que les prêtres ont tant à cœur de maintenir, est faux 5 inhumain , anti-social , anti-chrétien j et ne peut exister que par le despotisme et conduire à la tyrannie.
Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est que l'intolérance , après avoir produit la doctrine des régicides, a trouvé parmi les ministres même de la religion , des hommes qui non-seulement ont prêché publiquement cette exécrable doctrine , mais encore qui l'ont mise en pratique. Cette doctrine est basée sur ce principe^ que le crime est permis pour soutenir les intérêts de la religion. Ce principe a trouvé son application dans toutes les classes de la société, et l'autorité des prêtres a perverti tout-à-la-fois la morale religieuse y la morale politique et la morale privée.
Plus d'un théologien est devenu luimême le corrupteur du cceur humain , en dénaturant ainsi la morale évangélique y ces théologiens mériteraient le reproche que l'apôtre S. Paul fit au grand-
prêtre des juifs, Ananias ^ qu'il appela muraille blanchie (i).
En soutenant encore aujourd'hui le principe de Tintolérance , les prêtres oublient que la charité est tolérante , et qu^elle nous prescrit r/e ne pas faire a autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait. Ecoutons le même apôtre S. Paul^ que j'ai déjà citéj voici comme il s'exprime au sujet de la charité, qu'il place la première avant toutes les vertus 5 et sans laquelle il nous assure que les autres vertus et la foi elle-même ne sont rien :
Si habuero prophetiafu , et no^erim mysteria oinnia • et onineni scientiani ; et si habuero omnem fidem . itaut montes transferam , caritate.:L autem nonhabuero ^ nihil surn.
Caritas putiens est ^ benigna estj ca~ ritas non œmulatur ^ non agit perperam^ non inflatur. — jSon est amhitiosa , non quœrit quœ sua sunt ^^non irritatur^ non cogitât malum, — Non gaudet super inifjuitate . con^audet autem veritati, — ■
(i) Acte des Apôtres, chap. xxiii , verset 3.
Omtiia snîfeit y omnia crédit^ omnia sustinet, ( i*. Epist. S. Pauli adCorinth.j cap. xiiï j versic. 4? ^ 5 ^ ?• )
« Quand j'aurais Je don de prophétie, » que je pénétrerais tous les mystères, » que j'aurais une parfaite science de )) toutes choses ,
» Quand f aurais encore toute la foi » possible j jusçu^à transporter les mon'* » tagnes ^ si je n'ai point la charité je ne » suis rien. »
f( La charité est patiente^ elle est douce^ » elle est bienfaisante 5 la charité n'est » point envieuse , elle n^est point témé- » raire et précipitée 5 elle ne s'enfle point )) d'orgueil. »
c( La charité n'est point ambitieuse ; » elle ne cherche point ses propres inw térêts ; elle ne se pique point, elle ne » s'aigrit de rien ; elle n'a point de mau- )) vais soupçons, elle ne se réjouit point de l'injustice 5 mais elle se réjouit de w la vérité. »
« Elle tolère tout : elle croit tout , » elle espère tout , elle souffre tout, ( i'^^. Ep. de S. Paul aux Corinth. ^ fi/- (lem, ]
Telle est ) en abrégé . la morale evangélique dont l'empreinte divine caractérise la véritable morale chrétienne.
Plusieurs théologiens, au contraircj ont cherché, par intérêt, à détruire cette moral^ éternelle , que Dieu a créée au fond de nos cœurs. Ils ont fait tous leurs efforts pour l'étouffer sous le poids de leurs énormes commentaires, remplis d'ignorance ^ de subtilité, de mauvaise foi. Leurs faux raisonnemens y sont perpétuellement en opposition au bon sens et à la raison. Tous ces commentaires sont écrits avec un style de convention , n'offrant qu'un tissu d'expressions mystiques et absurdes, empruntées de la religion des payens 5 que trop souvent ils copièrent servilement. Ils ont, enfin , adopté une autre morale à la convenance de leurs intérêts propres , une morale de circonstance, qui, au moyen d'une direction d'intention, érige le crime en vertu.
L'histoire inexorable offre des milliers de crimes plus atroces les uns que les autres , commis par le clergé , et de tels crimes , à la faveur de l'influence et de
Fautorité des ministres de la religion ^ sont presque tous restés impunis.
L'immoralité politique et privée des souverains de Rome ne l'a cédé en rien à celle des autres cours les plus dissolues 5 si elle ne les a surpassées. Le règne d'Alexandre VI j élu pape en 14925 en offre un tableau si hideux ^ qu'il répugne de le retracer. Ce pontife était d'une dépravation jusqu'alors inconnue. La fourberie , la perfidie ^ une soif insatiable des richesses ^ un orgueil insensé, une cruauté înouie^lui firent employer tour-à-tour l'exil, les cachots, les morts violentes^ les assassinats , les empoisonnemens ^ pour satisfaire à toutes ses passions haineuses et déréglées. Il eut entre autres quatre bâtards qu'il enrichit aux dépens de l'église, et avec les dépouilles des nombreuses victimes qu'il fit périr par Passassinal et le poison. Il eut aussi une bâtarde , avec laquelle il entretint un commerce incestueux. Ce pape réunissait la pénétration d'un génie délié , à la fourl)eiie d'un ambitieux gangréné par tous les vices. Il trompa presque tous les
princes avec lesquels il eut des liaisons d'intérêt politique.
Malheureusement Alexandre VI n'est pas le seul parmi les pontifes romains ^ qui souillèrent leur règne par des actions aussi infâmes et aussi cruelles. Il faudrait des volumes si on voulait les raconter. J'erirapporterai cependant quelques ti^ails pris au hasard ^ pour danner hn échantillon des brigandages et des atrocités de papes assassins et assassinés , empoisonneurs et empoisonnés. Il serait difficile enfin de se faire une idée du cours effroyable de tant d'attentats , s'ils n'eussent été certifiés par l'inexorable histoire.
