LE RESPECT DE L ENFANCE
L'âme innocente de l'enfance et l'âme neuve encore de la jeunesse, doivent être chose sacrée pour ceux qui ont atteint l'âge de raison. Ce sentiment est si puissant que souvent même il survit au respect de soi dans les âmes qui n'ignorent plus le mal ; et la vue de la candeur de l'enfant ranime en elles le désir de la pureté. Il faut être tombé bien bas pour avoir ce cynisme du mal qui aime à se montrer surtout devant l'innocence, et même pour ne pas reculer par la crainte de scandaliser par des paroles ou des actes malséants ou grossiers, une âme naïve et pure qui ne connaît encore le monde que par elle-même. Ce saint respect de l'enfance qui doit se trouver chez tous, est surtout de rigueur chez
382 LA MORALE D^ARlSTOTE
ceux qui sont chargés de diriger l'âme à l'entrée de la vie. La plus scrupuleuse vigilance doit bannir tout ce qui peut faire naître l'idée du mal. Et poui que l'enfant ne puisse rien voir ni entendre qui n( soit d'accord avec les enseignements qu'il reçoit, il ne faut l'entourer que de personnes d'une moralité éprouvée. Il faut surtout que l'éducateur dont il reçoit directement l'inspiration, se sanctifie luimême, afin que son influence soit toujours pure et élevée.
Il est raisonnable d'empêcher que les enfants ne puissent rien voir ni entendre de grossier, et qui soit indigne de la condition des hommes libres. Par conséquent, le législateur doit s'attacher surtout à bannir de la cité tout ce qui tient à un langage licencieux (car quand on se sert habituellement d'expressions indécentes, on est bien près de se permettre les actions qui le sont). Il faut donc essentiellement que, dès leur plus tendre enfance, les jeunes gens n'aient occasion de rien entendre ni de rien dire de pareil. Mais s'il arrive que quelqu'un dise ou fasse quelque chose qui soit défendu, on doit, si c'est un homme libre (mais qui n'ait pas encore le privilège d'être admis dans les repas qui se font en commun), Ten punir par la honte et le blâme public ; et si c'est un homme avancé en âge, il faut lui infliger, à cause de ses inclinations serviles, l'espèce de déshonneur dont on ne punit que les personnes qui ne sont pas de condition libre. (Politique, pp. 499- 500.)
l'éducation 383