Il faut encore remarquer que cette immoralitéreligieuse et politique des papes, et du clergé séculier et régulier, remonte à la plus haute antiquité de l'ère chrétienne ^ et qu'elle date de plus de quinze siècles^ ou plutôt qu'elle a commencé dès Tépoque à laquelle les prêtres ayant acquis une grande influence sur les ignorans et sur les gouvernemens peu éclairés, ils en profitèrent peur acquérir de grandes richesses. Ils oublièrent les choses spirituelles^ pour se livrer entièrement aux
choses temporelles , à la conservadort desquelles ils sacrifièrent les principes les plus purs de la religion chrétienne ^ et raécannurent la voix de Jésus-Christ , qui leur a dit : Regnum meuin non est de hoc ntundo : si ex hoc mundo esset regnum meum , niinistri niei utif/ue decertarent , ut non tmderer Judœis ; nunc autem regnum meum non est hinc.
( Evangelium secund. Joannem^ cap.
XVIII 5 versic. 36. ) « Mon royaume n'est » pas de ce monde. Si mon royaume était » de ce monde 5 mes gens auraient coin- )) battu pour m^empêcher de tomber )) entre les mains des juifs : mais mon » royaume n'est point d'ici. » ( E^ang. selon S* Jean^ ibid, )
Les papes se sont laissé corrompre principalement à l'époque à laquelle ils sont devenus souverains temporels , car en possédant un royaume visible et terrestre 3 dont les autres rois ont pu devenir jaloux et en concevoir de l'ombrage 5 dès-lors le chef de l'église , pour conserver ou accroître ses états temporels , a dû nécessairement j ainsi que l'ont fait les autres Princes souverains sur
terre ^ adopter les mêmes maximes des-^ potiques , et les mêmes principes lyranniques que des conquéraus avides et cruels mettaient en pratique pour asservir les peuples et les gouverner par la terreur : mais les papes et les prêtres ont eu, déplus, à leur disposition, un moyen puissant qu'ils employèrent avec adresse pour augmenter leur influence , leur crédit et leur autorité sur terre. Je veux parler de la religion , dont ils ont abusé , dont ils ont travesti les sublimes principes 5 dont ils ont foulé aux pieds la morale pure^ cbrétienne et évangélique , pour y substituer une morale mondaine^ une morale relâchée , qui ne fait consister la religion que dans de simples pratiques, et enfin une morale factice, basée sur l'impitoyable intolérance^ qui consiste à ériger les crimes en vertu , et non - seulement les permettre pour la gloire de Dieu, mais même ordonner de les commettre lorsqu'ils sont utiles aux intérêts de la religion et nécessaires pour maintenir la puissance temporelle du chef de l'église. Ce que je viens d'avancer, l'histoire incontestable le démontre d'une
manière évidente. Si on veut donc consulter l'histoire , on se convaincra que dans les premiers siècles de la primitive église 5 les chrétiens persécutés étaient humbles , résignés , pauvres et remplis de vertus. Ils pratiquaient la morale chrétienne et évangélique.
Ils étaient alors errans^ obligés de se cacher dans les déserts , au fond de grottes et de souterrains malsains, ou tourmentés par de cruelles persécutions. Cependant^ vers l'année Soo, il y a plus de i5oo ans, les chrétiens commencèrent à respirer sous l'Empereur Constantin ^ qui pai^ un calcul politique se convertit à la foi , el dont malheureusement le règne fut terni par les empoisonnemens , les meurtres et les parricides dont il se souilla, et qui sur la fin de son règne favorisa les Ariens hérétiques. Néanmoins cet Empereur fut canonisé , sans doute par adulation. Ce premier trait de relâchement fut un des premiers pas des chrétiens vers la démoralisation religieuse et politique» Wous voyons ensuite les prêtres acquérir du crédit , et bientôt levant le front , insulter à leurs persécuteurs. On ne veut
pas prétendre pour cela qu'on ne puisse être bon chrétien , qu'alors qu'on serait pauvre et persécuté ; mais il n'en est pas moins vrai de dir^ que la puissance temporelle et souveraine des papes , ainsi que leurs prétentions à la domination universelle , comme représentans de Dieu sur terre , sans oublier les richesses immenses que les prêtres et les moines possédèrent autrefois , furent tellement funestes à la religion chrétienne, qu'elle en a été dénaturée et pour ainsi dire anéantie. On vit le pape vestre . , dès l'an 314, et le pape Marc^ en 336 , qualifiés de saints , afficher les prétentions les plus excessives pour établir leur puissance temporelle. On voit , sous le pontificat de S. Jules , pape en 33^ , des dissensions cruelles s'élever parmi les prélats ^ qui étaient presque tous peu éclairés et superstitieux. Déjà des conciles contre des conciles , des excommunications contre des excommunications j des évêques contre des évêques , des chrétiens contre des chrétiens 5 qui 5 par leurs querelles ^ remplirent ces premiers siècles de scandales j
rPjnjures 5 de menaces^ de perfidies e£ de meurtres ; et ce même pape S, Jules , dont l'ambition et l'intrigae avaient produit tant de désordres, et qui avait été excommunié par plusieurs Evêques réunis 5 fut enfin exilé. Le pape Liberius ^ en 352 ^ désigné comme saint , car les 90 premiers papes étaient alors presque tous qualifiés de saints 5 fut bien peu ferme dans' sa foi ; tantôt Arien y tantôt partisan de S. Athanase ^ évêque ^ il se brouilla ensuite avec ce dernier et Fanathématisa. L'empereur Constant! us fit arrêter ce pape à Rome^ et le fit conduire à Milan. 11 fut jugé par des evêques , et condamné comme Fauteur des troubles qui désolaient plusieurs églises 5 et comme indigne de conduire les chrétiens 5 enfin il fut exilé dans la Thrace ; mais il revint deux fois à Rome, et deux fois en fut encore banni , à cause de ses intrigues criminelles.
Les règnes des différens papes qui succédèrent à Saint Liberius 5 furent signalés par des schismes 5 des troubles et des meurtres : on vit Félection dti pape Saint Simmachus , marquée par des proscrip-
lions et des assassinats. Il y eut alors jusqu'à trois papes à-la-fois ^ qui se disputaient le trône pontifical. De part et d'autre le carnage fut horrible ^ un grand nombre de citoyens furent massacrés ^ et les historiens comparèrent ces temps de troubles pour cause de religion , aux proscriptions des Marins et des SjUa.
f^igilius 5 pape en 537 ^ s'était rendu si odieux par les crimes et les meurtres qu'il avait commis ^ qu^ayant été poursuivi par le peuple , et que s'étant réfugié dans l'église de Sainte-Sophie , comme dans un lieu de franchise , il en fut néanmoins arraché et fut traîné dans toute la ville , avec une corde au col , depuis le matin jusqu'au soir. Cependant on lui fit grâce de Péchafaud , et après avoir été emprisonné et mis au pain et à l'eau 5 il fut enfin banni et conduit en exil.
On connaît le bref de ce pape/é-iï/i IJ^^ en 64o j par lequel il ordonna que qui-» conque se saisirait des biens de l'église;, serait tenu, d'en restituer quatre fois autant, sous peine d^excommunication et de la damnation éternelle. 11 avait raison
sans doute de s'opposer aux déprédations; mais qu'était-il besoin d'abuser des armes spirituelles pour défendre des biens temporels ? ne suffisait-il pas de faire des lois justes et sévères ^ et de les faire observer conformément aux règles de la justice civile ? Les successeurs de ce pape parvinrent peu-à-peu à se soustraire à l'autorité des Empereurs , dont ils parvinrent à secouer le joug, et à proclamer ouvertement^ comme le fit Jean VI , pape, en^oi , qu^ils déployer aient ^ pour le maintien de la foi et Vintérêt de V église et de la religion , tous les moyens temporels et spirituels que Dieu a^ait mis en leur pouvoir. Ils profitèrent de toutes les occasions pour avilir la personne des Empereurs , et Justinien II semble être le premier qui s'humilia jusqu'à se prosterner devant le pape Constantin élu en 708 , et déposer à terre sa couronne devant ce pontife^ dont il baisa les pieds. L'histoire rapporte que cet empereur Justinien II , quoique trèsdévot au saint siège , n'en avait pas moins des mœurs très-déprayées. En effet, on a remarqué de tout temps que les
prêtres, en général, furent très-indulgens, et adoptèrent une morale relâchée en faveur de leurs partisans ^ ne faisant consister la religion que dans des pratiques pieuses , et permettant tout à ceux qui s'y soumettaient j ne montrant enfin de sévérité qu'en ce qui concernait les intérêts temporels de FEglise. Ce même pape Constantin eut l'audace de déclàrer hérétique Pempereur Léon^ successeur de Justinien , et , sous ce prétexte, d'exciter les sujets de ce prince à la révolte.
Grégoire II ^ P^P^ en 755 , alla encore plus loin que son prédécesseur. Il conspira contre la liberté et la vie de l'empereur Lepn III ^ et excita contre lui des guerres qui firent couler le sang du peuple et remplit l'Italie d'horreurs et de carnages, à l'occasion àes Iconoclastes,
Les successeurs de ce pape, en suivant les mêmes plans ambitieux , parvinrent à exciter des guerres sanglantes entre tous les souverains de l'Europe , pour les affaiblir les uns par les autres.
Paul ^ pape en 757^ favorisa la superstition et le fanatisme. Sous son pontificat on vendit plus de corps morts,
comme des reliques de saints ^ qu'il avait eu pour ainsi dire de martyrs. Oa y faisait argent de tout, et les vies des saints se fabriquaient de tout coté dans ces temps d'ignorance.
Constantin 11^ pape en 767, parvint au pontificat à force d'argent , de scandales et d'intrigues : il soutint un combat contre les Lombards ; maïs ayant été pris aux portes de Rome 5 il fut enfermé dans un cloître . après avoir eu les yeux crevés et la langue arrachée.
Paschal j pape en 817, aposta des meurtriers pour faire arracher les yeux, puis trancher la tête, dans le palais patriarchal de Latran, à Théodore ^ ^vi-micier de l'église romaine y et à Léon y JSomenclateur , à cause de leur attachement pour Lothaire, fils de l'empereur Louis. Cependant il se purgea de ce crime par serment.
Nicolas , pape en SSg , fut l'audacieux oppresseur des empereurs, des rois et du peuple. L'empereur d'occident Louis II , se trouvant à Rome , était tellement avili , que, sur l'ordre de Nicolas 5 il consentit deux fois à conduire
à pied 5 et en public ^ la mule du pape par la bride. Le règne de ce pape hypocrite fut rempli de malversations et de brigandages.
Boniface J^t ^ pape en 896, s'était fait élire par des violences et des cabales sangkntes ; mais îlfut arrêté et condamné au dernier supplice^ quinze jours après son élévation.
Etienne Vll'i qui succéda, en la iBeme année 896 , à Boniface , fît déterrer le pape Formoze j prédécesseur de Boni^ face 5 en fit porter le corps en plein synode 5 et après une procédure en règle contre le cadavre , il lui fit couper la tête et trois doigts de la main , puis le fit jeter dans le Tibre. Ce pape Etienne ayant mis le comble à ses cruautés pendant son règne , fut enfin arrêté et étranglé dans sa prison.
Sergius III ^ qui deux fois, par intrigue , avait été élu pape, et deux fois chassé de cette chaire pontificale déjà si souillée de crimes, y remonta enfin, pour la troisième fois , èn go4 : son règne fut rempli de brigandages. Ce pape mena une vie souillée de scandales. Il vécut
putliquement avec la fameuse Maroziel qui était mariée , dojit il eut un fils adultérin , qui par la suite monta Sur la chaire de S. Pierre , sous le nom de pape Jean XI.
Jean devint pape en Fan 914^ par les intrigues de Théodora , avec laquelle il entretenait publiquement un commerce scandaleux ; mais cette femme avait une sœur nommée Marozie ^ qu'il faut distinguer de sa bièce , nommée ci-dessus.
Cette Marozie, la tante , aussi cruelle que dissolue 5 voyant que le pape Jean X était devenu un obstacle à ses projets ambitieux , parvint par ses intrigues à faire d'abord tuer le frère de ce pape, et Jean X^ fut ensuite traîné en prison^ puis étouffé entre deux matelas.
Jean XI ^ ce fils adultère de Marozie et du pape Sergius , monta enfin sur le trône de S. Pierre, en gSi ^ soutenu par les intrigues de sa mère. Cette Marozie^ fille de Théodora^ ce monstrjs de lubricité et d'ambition , gouvernait l'Eglise sous le nom de son fils , et jamais aucune cour en Europe ne fut plus dissolue que celle de Rome.
Jean XII ^ élu pape en gSô, à l'âge cte dix-huit ans 5 n'étant encore que laie 5 mena la vie la plus scandaleuse , et fut accusé de plusieurs crimes dans le concile tenu en l'an gôS. Il enrichissait ses maîtresses des dépouilles de l'Eglise : il séduisit la femme d'un nommé Reynier, eut un commerce incestueux avec la concubine de son père ^ entretint une veuve et sa nièce. Sous son règne, le palais pontifical était devenu un lieu de débauche et de prostitution . Il fut d'abord déposé ; mais étant rentré dans Rome par le crédit de l'Empereur 5 il se vengea da ses ennemis en leur faisant subir des supplices barbares. Enfin^ après avoir mis le comble à ses crimes et à ses cruaute's? il fiit surpris en adultère , et tué par le mari qu'il déshonorait.
Jean XIV ^ pape en 965 , exerça des cruautés qui attestaient un caractère féroce : ses crimes le firent d'abord chasser de Rome ; mais y étant rentré par le crédit deTempereur Othon , il se vengea en faisant pendre , noyer, crever les yeux, arracher la langue et couper la tête à ses ennemis. Il termina ses jours danâ la
prison du château S. Ange , oii il mourut de misère ou de poison, par ordre du pape Boniface VII^ qui lui avait fait crever les yeux.
Boniface VII y pape en 974 5 f^^t un monstre de cruauté : son règne fut signalé par les sacrilèges 5 leS enipoisonnemens et les assassinats dont il se souilla. Il mourut subitement , non sans soupçon d'avoir été empoisonné. Les Romains avaient sa mémoire dans une telle exécration j qu'ils traînèrent dans les rues de Rome le cadavre de ce pape , attaché par les pieds au bout d'une corde,
Jean XVI ^ P^P^ 9^3 , se fit détester du peuple et du clergé. Il fut , enfermé dans une prison du château S. iVuge / où on le fît mourir de faim.
Grégoire V ^ P^P^ ^n 996 , ayait promis à l'anti-pape Jean XVUl la vie sauve et la liberté de sortir de la ville de Rome 3 ainsi qu'à Crescentius j consul , qui avait soutenu cet anti-pape : mais Grégoire 5 contre la foi promise et par une horrible trahison s'empara de ces deux person-»
Mages 5 et par une barbarie digne d'un prêtiç féroçe^ il les fit horriblemenl niu^
tiler j en leur faisant couper les deux mains , le nez et les oreilles , puis leur fit arracher les yeux et la langue j et après les avoir fait promener dans ce triste état par toutes les rues de Rome^ et en avoir fait un objet d'horreur et de pitié , il les fit pendre tous les deux.
Benoit VIII ^ pape en Tan 1012^ fit trancher la téle à une reine , épouse d'un Roi des Sarazins , qui était malheureusement devenue sa prisonnière.
Jean XX ^ pape en Tan 1024 5 n^était que laïc quand il fut élu, à force d'argent^ par la faction de sa famille. Tout se vendait à Rome y et le règne de ce pape se fit remarquer par la simonie et par la plus infâme dissolution.
Benoit IX ^ P^P^ en io33: ce fut à l'âge de douze ans qu'il monta sur le trônje pontifical , que son père lui avait procuré à prix d'or. Ce pape se vautra dans les débauches, et se permit les excès de la dépravation la plus honteuse. Le peuple romain lassé de ses infamies j le chassa de Rome, 11 y rentra quelque temps après : mais désespérant de s'y maintenir il vendît le pontificat comme
il Pavait acheté, et trouva des successeurs aussi corrompus que lui.
Grégoire VI y pape en 1044? acheta également le pontificat ^ et sa conduite dissolue a été féconde en crimes. Il fut enfin cité à un synode convoqué par l'empereur Henri III , et là, convaincu d'avoir mené une vie scandaleuse et d'avoir commis des meurtres dansRome, il fut dégradé comme simoniaque, et Lanni dans la Germa^nie.
Clément 11^ pape en 1046, fut empoisonné par le pape Damas ^ qui lui succéda en 1048; mais celui-ci fut empoisonné à son tour par l'ancien pape Benoit IX , qui avait été déposé, et (jui néanmoins était parvenu pour la cinquième fois à remonter sur le trdne pontifical. A cette époque la papauté fut disputée et occupée par une série d'hommes corrompus. ,
Grégoire VII ^ pape en 1073 : il s'était déjà rendu fameux sous le nom de Hil-debrand. D'abord moine de Cluni, il joua ensuite le rôle d'un maire insolent de la cour de Rome , sous le règne de aept à huit papes 3 et en attendant le mo-
nient où il pourrait lui-même s'emparer du pontificat. L'histoire l'accuse de les avoir pour la plupart empoisonnés , et Ton voit ensuite qu'il parvint à humilier et à tyranniser des souverains crédules et peu éclairés , et des peuples abrutis par l'ignorance. L'empereur Henri IV , fut assez faible et assez avili , pour obéir à l'ordre de ce pape hautain , et se rendre en personne sous ses fenêtres ^ exposé^ en plein hiver, aux injures de l'air, pieds nus , couvert d'un cilice , tenant des ciseaux et un balai à la main, comme se soumettant à être rasé et frappé ^ attendant son absolution , sous les conditions les plus humiliantes. Qui oserait croire à l'excès de l^avilissement de cet Empereur j et à l'excès de hauteur et d'insolence de ce pape? Ce ne fut que le quatrième jour t^ae Grégoire II con^ sentit à recevoir ^(^rz77, que bientôt il trompa et auquel il fit la guerre. Ce pape enfin fut entraîné hors de Rome , et après avoir suscité tant de guerres civiles qui attirèrent sur l'empire des calamités affreuses 5 il mourut de désespoir du peu de succès de ses entreprises. Ce pontife fut
dissolu, hautain 5 vindicatif 5 inexorable et fourbe àTexcès. Cependant, après avoir rempli sa vie de scandales, de meurtres et d'empoisonnemens, son nom fut inséré en 1584, d^î^s le Martyrologe romain; et enfin sous le pontificat de Benoit XIII y pape peu éclairée, on plaça dan j le Bréviaire; vers l'an 1726 , une légende en Fhonneur de Grégoire VII 5 de ce pape ennemi des souverains : on y canonisait toute sa conduite à l'égard de l'empereur Henri IV j mais celte légende, digne des siècles de barbarie^ si favorables aux prétentions du clergé et des papes, fut supprimée par les parlemens en France, et par l'Empereur, dans tous lesétats d'Allemagne et d'Italie.
Fictor III ^ P^ps 1086, fut e/npoisonné dans son calice, par un diacre qui lui servait sa messe.
Urbain II ^ P^P^ 1088: il se rendît l'héritier des plans audacieux de son prédécesseur Grégoire VIII^ avec lequel il avait été moine à Cluni. Il déchira les gouvernemens de l'Euro.pe par les discordes qu'il y sema et qui y produisirent des guerres désastreuses. Cefut Urbain II, qui prêcha et fit prêcher la première croi-
sacle: c'est lui qui le premier donna aux pontifes do Ptoine le plan de cette politique astucieuse et injuste des croisades , dont les gouvernemens d'Europe et leurs souverains furent si cruellement la dupe pendant plusieurs siècles , et parce moyen poussèrent en Asie et en Afrique des milliers de cliréliens , ainsi que des souverains d'Europe ^ qui leur portaient ombrage et dont ils voulaient se débarrasser.
Les diverses croisades prêchées par ordre des papes, firent périr des millions de chrétiens 5 qui allèrent en Orient égorger des millions de maliométans ou sarazins , 4o n l i 1 s massacra i e n t s a n s p i t ié les l'e m mes, les enfans et les vieillards. Ces croisades causèrent aussi la mort à un nombre immense de juifs 5 qui dans toute l'Europe furent égorgés et volés sous le prétexte de faire servir leurs biens aux frais de ces injustes croisades, qui semblent avoir toujours été réprouvées de Dieu , puisque les croisés y furent perpétuellement mal« heureux 5 et qu'il n'en résulta que des massacres , qui firent inutilement couler à grands flots le sang des chrétiens j des juifs et des miisuîmans.
Pascal II y pape 1099 , arma le fils contre le père 5 en contribuant à détrôner \ Fempereur Hen: i IV , pour le remplacer par Henri Y , et il remplir. Tltalie et l'Allemagne de scandales, de perfidies et d'attentats. Il prêcha, aios^i que son prédécesseur , les croisades , et fit verser le sang de milliers de cbréliens , dans les trois parties du monde.
Tous les papes qui se succédèrent depuis Urbain II ^ suivirent le même système d'oppression contre l'autorité des souverains y et prêchèrent également les croisades. Celle qu! Eugène III ^ pape en 1145, fit prêcher par S. Bernard et par d'autres moines , fit périr plus de deux millions d^hommes.
Adrien IV^ y pape en 1 154 , se fit livrer par l'empereur Frédéric Barberousse , le moine Arnaud deBrecia , qui avait prêché contre le luxe des prêtres et les débordemens des pontifes romains. Adrien fit brûler vif ce moine ^ comme hérétique.
L'empereur Frédéric^ ci-dessus mentionné 5 fut assez avili pour tenir la brid^ de la mule de ce pape.
Alexandre III , pape en 1 1 5g , se brouilla et se raccommoda plusieurs fois avec ce même empereur Frédéric , dit Barberousse , qui perdit uue bataille contre les Vénitiens, dans laquelle son fils Othon fut fait prisonnier. Le pape Alexandre III 5 enflé de cette victoire à laquelle il contribua , ne voulut point qu'Otlion fût mis en liberté , ni absoudre l'Empereur de l'excommunication qu'il avait lancée contre ce prince , qu'auparavant ce dernier ne se fût présenté luimême devant le pape pour en recevoir l'absolution, devant le portail de l'église de S. Marc ^ à Venise. L'empereur Frédéric obéit et se soumit à cette cérémonie humiliante. Là, sans manteau, sans couronne, cet Empereur se présegata avec une baguette de bedeau à la main. Le pape , la tiare sur le front , lui commanda de se jeter la face contre terre en présence de tout le peuple assemblé , et de demander pardon. Etant ainsi étendu parterre^ Alexandre ///posa son pied sur la gorge de l'Empereur, et en la pressant il prononça ces mots : « Super » aspidem et basilicum ambulabis , et
» conculcahis leonem et draconem, » C^esî;->à-dire, tu marcheras sur l'aspic » et le basilic , et tu écraseras le lion et » le dragon. » ( Psaume go , vers. î3. )
L'Empereur répondit: « Ce n^est pas à toi ^ niais à S. Pierre que f obéis, Mais le pape en foulant encore plus fort le cou de cet Empereur, lui ajouta:
Etmihi, et Petro^ c'est-à-dire, et à moi et à Pierre.
Cette cérémonie outrageante rappelle l'abjection de Henri II , roi d'Angleterre ^ qui, sous le pontificat de ce même pape, se soumit à tenir en personne la bride de la mule d'un légat du pape, envoyé dans ce royaume pour informer du meurtre de Thomas Béciuet ^ archevêque de Cantorbéry : et quoiqu'il n'y eût aucune preuve que le roi Henri H eût trempé dans cet assassinat , dont au surplus il paraissait coupable , le pape exigea que ce souverain fût battu de verges, le corps nu , et il reçut cinq coups de discipline de chacun des moines qui avaient été rassemblés pour cette cérémonie.
Célestin III ^ vieillardde quatre-vingt-
cinq ans , et laie, fut élu pape en i rgi. Il reçut l'ordre de la prêtrise une veille de Pâques 5 le lendeaiain est faitévêqae, et le surlendemain il couronna l'Empereur Henri IV et Flmpératrice Constance. L'histoire rapporte que cet Empereur, en s'inclinant 5 prit la couronne aux pieds du pape^ et se l'étant mise sur la tête^ le souverain pontife aussitôt la frappa du pied et la lit tomber par terre pour marquer qu'il avait la puissance de déposer les souverains. Les cardinaux ramassèrent la couronne et la replacèrent sur la tête de TEmpereur.
Innocent III ^ pape en iîqS. L'histoire Paccuse d'avoir participé à l'assassinat de l'empereur Philippe de Suahe qu'il avait excommunié , et auquel ilavait promis de lever l'anathème encourue ( disait ce pape ) partout prince qui se dit Empereur sans la permission du Saint-- Siège, Pour prix de la réconciliation , ce pontife avait demandé pour son neveu la sœur de cet Empereur avec le duché de Spolette, laToscane et la marche d'An» cone pour dot. Mais l'Empereur aima mieux rester excommunié que d'être ab-
SOUS à de telles conditions. Ce même pape excommunia l'empereur Fré^ déric II ^ pour l'obliger défaire le voyage de la Terre-Sainte. Frédéric part, et le pape profile de son absence pour se saisir de la Poitille, L'Empereur^ indigné, repasse en Europe , et recouvre ce que le pape lui avait volé. Nouvelle excommunication de la part du pape. C'est ainsi que le chef de l'Eglise se jouait de tous les principes de morale , de justice et de religion. Ce fut le même pontife qui envoya S. Dominique et plusieurs légats pour faire périr par le fer et par le feu, dans des tourmens inouis^ les Albigeois^ contre lesquels il publia une croisade , par laquelle ce pape excitait le massacre des hérétiques: plus on eu tuait, plus on leur faisait endurer de supplices horribles, et plus on gagnait d'indulgences. La première ville qui tomba au pouvoir de ces bourreaux , fut Bézières , réduite en cendre: hommes, femmes, enfans , vieillards , furent massacrés ou brûlés impitoyablement 5 et S. Dominique lui^j même, ainsi que le légat du pape , jouissaient des cris tffroyables des malheu-
reuses victimes dont ils excitaient le car-î-nage par leur présence. Soixante mille personnes de tout sexe et de tout âge perdirent la vie dans cette première expédition 5 et dix à douze villes considérables furent en outre ruinées, désolées et saccagées j sous le prétexte qu'elles étaient infectées d'Albigeois. ^ '
On se lasse de retracer les intrigues , les attentats et les cruautés des papes qui j dans ces temps de barbarie , se livrèrent au crime. On en vit pendant les croisades, qui poussèrent la perfidie jusqu'à déjouer le succès de ces guerres prétendues saintes, et jusqu'à écrire au sultan des Sarazins de ne point entrer en arrangement avec les chefs des croisés. On voit un Innocent IV y pape en 1243 , se souiller de meurtres , d^empoisonnemens et de complicité du crime de parricide ; lui et ses successeurs se croyaient en droit de priver les souverains de leur couronne , et de pouvoir dispenser leurs sujets du serment de fi.délité; ils s'imaginaient sans doute avoir droit de vie et de mort sur les princes souverains. Ce principe était consacré par les effets de
Fexcommnnîcation 5 dont le but était la ruine et la destruction, dès ce bas monde^ de quiconque avait encouru Fanathème.
On voit un Martin IV ^ P^pe en i:î8i 3 dont les mœurs privées étaient aussi dissolues que sa conduite politique était scandaleuse , entretenir publiquement la concubine de son prédécesseur Nicolas III ^ P^P^ ^^11 ^ l'histoire Faccuse de pédérastie avec un diacre. On voit un Boniface VIII y pape en y souillé de tous les crimes, et accusé, dans une assemblée des états à Paris, par Farcbévêque de Narbonne^ d'être sim.oniaque , homicide , de vivre scandaleusement avec deux de ses nièces , et d'en avoir des enfnns. C'est ce même pape qui excommunia le roi de France Philippe^ le-Bel , jusqu'à la quatrième génération ,
qui fut assez insensé pour faire donation du royaume de France à \ Empereur Albert,
Clément V -, pape en i3o5 : il fut diffamé par ses mœurs dépravées. Il abusa de son neveu, et vivait publiquement 0vec des femmes. C'est ce pape qi;i donna la bulle d'extinction contre ces malheureux templiers , dont il partagea
les dépouilles 5 et qui furent condamnés à être brûlés vifs ; tout leur crime était d'être trop riches. C'est ce même pape , qui, en publiant une croisade contre les Turcs , promet par sa bulle, que quiconque s'enrôlera sera sauvé , tel crime qu'il ait pu commettre sur terre, et pourra délivrer quatre âmes du purgatoire a son choix, La mémoire de ce pape fut encore exécrée par l'extermination des Vaudois ^ et quatre mille de ces infortunés ayant été enlevés de force en Lombardie y furent tous massacrés dans une enceinte , comme des bêtes fauves.
Benoit IX ^ P^P^ 1334, mena une vie dissolue : étant devenu éperdument amoureux de la sœur de Pétrarque , il parvint à la corrompre. Sa conduite politique fut remplie d'intrigues et de cruautés 5 et il mourut en laissant une mémoire odieuse.
Les pontifes romains cherchaient à avilir les souverains , et ils profitaient de leur ignorance et de leur stupidité pour les humilier. C'est ainsi qu'on vit un Othonde Brunswich, quatrième mari de Jeanne , reine de PfapIeSp présenter à
genoux à Urbain VI ^ pape en iSyS^ du vin à sa collation, en présence de plusieurs cardinaux. Ce pape prit plaisir de laisser ce prince si long-temps à genoux , ' que l'un des cardinaux dit au pape : Saint père 5 il est temps que vous buttiez. Ce pape était d'une humeur violente^ intolérable : il plongea TEurope dans d'horribles calamités , et lui fit éprouver tronte années de guerres , d'incendies et de ravages. L^histoire accuse ce pape d'avoir indignement conseillé et provoqué le meurtre de Jeanne , reine de Waples , qui fut assassinée par son fils aàopiïf Charles de Duras ^ auquel le pape avait promis la couronne de Naples. Urbain VI fit aussi périr sept cardinaux qui avaient fa- ^ vorisé l'anti-pape Clément j quatre d'entre eux furent cousus dans un sac et jetés à la mer^ et les trois autres eurent la tête coupée.
Boniface IX ^ pape en 1889 ; P^'^" fondément versé dans l'art des rapines , des extorsions et de la simonie la plus éhontée. Les indulgences j la rémission de toutes espèces de crimes » les béné-
(57) ., ficesel les dignités ecclésiastiques étaient à l'encan à Rome.
Innocent VU ^ pape en î4o4. Son règne fut tyrannique comme celui de ses prédécesseurs. Un jour une députation de citoyens de Rome étant allée lui présenter des réclamations 5 il les renvoya à son neveu nommé Louis ^ devant lequel ils se présentèrent , mais celui-ci pour toute réponse en fit saisir onze , qui furent massacrés à l'instant et jetés par les fenêtres en disant: C est ainsi qu on doit traiter les séditieux. Cette barbarie souleva le peuple, et le pape fut obligé de fuir à Viterbe.
Alexandre pape en i4^95 ^iu dire des liistoriens , répandît plus de scandale sur le siège apostolique en dix mois qu'il régna 5 que plusieurs de ses odieux prédécesseurs n'avaieat fait en beaucoup d'années. Il mourut empoisonné.
Jean XXIII ^ pape en i4io: c'est ce pontife qui se nomma pape lui-même , en prononçant à haute voix , ego sum papa: il fut l'empoisonneur d'Abxandre V , son. prédécesseur. L'histoire l'accuse de pédéraslie^ el le dëpi^inl ccmme u.. 3cc-
lérat hardi dans le crime ^ et comme un monstre sans remords. Ses crimes étant à son comble , il fut cité au concile de Constance j et on y procéda légalement contre ce pontife , qui y fut accusé de s'être souillé, avant et depuis son pontificat, « de vices énormes ^ de voluptés infâmes , de simonie , de sacrilèges ^ de tyrannie 5 d^homicides ^ d^empoisonnemens y eic, ^ ainsi qu'il est exprimé dans les actes du concile. Enfin il fut déposé par la sentence du 19 mai i4t5.
Eugène IV ^ pape en i43i. Use souilla de crimes comme ses prédécesseurs. Les Romains, indignés de sa conduite^ se révoltèrent 5 le pape saisi de frayeur prit la fuite. Il fut cité trois fois au concile de Baie, et faute d'y comparaître, il y fut déclaré fauteur et instigateur des guerres excitées entre les chrétiens , persécuteur des gens d é^ise ^ homme de sang^ de carnage , rebelle et parjure. Il fut ensuite publiquement déposé. Ce pape parvint à intéresser Louis XI en sa faveur, il en résulta des scènes scandaleuses , des excommunications , des schismes et des meurtres. Ce pape se jouait dessermens
les plus solemnels et prétendait que la foi donnée aux hérétiques et aux Turcs n'obligeait jamais à les tenir 5 bientôt il en offrit un exemple en envoyant auprès de Ladislas, roi de Pologne, un légat , le cardinal Césarini , déjà souillé de crimes , et cruellement cé!èbre par les affreux traitemens qu'il fit éprooiver aux: partisans de Jean Hus , qui fat brûlé vit comme hérétique. Ladislas avait fait un traité avec A mu rot , Empereur des Turcs , et tous deux avaient juré d'y être fidèles, en prêtant serment Fun sur les saints Evangiles^ et l'autre sur Y Al-coran ; mais le légat assura à Ladislas qu'il n'était point parjure en rompant le traité; que c'était une action sainte de violer un serment prêté à un Turc 5 et lui ordonna de profiler de l'absence X Ainurat j qui était pour le moment occupé à soutenir une guerre en Asie.
C'est alors que sans déclaration de guerre, les troupes de Ladislas y accompagnées du perfide cardinal , s'avancèrent sur les terres du sultan ; mais A murât arrive en diligence pour défendre ses Etais. Il portait dans son sein le
traité de paix qui venait d'être si indignement violé , et le présenta à ses soldats en priant Dieu qui punit les parjures de venger Toutrage fait auK lois des nations. Il remporta une victoire complète ^ Ladislas fut tué dans la bataille près la ville de Varnes y et ce légat parjure ^ cet indigne cardinal Julien Ce^ sarini ^ dans sa fuite précipitée ^ se noya dans une rfvière.
Nicolas pape en i447' C^est pendant le règne de ce pontife, aussi immoral que ses prédécesseurs, que la ville de Constantinople tomba au pouvoir de Mahomet II ^ sans que Nicolas V fît aucune démarche pour porter des secours aux Grecs , qui n'étaient pas encore séparés de l'église romaine.
Calixte III ^ P^P® ^454? prêcha des croisades qui étaient ri dicwles , tant étaient disproportionnés les moyens d'attaique contre les Turcs 5 il tit mettre seulement seize galères en mer , contre la puissance Ottomane, ce qui étaitune vraie dérision, mais qui servit à colorer toutes les levées d'argent que les prédicateurs de la croisade prélevèrent au profit du
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pape 5 sur tous les peuples d^Europè.
Pie II; pape en 1458, fut ambitieux et cruel : dans sa bulle nommée Exécra-bilis ^ il défend d'appeler des décisioos des papes au futur concile^ et casse tous les appels faits par les souverains, les princes et les évêques^ comme attentatoires aux droits divins de l'église ^ comme exécrables à jamais et , sous la' menace de l'anathème et de l'excommu»nication. Ce pape s'appropria toutes les sommes énormes qu'il préleva en Eli-^ rope 5 et sur-tout en Allemagne , sous le prétexte des croisades. Il en employa une partie à se faire des partisans.
Une démarche assez bizarre de ce pape ^ est la lettre qu'il écrivit à Mahomet , empereur des Turcs, pour lui offrir do lui faire donation de Pempire des Grecs ^ s'il voulait se faire chrétien.
Paul II ^ pape en 1464. Hélait d'urne ignorance si grossière , qu'il persécuta les gens de lettres comme hérétiques et comme sorciers 5 il fit emprisonner les uns et proscrire les autres. On croirait à peine ce genre de tyrannie^ s'il n'était attesté pav tous les historiens, Il disait :
Je suis seul juge , et ne puis être jugé. L'histoire accuse ce pape d'avoir parti— cipé à l'assassinat de Jacques Picheni ^ l'un des plus grands capitaines de son temps. Il einpîoyait fréquemment la question^ et plusieurs citoyens moururent dans les tortures. Il avait une bâtarde qu'il faisait élever publiquement.
Il fut 5 en outre , accusé de pédérastie.
Sixte IK ^ P^P^ ^471- Ce pontife semble avoir encore surpassé ses prédécesseurs par ses débauches , ses profusions et sa conduite scandaleuse. Il prodigua des sommes immenses à deux jeunes garçons^ dont l'un était son propre frère^ et qui servirent à ses sales plaisirs; il en fît des cardinaux 5 qui vivaient dans la plus affreuse débauche. Ce pape était d'un caractère inexorable , violent et cruel ; il fut Fàme de la conjuration contre les Médicis 3 dans l'intention de s'emparer de Florence ^ qu'il voulait donner en apanage à son frère Jérôme.
Il chargea le cardinFil Raphaël Riero de la direction de cet assassinat. Ce cardinal avait donné aux conjurés^ pour signal, le moment ou il élevevait Fhostie pendant
la messe, et il était convenu que Julien et Laurent de Médicis seraient poignardés tous les deux au même instant.
Julien fut tué sur la place; mais Laurent^ quoique blessé, put s'échapper, se sauva dans la sacristie , et s'y enferma. Le peuple 5 irrité 5 arrêtâtes conjurés , au nombre desquels étaient Sal^iati y ar^ clievêcjue de Pise et plusieurs prêtres , qui furent pendus aux fenêtres , ainsi que l'archevêque avec ses habits pontifit^aux.
Innocent VIII ^ P^P^ en 1484, eut des mœurs aussi dissolues que ses prédécesseurs; il commettait des exactions 5 et tout était vénal à Piome. Les croisades cj[u'il fit prêcher , servaient de prélexies ])Our lever de fortes contributions en Europe. Il s'en servit pour enrichir ses bâtards , dont il se vantait d'avoir eu uri grand nombre, et il maria richement sa bâtarde, Théodorineyknu Génevois déjà très-opulent.
Aleccandre VI ^ pape en 149^ , dont il a été déjà fait mention ci-dessus , page 548^ semble avoir renchéri sur ses prédécesseurs par ses crimes et par la vie la plus disso^aj. ïî serait trop long d'en
faire Fenumération , et je me contenterai de mentionner ici les infâmes négociations qui existèrent entre ce pape et Bazajet^ empereur des Turcs ^ pour faire empoisonner Zizime ^ frère de ce dernier^ lequel était à Rome. Les détails de ce fratricide font horreur, et le règne de ce pontife fut rempli de crimes abominables et difficiles à croire ^ mais qui malheureusement ne sont que trop constatés par l'histoire^ à laqu-elle je renvoyé le lecteur.
Sixte V ^ pape en \ 585 , fut un pontife îiypocrite^ inexorable, avare, simoniaque et cruel. Il excommunia Henrj ^ Roi de Nas>arre et le Prince de Condé ^ en invitant de cowr/r ^î/^ , par sa bulle du 9 septembre i585. Ce fut sous son pontificat qu'un moine fanatique y Jac-^ ( mes Clément y prêtre dominicain ^ encouragé par son prieur et par l'esprit de la ligue, préparé enfin à commettre un parricide par des jeûnes , des prières et muni des sacremens , croyant courir au martyre ^ s'en alla à Saint-CIoud et assassina d'un coup de couteau le Roi de
France Henri III ^ lequel en mourut le lendemain i5 août iSSg.
Les prêtres qui avaient contribué à pervertir ce moine fanatique ^ lui avaient promis qu'en cas cle réussite , le pape le ferait cardinal, et s'il périssait, qu'il serait mis au nombre des saints, comme ayant délivré l'Eglise d'un ennemi de Dieu et du Sai:* t-Siége. La veille de cet assassinat , on remarqua que ce moine dormit profondément; ayant son bréviaire ouvert , à la page oîi était cilé le meurtre à^IIolopherne par l'intâme Judith, Les partisans de la ligue firent paraître à cette époque une foule de libelles approuvés par des docteurs en théologie. L^assassin y était représenté comme le martyr d'une sainte résolution. A Paris on délibéra en Sorbonne si on demanderait à Rome la canonisation du dominicain régicide : on voulait lui ériger une statue dans l'église de Notre-Dame. Ses cendres furent ramassées comme des reliques. A Toulouse 5 son oraison funèbre fut prononcée par le provincial des minimes. Le pape Sixte /^lui-même , dans un consistoire ^